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Après Gerald et le Dovakhiin, quel avenir peut-on espérer du genre RPG ?

S’il est vrai qu’il n’est pas loin derrière nous, l’âge d’or du RPG, lui semble très loin à présent. Pour une personne lambda, ce déclin est discret, car les derniers bons RPG parus continuent de faire parler d’eux, même des années plus tard, mais pour un véritable amateur, qui s’empare de chaque licence pour en dévorer tout le contenu, les titres RPG se font de plus en plus rares, et ceux que l’on peut qualifier de bons prennent des allures de Chimères. Devant cette inquiétude qui revient régulièrement sur les forums de jeux vidéo, et qui semble pendue aux lèvres de la majeure partie des fans du genre, il convient d’en chercher la réponse au fondement même de ce célèbre genre vidéoludique.

Avant de commencer, une petite précision s’impose. Le terme RPG vient de l’anglais Role Play Game qui signifie jeu de rôle en français. Si Captain Obvious ne vous avait pas déjà susurré cette information à l’oreille, vous ignorez sûrement que c’est devenu une sorte de mot-valise employé à toutes les sauces. Sur le catalogue steam, de nombreux jeux sont étiquetés du terme RPG pour un simple mécanisme s’en rapprochant, sans pour autant être de véritables RPG. Ainsi, selon steam, le jeu de combat Dragon Ball Xenoverse 2, le jeu de gestion de ferme Stardew Valley et le MOBA Smite sont des RPG. Or, à l’origine, le RPG est un genre vidéoludique à part entière, et c’est pour cela que je tiens à faire cette distinction.

Je ne parle pas ici de n’importe quel jeu ayant une dimension RPG, c’est-à-dire un inventaire, des niveaux ou un système de quête, mais bien du genre clairement défini du RPG, autrement dit d’un ensemble de tous ces facteurs : un jeu vidéo contenant une personnalisation du personnage, une grille de niveau et de compétences, un inventaire et des objets et équipement.

A fortiori, les RPG sont généralement des jeux immersif qui mettent l’accent sur la liberté du joueur à résoudre une situation de plusieurs manières différentes.

Ces jeux sont souvent porté sur un scénario précis comme les jeux d’aventure, mais ils offrent une plus grande liberté d’action et proposent un contenu supplémentaire constitué de maps à explorer, de quêtes secondaires et d’objectifs à atteindre. Les licences les plus célèbre du genre sont les sagas Zelda, Elder Scrolls, Dragon Age, Mass Effect, Fire Amblem, Fallout, Final Fantasy (pour les anciens opus, tout du moins), The witcher, Baldur’s Gate, Dragon Quest… Pour ne citer que ceux-ci.

Si nous sommes à présent d’accord sur la définition du RPG, nous pouvons alors constater que ce genre si faste il y a quelques années commence à s’étouffer. D’un côté, nous avons des licences pourtant emblématiques qui ne donnent aucun signe de vie. Skyrim, le dernier opus de la saga Elder Scrolls date déjà de 2011, soit d’il y a 6 ans, et les développeurs ont affirmé, dans leur dernier communiqué sur le sujet, que le prochain opus n’étaient même pas en développement, car leurs équipes se sont dédiées au maintien à flot de leur MMORPG, The Elder Scrolls Online. L’autre fameuse licence de Bethesda, Fallout, a vu son dernier opus critiqué par tous les fans comme n’étant pas une vraie suite à la série, et ce jeu la, lui même date de début 2015. The Witcher 3, consécration du studio CD Projekt et acclamé comme le renouveau du genre date également de 2015, et si suite il y a, aucune information précise n’a été officiellement divulguée à ce sujet. Et encore, 2015, ce n’est pas si terrible, sachant que le seul titre RPG ayant réellement fait parler de lui depuis lors est Zelda : Breath of the Wild, le jeu phare de la Switch qui s’est, dit-on, vendu à plus d’exemplaires que la console elle-même. Un succès retentissant pour un jeu qui avait été retardé à plusieurs reprises et pour une licence qui ne faisait plus beaucoup parler d’elle depuis Twilight Princess sur la Wii. Mais le hic, me direz vous, et que même Zelda n’est pas un RPG pur aux yeux des fans du genre, il s’agit plutôt d’un jeu de type « action aventure » car il n’y a pas vraiment de « quêtes » comme on l’entend dans un RPG.

Partant de ce constat, peut-on en conclure que ce genre pourtant jadis si célèbre est en train de dépérir et de perdre pied face aux autres genres vidéoludiques ? La réponse est non, et l’explication légèrement plus complexe. Vous l’aurez remarqué si vous êtes un puriste du genre, mais je n’ai fait mention ici que de licences extrêmement connues dans le milieux, et effectivement, si on se  cantonne à ces licences, la scène du RPG est nettement vide. La présence du genre est d’ailleurs devenue très discrète parmi les block busters de ces deux dernières années.

En réalité, parmi les licences citées ci-dessus, la moitié sont des « actions RPG » et l’autre des RPG dits « à la japonaises » (car en effet le Japon à une production assez originale en terme de RPG). Seul la série Baldur’s Gate est proche de la forme originelle du genre RPG et, de fait, c’est à ce  genre que l’on revient progressivement. Si l’on regarde plus attentivement, quelques licences ont commencé à apparaître, sur PC uniquement, dans le genre traditionnel du RPG, le plus proche possible des jeux de rôle papier. On peut citer ainsi Pillars of Eternity, Divinity Original Sins, Tyranny et applaudir le succès remarquable de la sortie de Divinty Original Sins 2 qui est parvenue à se hisser parmi les meilleurs ventes en dépit de son manque d’accessibilité au grand public. Le gameplay, en effet, est assez technique, lent pour les habitués de l’action et prend en compte un nombre d’éléments assez important. C’est certainement pour cette raison, d’ailleurs, que cette renaissance des RPG classique est restée très discrète au regard du grand publique, et qu’aujourd’hui encore on s’interroge sur l’avenir du RPG tel qu’il a été définit par ses plus grands succès comme les Elder Scrolls ou les The Witcher (si l’on s’en tient à ces dernières années).

En fin de compte, les genres du jeux vidéo sont en constante mutation, constamment redéfinis et représentés par les titres les plus populaires de ces catégories. Ainsi, une mutation du RPG est indubitablement en train de se dérouler devant nous, mais pas un déclin, encore moins une disparition. Les puristes ont gagné une bataille et nous voilà de retour aux origines. On ne peut cependant observer que les parutions actuelles, qui sait ce que seront les RPG de demain ?

 

Cyril Deouej

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