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Anne Theresa de Keersmaeker : la trivialité du quotidien, l’expressivité exacerbée, une signature chorégraphique innovante

Entre puissance et douce fragilité -fragile douceur?-, les œuvres d’Anne Theresa de Keersmaeker sont de celles qui ne laisse pas indifférent. Elles sont de celles dont on garde les images, les sensations, les mouvements en tête encore longtemps après.

Une représentation d’une œuvre de cette grande artiste a lieu au Palais Garnier du 27 avril au 12 mai 2018. L’occasion de revenir sur le parcours de cette femme et sur certaines de ses œuvres majeures auxquelles j’ai eu l’occasion d’assister. L’occasion aussi de prendre ses places pour Mai.

 

Créer un ballet innovant : à la recherche de nouveaux territoires d’expression 

Née en 1960, la chorégraphe belge Anne Theresa de Keersmaeker fonde sa compagnie de danse « Rosas » à seulement 23 ans. L’œuvre fondatrice de cette compagnie, Rosas Danst Rosas se révèle profondément innovante. Par la suite, Anne Theresa de Keersmaeker crée au théâtre de la Monnaie de Bruxelles, où sa compagnie est résidente, un ensemble de spectacles qui associent la danse et des musiques datant de toutes les époques et appartenant à tous les genres musicaux, allant de la musique contemporaine à la musique classique en passant par le jazz ou encore la musique indienne. Si elle travaille avec la musique, cette dernière joue aussi avant-tout avec les silences, laissant les bruits des corps sur scène parler d’eux-mêmes. La chorégraphe explore également d’autres domaines artistiques puisqu’elle crée un opéra, s’essaie au théâtre et tente dans certaines de ses œuvres d’établir un lien entre le texte et les mouvements.

Repenser le rapport à la musique

Dans ses pièces, Anne Theresa de Keersmaeker tente de renouveler les liens entre danse et musique. La musique n’est pas seulement là pour accompagner la danse, pour rendre le spectacle harmonieux ; Elle fait partie intégrante de l’œuvre. L’utilisation que fait la chorégraphe de la musique peut d’ailleurs être surprenante au premier abord dans certaines de ses pièces, voire déstabilisante. L’artiste utilise abondamment les silences. Le premier mouvement de la pièce fondatrice de sa compagnie, Rosas Danst Rosas, se déroule ainsi dans le silence le plus total. Les danseurs effectuent de surcroît des mouvements assez répétitifs au sol, comme s’ils étaient victimes d’un sommeil agité. Le quatrième mouvement de cette œuvre, beaucoup plus intense physiquement et mouvementé, se déroule également dans le silence. Le spectateur est donc uniquement confronté aux bruits que font les corps en mouvement, en touchant la scène ou en s’entrechoquant, en sautant, en glissant, en marchant.

Si Anne Theresa de Keersmaeker joue avec les silences, elle fait aussi un usage particulier de la musique et donne à celle-ci une place majeure dans ses œuvres. A love supreme en est la preuve. Cette pièce chorégraphiée en collaboration avec Salva Sanchis tire son nom de l’album du même nom de John Coltrane. Cette pièce unique de musique est une improvisation basée sur quelques structures musicales élémentaires. La danse proposée par les deux chorégraphes tente de se fondre avec cette musique, proposant donc également une danse dans laquelle improvisation et écriture s’entremêlent.

Dans Rosas Danst Rosas, la symbiose entre musique et danse est telle que les boucles rythmiques de Thierry De Mey et Peter Vermeersh ont été composées durant le processus chorégraphique.

De la force brute à la vie quotidienne

Dans les pièces d’Anne Theresa De Keersmaeker -du moins dans celles que j’ai eu l’occasion de voir- les corps sont mis en avant dans leur brutalité, ils sont exposés sans artifice. Leur force est mise en avant dans des mouvements très physiques, où sauts et déplacements rapides s’enchainent.

 

Que ce soit dans Rosas Danst Rosas ou dans A love Supreme, les derniers mouvements sont les plus intenses physiquement pour les danseurs. C’est toutefois dans A Love Supreme que cette force dansée est la plus visible. Les quatre jeunes danseurs qui interprètent la pièce sont habités d’une vitalité qui semble inépuisable et les pas qu’ils effectuent brillamment laissent le spectateur pétrifié devant une telle représentation de force.

A côté de cette force, Anne Theresa de Keersmaeker met aussi en scène la répétition, les gestes de la vie de tous les jours, l’obstination avec laquelle les femmes et les hommes répètent les mêmes gestes encore et encore.

Cette artiste aux mille facettes revient pour notre plus grand bonheur à Paris cette année. La représentation proposée par l’Opéra du 27 Avril au 12 Mai est composée de trois pièces qui se répondent et dialoguent ensemble : Quatuor n°4, La grande Fugue et La Nuit Transfigurée.

 

Laure Brethous

Sources des photos:

https://www.operadeparis.fr/saison-17-18/ballet/anne-teresa-de-keersmaeker/galerie#slideshow0/2

http://3.bp.blogspot.com/p8Sc_PhdgEE/UW_kGBPcvII/AAAAAAAATrE/ca8grsWvoo8/s1600/Rosas_Danst_Rosas+(1).JPG

http://www.flanderstoday.eu/sites/default/files/webimages/atdk.jpg

http://www.rosas.be/en/productions/342-a-love-supreme

https://www.operadeparis.fr/saison-17-18/ballet/anne-teresa-de-keersmaeker/galerie#slideshow0/4

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