Inkulture

AYA DE YOPOUGON : UNE AFRIQUE LOIN DES CLICHÉS ?

Aya de Yopougon c’est une bande dessinée qui a vu le jour grâce à l’imagination de l’ivoirienne Marguerite Abouet, et illustrée par Clément Oubrerie. L’œuvre présente l’Afrique sous un jour nouveau, éloignée des clichés de guerre et de famine. L’histoire de la jeune Aya a d’ailleurs fait l’objet d’un long métrage d’animation produit par les studios Autochenille en juillet 2013 et sélectionnée pour le festival d’Annecy.

Le lecteur est ainsi invité à suivre les péripéties des habitants de « Yop city » sobriquet de Yopougon, le quartier chaud d’Abidjan, surnommé ainsi « parce que ça fait plus américain ». Grâce à sa plume humoristique et rythmée, Marguerite Abouet permet au lecteur de s’immerger totalement dans les petits ou gros soucis quotidiens de la jeunesse ivoirienne des années 70, en passant des maquis ivoiriens à Château Rouge.

Abidjan, 1978. Aya et ses deux amies Adjoua et Bintou ont 19 ans et vivent à « Yop city » . Mais Aya veut devenir médecin, et quand on est ivoirienne dans les années 70, il ne fait pas bon avoir de trop grosses ambitions. Ses deux copines sont en revanche plus impliquées dans la « chasse aux maris », passe temps préféré notamment de la foudroyante Bintou, prête à tout pour trouver un bon parti. Mais c’est surtout une atmosphère que l’auteure présente, au rythme des vrombissements de la Toyota Corolla de Moussa (l’héritier pourri gâté de Yopougon), le balancement de hanches des villageoises, les histoires de cœur et les rendez-vous cachés sur la place du village la nuit tombée…

Une plume tendre mais lucide

Pourtant derrière les ragots de villageois et la chasse aux maris d’Adjoua et Bintou, Marguerite Abouet évoque des thèmes comme le patriarcat, l’émancipation féminine, l’acceptation de soi mais surtout de l’autre à travers les sujets de l’homosexualité ou de l’immigration.

C’est donc avec une plume faussement légère et très humoristique que des péripéties à première vue anodines deviennent un miroir des problèmes sociétaux ivoiriens. Les perspectives d’avenir des jeunes filles de Youpougon se résument à « trouver un mari ou ouvrir un salon de coiffure », et comme l’indique le père d’Aya « les longues études sont faites pour les hommes ». Le riche héritier Moussa jette l’argent de son père par les fenêtres ; et Paris, vue comme une terre promise par les Ivoiriens, perd rapidement sa saveur quand le jeune Innocent se voit confronté à la discrimination et à l’isolation.

Une vague d’espoir

L’œuvre dresse le portrait d’une Afrique authentique au moyen d’une ambiance rythmée par le fort caractère des ivoiriennes et l’humour cinglant de Marguerite Abouet. En effet l’auteure s’emploie à installer une atmosphère chaleureuse en mêlant le flot de paroles des habitants de Yopougon et les hits ivoiriens des années 70. 

Aya de Yopougon c’est 7 tomes délicieux aux couleurs vibrantes et où les péripéties des personnages s’entremêlent, car à Yopougon, tout le monde se mêle de tout, surtout des affaires des autres. Plus encore, Aya de Yopougon est une pilule d’espoir pour la jeunesse ivoirienne grâce au personnage d’Aya qui prouve qu’avec la persévérance, chacun peut réaliser ses rêves.

 

Maïté Marque

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *