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Assiste-t-on à la disparition des frontières entre films et séries TV ?

Avec l’émergence de sites de streaming massifs comme Netflix, les séries TV et les films sont plus consommé(e)s que jamais et ce de la même manière, c’est-à-dire chez soi et souvent sur son écran d’ordinateur.

Il faut cependant nuancer cette homogénéité dans la consommation, car le cinéma reste un lieu particulier de sortie en famille ou entre amis où l’on ne consomme (presque) que des films. Mais au-delà du mode de consommation, on peut légitimement se demander si films et séries ne s’influencent pas au point qu’il devient difficile de les différencier.

L’univers cinématique de Marvel est symptomatique d’une influence croissante des séries car nous avons davantage affaire à un ensemble cohérent de films qui suivent une trame générale (ici la quête des pierres d’infinité…) qu’à des films se suffisant à eux-mêmes. Il est bien sûr possible d’apprécier un film Marvel sans avoir vu ceux sortis antérieurement mais l’expérience ne sera que très rarement complète car chacun des films distillent des références aux précédents blockbusters et à leur univers général. En plus de cela, une séquence est devenue absolument culte dans les films Marvel ; c’est la scène post-générique de fin qui fonctionne comme un « cliffhanger » de série en faisant naître l’attente pour la suite. Dans l’industrie des séries, le showrunner (auteur-producteur) a traditionnellement plus d’importance que le réalisateur et les scénaristes. Il chapeaute toute la production et délègue l’écriture et la réalisation. On retrouve ce schéma chez Marvel Studios avec Kevin Faige dans le rôle du showrunner.

Dans le cas de Marvel, la stratégie commerciale est particulièrement efficace car les films sortis depuis le rachat de Disney s’incluent à présent dans des phases : il y en a actuellement 3 et chacune d’elles se termine par un film « avenger » qui réunit tous les super-héros et récompense l’attente des spectateurs comme certains épisodes de fin de saisons qui se veulent plus spectaculaires, encore une fois dans une logique commerciale de création du désir (pour la suite).

 

Mais si l’influence qu’exercent les séries sur le cinéma semble davantage servir un but lucratif, qu’en est-t-il de l’influence du cinéma sur les séries ?

Les exemples sont plus nombreux ou du moins plus facilement identifiables de ce côté-là, mais il est en revanche plus complexe d’exprimer la raison pour laquelle cette influence est ressentie.

Les séries adaptées de films sont très nombreuses, elles reprennent souvent une mise en scène proche de ces derniers et y multiplient les clins d’œil. C’est par exemple le cas de la série Fargo, adaptation du film du même nom des frères Coen qui reproduit l’ambiance enneigée et utilise le même ressort narratif que le film, à savoir des quiproquos qui deviennent très souvent meurtriers. Et comme True Detective, Fargo est une anthologie plus qu’une série a proprement parler car chaque saison possède sa propre intrigue, ses propres personnages, et est indépendante des autres.

En cela, la première saison de True Detective est souvent vue comme un film de 8  heures. Cela est dû à cette intrigue dont on sait qu’elle sera parfaitement close à la fin, on sait également que les personnages ne ré-apparaîtront vraisemblablement plus jamais… Toutefois, c’est probablement à travers la mise en scène de la saison que se dresse, légitimement, la comparaison avec le monde du cinéma. On y voit la patte d’un réalisateur (Cary Fukunaga), chose qui dans l’inconscient collectif est uniquement visible au cinéma ; et pour cause, les épisodes d’une série sont presque toujours réalisés par des réalisateurs différents qui doivent respecter un cahier des charges et ne peuvent rendre l’œuvre trop personnelle.

 

TV3
TV4

 

Au-delà des séries d’anthologie comme Fargo, chaque épisode d’une série comme Black Mirror peut être vu comme un film à part entière puisqu’il explore de nouveaux enjeux dans un cadre différent. On peut aussi penser que dès lors qu’une série dispose de plus de moyens, elle en devient instantanément plus « cinématographique »…

Enfin, le phénomène de binge-watching (visionnage en rafale) qui se développe massivement tend à faire se resserrer les formats des séries qui sont de plus en plus courtes et peuvent parfois être visionnées en une fois comme des films.

Même s’il semble clair que les frontières entre séries et films sont poreuses il est très complexe de savoir dans quelle mesure une série est plus cinématographique qu’une autre par exemple. Peut-être que cela dépend du ressenti et de la définition que chacun donne au mot « cinéma » ?

Thomas Gorrieri

 

Thomas Gorrieri

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