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Caravage à Rome, amis et ennemis.

Caravage à Rome, amis et ennemis : l’exposition du musée Jacquemard-André se centre sur la figure de Caravage (1571-1610), sur son oeuvre à travers les différentes étapes de sa vie. L’exposition tend également à montrer l’influence de l’artiste sur ses contemporains : elle fait l’éloge de Rome comme d’une ville en plein essor artistique, pour notre grand bonheur.

Michelangelo Merisi, plus connu sous le nom de Caravage, est un peintre italien dont le réalisme stylistique en fait un artiste parmi les plus novateurs de son époque. Personnage célèbre et reconnu pour son talent, il reçoit de nombreuses commandes et trouve, à Rome, les protecteurs dont un peintre a besoin pour asseoir son art. Cependant, il connaîtra aussi l’opprobre et le rejet, lorsqu’après avoir tué un homme dans une rixe, il est forcé de fuir Rome, où il s’était établi. Autant d’évènements qui vont de pair, chez notre artiste, avec des évolutions stylistiques majeures pour son époque et les générations futures.

L’univers religieux est un des thèmes qui, indéniablement, imprègnent l’oeuvre du peintre. En témoigne un tableau devant lequel chacun se presse, véritable célébrité de l’exposition :

Judith avec la tête d’Holopherne – Caravage, 1598-1599. 145 x 195. Galerie Nationale d’art ancien

Judith décapitant Holopherne est un thème récurrent dans l’oeuvre des peintres européens. Extrait de la Bible et plus précisément du livre de Judith, ce dernier raconte comment elle parvient à éviter une invasion assyrienne en tuant Holopherne, un général ennemi. Le caractère novateur de l’oeuvre de Caravage, qui vient compléter une lignée de peintures illustrant déjà la scène, se situe dans la précision des traits : en observant l’exactitude de l’expression d’Holopherne, on pourrait croire que le déroulement des événements a eu lieu sous les yeux de l’artiste. Cette impression de réel est une composante du style de Caravage qui, se faisant, se différencie de ses contemporains. Le jeu des lumières permet également de surligner la violence de l’acte accompli par Judith. En se tenant en retrait du général, elle donne le sentiment d’être détachée de la scène : à l’instar de la servante qui l’accompagne, elle est témoin autant qu’actrice. Cette collection exceptionnelle rassemble des oeuvres provenant du monde entier : y compris du musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg.

Le joueur de luth – Caravage, 1595-1596. 94 x 119 cm. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Ce tableau appartient à la première période stylistique de Caravage : tout autour du joueur de luth se trouvent de nombreux objets (bouquet de fleurs, partition, instrument…) qui évoquent une nature morte. L’oeuvre a été produite avant le tournant stylistique de l’artiste, qui advient quelques années plus tard : la profusion de détails, si remarquable dans les oeuvres de Caravage, sera amenée à disparaître, lorsqu’il affrontera l’exil hors de Rome, en 1606.

Le tableau qui illustre le mieux l’état d’âme dans lequel se trouvait l’artiste au moment de sa fuite hors de la cité qui a vu naître son talent, se démarque par son aspect sombre. Il s’agit du Souper à Emmaüs, qui se trouve dans la dernière salle de l’exposition : de quoi marquer les esprits pour un dernier regard sur Caravage.

Le souper à Emmaüs – Caravage, 1606. 141 x 175 cm. Pinacothèque de Brera, Milan.

Ce tableau représente une scène biblique : celle où le Christ ressuscité révèle son identité aux pèlerins d’Emmaüs. La palette de l’artiste s’assombrit et trahit la solitude qui l’entoure au moment de son exil: forcé de fuir Rome après le meurtre d’un homme, Caravage exprime quelque chose de la douleur de son déracinement dans l’absence de détails présents sur la peinture (ou d’aliments par exemple, entendu que les pèlerins et le Christ se retrouvent autour d’un repas). Frugalité qui était sans doute la sienne à cette période de son existence…

L’ascèse que revendique la toile est d’autant plus frappante lorsque l’on sait qu’une deuxième version de l’oeuvre a été peinte par l’artiste, en 1601. Si le musée choisit de n’en présenter qu’une seule, celle de 1606, il est intéressant de comparer les deux oeuvres : celle de 1601, où il est encore un peintre renommé qui vit dans l’opulence grâce à son talent reconnu, et celle de 1606, où il est avant tout un homme qui fuit pour échapper à la geôle.

Le souper à Emmaüs – Caravage, 1601. 139 x 195 cm. National Gallery, Londres.

L’exposition Caravage à Rome, amis et ennemis, nous permet de cerner la vie d’un personnage contrasté, tantôt applaudi, tantôt pourchassé. Qui, comme l’indique l’intitulé de la présentation, s’entoure d’amis et de protecteurs autant que d’ennemis et d’individus qui veulent sa perte. Les techniques qu’il emploie, comme par exemple le clair-obscur, auront une influence sur ses contemporains, et les générations d’artistes qui vinrent après lui.

Informations pratiques :

Musée Jacquemard André, 158 boulevard Haussmann, 75008.

Caravage à Rome, amis et ennemis : du 21 septembre 2018 au 28 janvier 2019

Tarifs :

– Tarif jeune (7 – 25 ans) : 9,5 euros

– Tarif plein : 16 euros

Anne Laroudie

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