Kanvas

Capture par l’écran – ou bien – l’art qui vous consomme

Il ne vous reste plus que 35 jours pour vous laisser saisir par PAN, l’installation inouïe et pluri-sensorielle de Taro Izumi exposée au Palais de Tokyo. Le titre en lui-même est polysémique : il évoque à la fois le préfixe grec “pan-”, qui marque une idée de totalité, suggérant que l’ensemble de nos sens seront mobilisés. Il se réfère aussi à la divinité antique Pan, souvent présentée comme une créature chimérique – caractéristique que l’artiste assume volontairement. Finalement, il indique la PANique qui sera suscitée par le détournement systématique des éléments qui caractérisent typiquement son œuvre.

En effet, Taro Izumi nous «tend un piège». Au lieu d’exhiber, comme le font des expositions plus traditionnelles une série d’images immobiles, prêtes à être absorbées par nos regards curieux, l’artiste nous « capture en vue d’observation » par la mise en place d’une série d’écrans, et exécute ainsi parfaitement la théorie de Pierre Schaeffer. Nous sommes sans cesse interpelés par des figures subtilement mouvantes sur des dispositifs lumineux qui, après nous avoir captivés, ne nous lâchent plus. Corps et décors sont mis en scène d’une façon telle que la compréhension associative et le décodage des symboles deviennent difficilement envisageables. Séduits par cette étrangeté, subjugués par les écrans, nous devenons une partie de l’installation.

Cependant ce n’est pas la seule façon dont l’art consomme les êtres humains. Les séquences diffusées sont les captations de protagonistes performant l’acte qui deviendra l’installation même. Ainsi, on découvre des personnes en costume d’indien, filmées en tirant des flèches remplies de peinture finissant par s’écraser sur un mur. Devant ce même mur on découvre également une centaine de chaussures abandonnées par des participants qui avaient investi cet espace pour écouter un tiers partie casser des verres. Tout est capturé par l’oeil de la caméra.
Ces actions expérimentales construisent l’espace et introduisent une polyphonie de sens et d’interprétations. Entre le moment où le geste est réellement accompli, le vide qui fait face aux spectateurs, révélant ainsi les corps absents et les mini-films qui retracent la construction de l’œuvre, le spectateur se trouve confronté à une multiplicité complexe et engageante.

Cette exposition hors-norme se découvre de midi à minuit…laissez vous enchanter par la perturbation des sens.

Infos pratiques :

Adresse : 13, avenue du Président Wilson 75116 Paris

Horaires : 12h à 24h, tous les jours sauf le mardi

Tarifs : plein – 12€, réduit – 9€

Durée de l’expo : du 03/02/2017 au 08/05/2017

Sources :

http://dictionnaire.sensagent.leparisien.fr/pan/fr-fr/

Dispositif de recherche (Pierre Schaeffer)

http://www.palaisdetokyo.com/fr/evenement/taro-izum

Orsolya Csiszár

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *