Kanvas

Corot ou les vertus de l’académisme

Le musée Marmottan Monet présente un aspect méconnu de l’œuvre du peintre Jean-Baptiste Camille Corot (1796-1875). Célèbre pour ses paysages et son travail sur la lumière, ce sont ses portraits qui sont cette fois mis à l’honneur. 

 

Il est parfois bon de ne pas céder aux sirènes du modernisme. L’exposition « Corot, le peintre et ses modèles », que l’on retrouve au musée Marmottan Monet, en est la preuve picturale. Le musée propose un retour dans le temps déjà tangible à travers son architecture ; ancien hôtel privé, les dorures et les portraits de Napoléon III sont les vestiges d’une époque révolue. L’entrée de l’exposition Corot se signale pour sa part par une grande installation peinte en mauve. Elle donne le ton : les murs de la salle sont recouverts de la même teinte unie, sans autre distraction visuelle. De nombreux musées ont adopté depuis quelques temps des installations interactives, que ce soit le musée de l’Homme ou le quai Branly, à base d’illuminations, de vidéos, de sonores ou de programmes ludiques. L’exposition est bien plus classique : les tableaux ne sont mis en valeur que par des textes présents sur quelques pans de murs, qui ponctuent la visite. Et cela suffit. Une exposition bien conçue n’a pas besoin d’artifices.

 

 La liseuse couronnée de fleurs, 1845.

Le musée propose en effet un point de vue original sur la carrière de Corot, plus connu pour son académisme et ses portraits qui ont ravi les Salons sous le règne de Napoléon III, et qui pourtant s’est également passionné pour les portraits. Une partie méconnue de son œuvre, découverte avec ravissement par le public du peintre après sa mort, nous apprennent les conservateurs. Cet angle intéressant est tenu tout au long de l’exposition, et décliné en plusieurs périodes. Jusqu’à 1850, le peintre est en conflit entre sa peinture des paysages qui fait fureur dans les Salons, et les portraits, qu’il garde jalousement dans son atelier. D’ailleurs, lors de ses nombreuses expositions au Salon à partir de 1835 (il a alors 39 ans), il n’a présenté en tout que quatre portraits. En 1845, il commence à s’enhardir et à mêler ses deux mondes. Pour preuve, la Liseuse couronnée de fleurs, incarnation d’un topos qu’il se plaira à décliner tout au long de sa carrière, et dont le décor fleuri célèbre le lien perdu entre l’humain et la nature. Une préoccupation que l’on retrouve dans ses portraits de moines, des chartreux, ses seuls portraits masculins. L’archétype du lecteur se retrouve là aussi, et les moines vêtus de couleurs ocre, grise, se mêlent à la nature qui s’étend au second plan.

 Le Repos, 1860

Des portraits de Corot, on retiendra son amour pour les types : les liseuses, les mélancoliques, les incarnations de la Poésie ou de la Mélancolie, les modèles grimées en « italiennes » ou en « grecques », histoire d’effacer toute impression de contemporanéité. Les traits du modèle sont volontairement atténués, laissant place à une sorte d’idéal, hommage à la peinture académique. Mais reste aussi la hardiesse de 1850, lorsque le peintre se plaît à innover : ce sont des portraits plus monumentaux, d’où ressort plus la personnalité du modèle. Le plus marquant étant sans doute celui de la Blonde Gasconne, qui fascine avec son mélange de dignité et d’air frondeur, malgré l’épaule qui s’offre. Mais c’est dans les années 1870, quand Corot a déjà presque 80 ans, qu’il se réinvente. Il ose alors le nu, bien qu’en se limitant aux thèmes mythologiques, en témoigne le Repos (ou la Bacchante au tambourin). Finalement, la plus belle pièce est peut-être celle que le musée lui-même a choisi de mettre en valeur à travers sa campagne de communication autour de l’exposition : La dame en bleue date de 1874. Le peintre s’autorise enfin à représenter un de ses modèles fétiches dans des habits contemporains dont l’intense bleu illumine le tableau. Pensive, le personnage garde une posture antique, mais l’artiste a prouvé qu’il pouvait toujours nous étonner.

 La Blonde Gasconne, vers 1850.

Informations pratiques :

Du 8 février au 8 juillet 2018

Musée Marmottan Monet

2 rue Louis Boilly, 75016 Paris

Métro 9 Ranelagh

Plein tarif : 11 euros

Tarif réduit : 7,50 euros

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h

Myriam Mariotte

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *