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Comment la réalité virtuelle veut changer l’expérience touristique

Si comme l’a écrit Saint Augustin, “Le monde est un livre et ceux qui ne voyagent pas n’en lisent qu’une page”, la réalité virtuelle promet pourtant d’en lire les plus beaux chapitres tout en restant assis sur son canapé. En effet, si celle-ci n’est pas encore légion dans le domaine du tourisme, elle investit pourtant progressivement les rangs de ce secteur en perpétuel développement. Les limites de la réalité virtuelle sont sans cesse repoussées et ses potentialités représentent un enjeu de taille pour les professionnels du tourisme. Utilisée pour explorer des monuments aujourd’hui disparus ou pour faire voyager ses utilisateurs à distance, la réalité virtuelle est également un outil promotionnel de choix. Zoom sur l’une des dernières tendances de l’industrie touristique.

Montre-moi ce que je ne saurais voir

La réalité virtuelle désigne l’ensemble des dispositifs basés sur des vidéos 360° ou des images de synthèse qui permettent aux utilisateurs d’évoluer dans un univers virtuel. L’avantage par rapport à une vidéo classique est l’utilisation de la 3D qui immerge l’utilisateur dans un environnement autre que le sien. Cet outil est de plus en plus utilisé par les musées et autres acteurs du tourisme car il permet de faire vivre une expérience “unique“ aux visiteurs. Des images de synthèse reconstituent, par exemple, des monuments aujourd’hui détruits ou disparus. Aussi, les “ruines“ et les “vestiges“ sont friands de ces évolutions technologiques qui permettent de mettre un pied dans l’Histoire. Les visiteurs peuvent alors prendre la mesure de la grandeur passée de ces édifices. Sur smartphone, l’application Unimersiv, disponible sur le Samsung Gear VR, est une plateforme pédagogique utilisant la réalité virtuelle. Il devient possible d’évoluer dans le Stonehenge des origines ou d’admirer l’imposante statue d’Athéna qui siégeait au sein de l’Acropole d’Athènes. La réalité virtuelle devient alors une alliée du patrimoine. Elle offre la possibilité d’admirer des joyaux disparus et de compléter l’expérience des visiteurs qui n’ont qu’une vision partielle de monuments dont il ne restent aujourd’hui que des vestiges.

La réalité virtuelle, un outil marketing

La réalité virtuelle est un outil de promotion efficace pour les professionnels du tourisme car elle se démarque des supports publicitaires habituels. Des entreprises comme Expedia et le Club Med y ont recours pour promouvoir des destinations en proposant à leurs clients de visiter virtuellement leur chambre d’hôtel avant de les réserver. Depuis 2015, des agences du Club Med se sont ainsi dotées de casques de réalité virtuelle. Grâce à des vidéos 360°, les clients peuvent visualiser quelques-uns des villages vacances du groupe et leur cadre paradisiaque. Bien mieux qu’une simple brochure, la dimension promotionnelle est ici poussée à son paroxysme : le client a un avant-goût qui se veut réaliste de sa future destination. Les marques veulent alors séduire leur public et leur donner envie de voyager avec elles. Ainsi selon une étude réalisée par YouGov en 2016, 31% des répondants de 21 pays différents se disent prêts à réserver un séjour après avoir découvert la destination avec la réalité virtuelle.

Par ailleurs utiliser la réalité virtuelle c’est faire preuve de modernité en proposant quelque chose d’innovant. Elle peut ainsi participer à conférer une image dynamique à des institutions pluriséculaires et attirer un public plus varié. L’exemple du British Museum est parlant. En août 2015, ce musée londonien a organisé un week-end durant lequel les visiteurs pouvaient se mouvoir dans un univers en 3D totalement reconstitué via l’utilisation de casques. Les visiteurs ont pu visiter une reconstitution virtuelle d’une maison datant de l’âge de bronze et manipuler des bracelets d’époque numérisés sur des tablettes tactiles. En somme, interactivité et interaction sont les maîtres mots : le visiteur n’est plus seulement un simple observateur, il devient un “spect-acteur“ auquel le musée donne la possibilité d’agir et d’interagir. Finalement, le casque est comme une alliance qui lie le présent au passé et le visiteur au musée au sein d’une expérience interactive.

Le British Museum et une utilisatrice d’un casque de réalité virtuelle

Vers un tourisme 2.0 ?

Avec le développement du numérique, les professionnels du tourisme et les entreprises de nouvelles technologies ne sont pas en reste et voient grand. Une filiale du groupe Amadeus, Navitaire, veut ainsi révolutionner la manière de rechercher et de réserver un voyage grâce à la réalité virtuelle. Les clients pourront interagir avec un globe virtuel et choisir à distance leur destination, leur chambre d’hôtel et même essayer les voitures qu’ils souhaitent louer sur place. Cependant c’est l’expérience touristique en elle-même que certains développeurs comme Oculus souhaitent profondément transformer. L’objectif ? Faire voyager les gens depuis chez eux. En 2016, lors du salon de l’industrie et du tourisme IFTM qui s’est tenu à Paris, Semply Digital a fait expérimenter une manière de voyager inédite aux visiteurs. Le dispositif se présente comme suit : un fauteuil pivote en fonction des mouvements de corps et de tête de l’utilisateur. Grâce à un casque de réalité virtuelle celui-ci découvre alors les somptueux paysages de Nouvelle-Calédonie et les eaux turquoises de ses lagons. L’entreprise envisage même de développer ces dispositifs pour deux personnes afin de pouvoir “voyager“ à plusieurs.

      Le fauteuil coque pivotant de Semply Digital pour la destination Nouvelle-Calédonie

 

Cependant pour rendre l’expérience complète, des progrès restent à faire. Un investissement est nécessaire afin d’améliorer la “narration de la réalité virtuelle“. L’interactivité doit être au rendez-vous mais il faut aussi élaborer des bandes sonores voire olfactives pour rendre l’expérience immersive complète.

  

Selon Sophie Lacour, docteure en Sciences de l’Information et de la Communication, le futur du tourisme sera ainsi la “téléportation“, non pas physique mais virtuelle grâce au développement d’une “e-peau“ qui se base sur l’exploitation de la technologie haptique. Cette dernière permet d’interagir avec un ressenti tactile. Ainsi les utilisateurs auront l’impression de faire glisser du sable entre leurs doigts et pourront toucher l’eau de la mer sans sortir de chez eux. Finalement prôner une expérience virtuelle totale qui se veut fidèle à la réalité peut apparaître comme un moyen efficace de voyager pour ceux qui n’en ont pas les moyens ou pour les curieux qui souhaitent simplement découvrir des endroits hors du commun.

Pour autant la réalité virtuelle ne remplacera pas l’expérience réelle et le tourisme dit “traditionnel“. Il y a un juste milieu à trouver pour profiter des merveilles du monde sans s’isoler des merveilles des rencontres humaines. Il n’est pas certain qu’un jour la réalité virtuelle permette de saisir les plaisirs d’un air de guitare ou de rencontrer un amour d’été qui rendent les séjours plus beaux.

Liens images :

Théo Barrière

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