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Découvrir ou redécouvrir l’œuvre d’Yves Saint Laurent

Le 25 novembre 1954, Karl Lagerfeld remporte le concours du Secrétariat International de la Laine à Paris, dans la catégorie manteau. Il sera par la suite assistant de Pierre Balmain, avant d’accomplir une carrière immense, de Chloé à Chanel, en passant par Jean Patou ou Fendi. Mais ce jour-là, il y a un second vainqueur. Un homme qui deviendra son ami, avant de devenir son plus grand rival. Yves Mathieu Saint Laurent, 19 ans, né à Oran, gagne lui le concours dans la catégorie robe. Il devient ensuite assistant de Christan Dior, et sera rapidement à la tête de la direction artistique de la maison, suite à la mort brutale du couturier en 1957.

 
 

Le souhait de « YSL » est clair : après 6 collections couronnées de succès pour Dior, il quitte la maison en 1960, et fonde sa propre maison de couture en 1962, avec l’aide de Pierre Bergé, rue Spontini dans le 16ème arrondissement. En 1974, fort de son succès fulgurant, le couple voit les choses en grand et déménage dans un hôtel particulier, 5 avenue Marceau, toujours dans le 16ème.

Celui-ci devient, avec sa résidence secondaire à Marrakech, le lieu central de création du couturier. Lorsque Saint Laurent décède en 2002, Pierre Bergé entretient sa mémoire, en œuvrant à la création des musées de Marrakech et de Paris. Bergé décède en septembre 2017, un mois seulement avant l’ouverture simultanée des deux musées.

Après une exposition sur le couturier et l’Asie, le musée parisien présente une nouvelle exposition, dont les affiches promotionnelles recouvrent les encarts publicitaires du métro parisien. L’on y voit simplement une mannequin sur fond rouge, portant une robe Mondrian. On peut d’ailleurs s’interroger, d’un point de vue communicationnel, sur la spécificité de cette affiche qui ne mentionne pas les dates de début et de fin de l’exposition.

Le but serait-il d’attiser la curiosité du spectateur, afin que celui-ci aille se renseigner sur le site internet du musée ? Peut-être. En tout cas je suis tombé dans le piège, puisque je me suis rendu sur le site : l’expo a débuté le 12 février et s’arrêtera le 31 décembre 2019 (ne me remerciez pas).

Cette nouvelle présentation des collections expose des pièces phares du couturier, puisqu’une majeure partie de l’exposition est consacrée aux célèbres robes Mondrian, du nom de Piet Mondrian, peintre néerlandais de la première moitié du XXème siècle et pionnier de l’abstraction.

 

C’est pour la collection haute couture automne-hiver 1965 que Saint Laurent crée ces robes en jersey de laine, reprenant les tableaux colorés et géométriques du peintre. Succès phénoménal pour le créateur, ces robes donneront une renommée certaine à Mondrian, jusque-là plutôt ignoré du monde de l’art et du grand public. Elles seront surtout emblématiques de la couture de Saint Laurent : un vêtement simple (ici sans coutures), agréable à porter, dans lequel on peut bouger comme on veut, et qui donne confiance aux femmes qui le portent, selon le désir du créateur. En effet, quoi de plus simple qu’une robe droite, sans manches ? C’est la simplicité de ce modèle qui a aussi fait sa renommée. Devenue un vêtement intemporel, elle est représentative de la vision de Saint Laurent.

                                                       « Les modes passent, le style demeure. » – Yves Saint Laurent
 

On contemple ensuite des classiques du couturier, comme le fameux smoking féminin, la saharienne ou la robe de mariée “Babouchka”, toute en laine et d’inspiration russe. Les créations sont présentées simplement, la scénographie est sobre et rend la visite très agréable. On monte quelques étages pour admirer toute une série de robes du soir, témoins de l’imagination et de la créativité sans bornes du créateur. La diversité des matières, le travail de précision sur chacune des robes est impressionnant.

Le clou du spectacle se trouve au même étage puisque l’on accède enfin au bureau, laissé en l’état, où le créateur dessinait ses modèles et effectuait ses essayages en face du grand miroir. Saint Laurent avait pour habitude de regarder ses mannequins directement dans son miroir, pour, disait-il, “avoir directement une vision et un recul nécessaire à la création textile”.

Après un très court film sur la relation Saint Laurent-Bergé sans grande utilité mais avec des extraits vidéo d’archives intéressantes, la visite s’achève sur la collaboration du couturier avec Claude Lalanne. C’est à l’automne-hiver 1969, que le couturier commande à la sculptrice des moulures de ventre ou de poitrine féminine, qu’il « incorpore » ensuite à ses robes. Une preuve supplémentaire, s’il en fallait une, de l’audace de Saint Laurent.

 

De 1969 à 1983, Claude Lalanne réalise aussi des bijoux-sculptures pour la maison de haute- couture. Je retiendrai par exemple un bijou des plus fantaisistes, où la moulure des lèvres de Yves Saint Laurent devient un collier doré.

Ainsi se clôtura ma première visite du Musée Saint Laurent, un superbe lieu qui a su mélanger subtilement héritage et beauté ancienne de cet hôtel particulier, avec les infrastructures contemporaines désormais nécessaires à tout (bon) musée, encore plus lorsqu’il expose des créations textiles, dont la conservation demande une attention toute particulière.

Yves Saint Laurent, par son grand intérêt pour l’art en général, par ses quarante années de création textile, par sa volonté de démocratiser la haute couture, par la confiance qu’il a donné aux femmes à travers leurs vêtements, ou par sa vie privée mystérieuse mais assurément mouvementée, reste une figure majeure de la culture française de la seconde moitié du XXème siècle. Visiter son musée reste certainement l’un des meilleurs moyens de se plonger (ou de replonger) dans son œuvre. Courrez-y.. !

 

 

INFOS COMPLÉMENTAIRES.

« Nouvelle présentation des collections »

Musée Yves Saint Laurent
5, avenue Marceau, paris 16e
Metro Alma Marceau, ligne 9

Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h (dernière entrée à 17h15). Nocturne le vendredi jusqu’à 21h (dernière entrée à 20h15). L’évacuation des salles commence 20 minutes avant la fermeture du musée

Durée de visite conseillée : 1h30

Tarif normal : 10€

Tarif étudiant : 7€

                                                                                                                                                                                               Clément Doquin de Saint Preux

(3) Comments

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