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Devilman Crybaby – Ou de l’entrée violente de Netflix dans la japanimation

Devilman Crybabyest un anime japonais produit par Netflix et sorti en janvier 2018, adapté du manga Devilman de Go Nagai, paru entre 1972 et 1973. Il s’agit de la première production animée Netflix en provenance du pays du soleil levant (les autres sont occidentales). Je préfère préciser que je n’ai pas lu le manga, et traiterai donc simplement de cette adaptation animée : il ne sera pas question de fidélité quant à l’œuvre d’origine.

L’intrigue suit Akira Fudo, un lycéen qui a la particularité d’être extrêmement sensible et de pleurer plus ou moins dès que quelque chose de touchant se produit. Il est entraîné par son meilleur ami, Ryo Asuka (qui est l’exact opposé de notre héros), dans une sinistre enquête : une ancienne race de démons aurait infiltré notre monde, menaçant ainsi toute l’espèce humaine. Leur enquête les conduit dans une boîte de nuit dans laquelle se déroule une orgie aux allures de sabbat. Les démons profitent de la débauche pour prendre possession des corps humains, et très vite la scène tourne à l’horreur (genre vraiment, âme et estomacs sensibles s’abstenir). Dans la cohue et le bain de sang, un démon tente de posséder Fudo, mais ce dernier l’emporte et fusionne avec son agresseur. Il devient ainsi un Devilman : il possède un corps de démon mais conserve son cœur d’humain. Surpuissant du fait de ses nouveaux pouvoirs, il décide de chasser et éradiquer les démons de notre monde…

Que dire de Devilman Crybaby ? Tout d’abord, ce n’est pas pour tout le monde ; comme je le disais plus tôt, il faut parfois avoir l’estomac bien accroché, et ne pas être trop émotif. Quoi qu’il arrive, c’est une énorme claque. Cet anime n’a aucune pitié, il submerge, malmène… On se retrouve souvent dans le chaos le plus total, on ne comprend pas (du) tout ce qui se passe à l’écran, mais p***** qu’on aime ça ! En termes d’émotions et de divertissement, Devilman Crybaby est une expérience à part entière : c’est violent, touchant, gore, ça aborde les thèmes les plus noirs possibles et montre les pires facettes de l’être humain et, sans spoiler la fin, ça vous laisse abasourdi. De toutes manières, personnellement, rien qu’avec le concept : un semi-démon qui massacre d’autres démons en pleurant, j’étais conquis.

Cette capacité à prendre le spectateur par les tripes vient essentiellement de la réalisation, avec une esthétique et une bande son uniques, qui contribuent à nous faire sortir de notre zone de confort, et nous faire plonger dans une autre réalité, enivrante et débridée. Car Devilman Crybabyest, à mon sens, un véritable ovni dans l’univers de la japanimation (pour les connaisseurs, j’ai eu l’impression de regarder le rejeton illégitime de Bakemonogatariet Berserk). Il démontre d’une véritable maîtrise des codes du genre en prenant toujours le spectateur à contre-pied, par des changements de rythme brutaux ou en s’enfonçant toujours plus profondément dans la démence et l’exagération.

S’il suscite très facilement l’enthousiasme, Devilman Crybaby n’est pas pour autant parfait. Son défaut majeur est, à mon sens, sa durée de seulement 10 épisodes (de 25 minutes, bien sûr). Si cela ajoute à la sortie de la zone de confort du spectateur, et permet d’éviter les longueurs avec un aspect « court mais intense », on aimerait en apprendre plus sur les personnages, les voir évoluer dans plus de situations pour s’attacher plus à eux. On sent ce potentiel, on a envie d’en voir plus. En cela, la fin, bien que bien faite et pertinente, reste très frustrante. Encore une fois, on peut cependant saluer ce choix, qui rejoint la cohérence générale de l’anime.

C’est bien là ce qu’est Devilman Crybaby, une œuvre différente, cohérente et complète. Le fait qu’elle soit produite par Netflix a probablement une influence sur son originalité, et laisse entrevoir un bel avenir pour la plateforme en ce qui concerne la japanimation (j’exclus ici les productions occidentales). En effet, elle ne diffusait jusqu’ici que des anime déjà sortis depuis longtemps, et ne proposait aucun contenu original et exclusif dans le domaine. Si l’impact qu’aurait l’entrée réelle de Netflix dans la production d’anime est difficile à établir pour l’instant, on peut tout de même entrevoir une évolution pour l’industrie en termes de contenus proposés, du fait de la conquête d’un public nouveau, et surtout de la construction de nouvelles attentes.

Quoi qu’il en soit, Netflix a produit ici un anime d’excellente facture, qui devrait vous mettre une bonne claque que vous soyez amateurs du genre ou non. Devilman Crybaby, c’est une expérience nouvelle que je vous enjoins à vivre au plus vite, vous ne serez pas déçus du voyage !

Timothée Darcy

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