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Avec Vincent Dedienne, l’amour est un jeu, les rires ne sont pas un hasard

Vincent Dedienne, principalement connu pour ses chroniques humoristiques à la radio et à la télévision, a voulu s’essayer au théâtre. L’humoriste est déjà familier de la scène vivante et rencontre d’ailleurs un grand succès depuis deux ans avec son seul en scène « S’il se passe quelque chose ». Cette fois-ci, il participe pour la première fois à une comédie classique, en jouant le valet Arlequin dans Le jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, pièce mise en scène par Catherine Riegel. Les acteurs, la mise en scène, les décors, la musique, tout est réuni pour que cette comédie soit une réussite.

Un carnaval renversant …

La pièce repose principalement sur deux couples, le couple de valets et celui d’aristocrates. Les futurs mariés aristocrates promis l’un à l’autre par leurs pères respectifs ont tous les deux la même idée : jouer le rôle des valets afin de mettre à l’épreuve l’amour de la personne avec laquelle ils partageront potentiellement leur vie. Les valets se retrouvent de ce fait entrainés dans ce travestissement. C’est ainsi que le théâtre naît dans le théâtre, les valets jouant le rôle des maîtres et inversement. Ce double jeu se déroule sur une scène fictive propice à la mise en place de la séduction scénarisée : un jardin avec bosquets et colonnades derrière lesquelles les acteurs peuvent se cacher, épier, être épiés. Les quatre personnages sont pris à leur propre jeu puisque, ignorant le jeu de la partie adverse, Dorante et Sylvia croient aimer un être de condition sociale inférieure alors qu’Arlequin et Lisette pensent être tombés sous le charme de personnes appartenant à une classe sociale supérieure.

Un véritable carnaval se met ainsi en place, avec le travestissement, le déguisement, le renversement de l’ordre social et l’euphorie qui le caractérisent.

…qui laisse finalement peu de place au hasard

Malgré le processus de carnaval qui est enclenché, Marivaux reste assez cynique et réaliste et rend compte de manière assez cruelle de la barrière symbolique qui existe entre les valets et leurs maitres, plus particulièrement au XVIIIème siècle, époque à laquelle est écrite la pièce. En effet, s’il y a renversement de l’ordre social au cours de la pièce, tout revient à la normale à la fin et les couples formés respectent les souhaits des parents et la hiérarchie sociale préexistante.

Au cours de l’ascension sociale que connaissent les valets, ce sont les plus ridicules, puisqu’ils tentent de reproduire des codes qu’ils ne connaissent pas. L’amour est présenté comme régit par les codes de la classe sociale à laquelle les personnages appartiennent (amour courtois et romantique pour les nobles et beaucoup plus charnel pour les valets). La noblesse d’appartenance concorde avec la noblesse d’âme et de sentiments.

Le retour à l’ordre social initial est bien plus simple pour les maîtres, rassurés du bien-fondé de leur amour. Les valets ont plus de mal à revenir à leur condition, et sont bien déçus d’apprendre la condition réelle de leur partenaire. Ainsi, malgré les déguisements, les caractéristiques de classe ressortent et l’amour demeure social. Ceci traduit un certain réalisme par rapport à la société de l’époque chez l’auteur du Jeu de l’amour et du hasard. C’est la mise en exergue des différences de classe qui fait le comique chez Marivaux.

L’éclatant couple Dedienne-Calamy

 

 Le succès de la mise en scène naïve et assez classique de Catherine Hiegel repose en grande partie sur l’association explosive de Vincent Dedienne et Laura Calamy, qui jouent le couple de Valets. Ces deux acteurs redonnent vie à un texte dont la langue peut parfois être bien loin de la nôtre. Ces derniers jonglent admirablement entre comique de situation, comique de geste, comique de personnage. Tiraillés entre leurs propres manières et celles de leurs maîtres qu’ils tentent d’imiter, les valets en deviennent ridicules, et c’est ce qui fait le comique de la pièce. Le couple de valet conserve son énergie débordante du début à la fin, sautillant de bosquets en bosquets, d’un bout à l’autre de la scène, dans ce jeu de séduction imbriqué dans un quiproco qui donne lieu à des situations improbables. Le rôle pétillant et maladroit d’Arlequin semble taillé sur mesure pour l’humoriste Vincent Dedienne, qui nous fait autant rire que dans ses chroniques.

La joie et la bonne humeur sont partagées, la pièce est réactualisée, sans pour autant être dénaturée. Dans la salle du théâtre de la porte saint martin, les rire ne sont pas retenus et le public se laisse entraîner dans des moments d’hilarité générale.

Cette pièce permet de retrouver le plaisir simple de la comédie. Le plaisir du théâtre qui fait rire et qui fait du bien …

Laure Brethous

Au Théâtre de la porte Saint Martin

du vendredi 16 mars 2018 à 20h00 au samedi 28 avril 2018 à 20h30

billeterie en ligne : http://www.aparteweb.com/awprod/PSM08/AWCalendar.aspx?INS=PSM08&CAT=167&LNG=FR

Crédits photos :

https://www.francetvinfo.fr/image/75imgdmkp-4d36/1200/450/14262378.jpg

https://www.sceneweb.fr/file/2018/01/vincent-dedienne-et-laure-calamy-photo-pascal-victor-1030×686.jpg

https://agendaculturel.emstorage.com/le-jeu-de-l-amour-et-du-hasard-20171025164917.jpg

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