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Assassination Classroom, ou comment aider les élèves en difficulté

Assassination Classroom (Ansatsu Kyoushitsu en Japonais), est un manga écrit et dessiné par Yūsei Matsui, publié entre 2012 et 2016. Son adaptation en anime, dont nous allons traiter ici, est diffusée entre janvier et juin 2015 pour la saison 1, et janvier et juin 2016 pour la saison 2.

L’intrigue se déroule au Japon, après que le monde ait été secoué par un étrange événement : la lune a explosé et n’est plus qu’un croissant. Dans le même temps, un enseignant bien singulier est attribué à la classe 3-E du collège Kunugigaoka. Il s’agit de la créature responsable de la destruction de la lune, et les élèves ont pour mission de la tuer avant la fin de l’année scolaire, faute de quoi la terre sera détruite également. Seulement ladite créature, qui ressemble plus à une sorte de poulpe extraterrestre qu’autre chose, a quelques particularités : elle peut se déplacer à Mach 20 (c’est-à-dire 20 fois la vitesse du son), et c’est un excellent professeur !

En effet, celui que les élèves ont baptisé Koro-sensei (jeux de mot avec « korosenai sensei », ou le professeur qu’on ne peut pas tuer), est un pédagogue hors-pair et utilise toutes ses capacités pour proposer un enseignement d’une qualité inégalable. Il peut par exemple donner cours individuellement à tous les élèves en même temps ou préparer un voyage scolaire en rédigeant pour chaque étudiant un guide de voyage de la taille d’un dictionnaire, prévoyant toutes les situations possibles et imaginables. Il traite les élèves avec respect et prend son enseignement très à cœur (on rappelle qu’il leur enseigne à être autant de bons élèves que de bons assassins… alors qu’il est la cible). Son caractère débridé mais honnête lui permet d’être apprécié des élèves, générant une relation touchante, qui devrait être malsaine mais ne l’est pas.

 Et les qualités de Koro-sensei sont plus qu’utiles à la 3-E, qui est la classe de parias de ce collège d’excellence. Celle-ci se situe complètement isolée du reste du campus, et les élèves sont fortement discriminées : ils sont moqués, désavantagés pour les examens… Cela suit la politique du principal qui, en faisant peser la menace de la classe E (comme « End ») sur tous les élèves, permet à son établissement d’être l’un des plus performants. Son objectif est 95% d’élèves exceptionnels pour 5% de cancres, desquels les premiers chercheront à tout prix à se démarquer.

Koro-sensei arrive ainsi dans une 3-E pleine d’élèves démotivés, persuadés d’être des bons à rien. Sa pédagogie est aux antipodes de celles du principal, il donne aux élèves des raisons de croire en eux, un but dans la vie… et cela passe par la volonté de l’assassiner. Chose intéressante, une prime d’1 milliard de yens est proposée à qui arrivera à le tuer, mais cette récompense est relativement délaissée par les élèves : cet argent leur serait vital s’ils restaient des bons à rien, or ils finissent par comprendre qu’ils peuvent réussir leurs vies par eux-mêmes. Et là semble résider la différence entre les élèves lambdas de Kunugigaoka et ceux de la classe E. Les premiers ne cherchent à réussir que par mépris de l’échec, tandis que les seconds visent la réussite car on leur a donné quelque chose à accomplir. Cette volonté de s’affirmer individuellement et collectivement, de prouver qu’ils ont de la valeur, efface même les terribles conséquences qu’entraînerait leur échec.

 

Dans Assassination Classroom, ce sont donc les thèmes de l’éducation, de la confiance en soi, du respect, de la solidarité, de la réflexion sur l’avenir qui sont donc abordés, avec une critique sous-jacente du système scolaire japonais. Il est intéressant de noter un rapport de dualité quasi-constant entre les différents éléments de l’anime : les élèves face à Koro-sensei, la 3-E face au reste de l’école, la solidarité face à l’isolement, et bien sûr, l’enseignement face à l’assassinat…

Ce dernier point est bien sûr l’élément central de l’anime, ainsi que son principal ressort comique. Car oui, Assassination Classroom est l’un des anime les plus marrants qu’il m’ait été donné de voir, et Koro-sensei l’un de mes personnages préférés (mon top 3 si vous voulez tout savoir…). Le concept est très original, et il en résulte un humour absurde, cartoonesque. Le côté en apparence malsain du scénario est vite oublié, et l’on est immédiatement séduit par ce personnage hors-normes, et à cette classe aux profils multiples et attachants. On se prend ainsi à suivre le quotidien ahurissant de ce petit groupe, à chercher à tous les connaître un peu plus ; surtout Koro-sensei bien sûr, dont les origines et les motivations restent obscures.

 Qui plus est, l’anime arrive parfaitement à mêler le côté « un épisode = une intrigue » et une trame solide, rendant le tout très agréable à regarder et offrant la possibilité d’apprécier le visionnage d’un épisode au hasard, de temps en temps. On pourrait en fait le qualifier d’anime « feel good ». Il est, à mon sens, parfaitement représentatif de ce que la culture « otaku » peut produire de meilleur : un contenu original, décomplexé, drôle, touchant, intelligent, divertissant… et constitue donc une bonne porte d’entrée dans celui-ci. Bref, c’est un anime de première qualité, un excellent compagnon quelle que soit votre humeur, foncez !

Timothée D’Arcy

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