Spektateur

Fleurs de soleil, Thierry Lhermitte

Nous sommes assis dans le théâtre. Pour une fois, il n’y a pas de bruit. Pas d’applaudissements, pas de rires tonitruants, pas de sourires ni de larmes au coin de l’œil. Le silence règne, il fait sombre, pas de micro ni de musique. La scène est vide, elle ne comporte qu’un fauteuil. Ce n’est définitivement pas une pièce comme les autres.

Thierry Lhermitte entre en scène. Il a l’air grave. Il porte une tenue simple sans artifice, il s’approche en même temps que la lumière et commence à parler. Ce n’est pas l’humoriste qui cherche à faire rire son audience, c’est bien le comédien qui est dans son rôle. Il reprend le rôle d’un juif et son histoire. Il est épuisé, il travaille tout le temps et il a faim. Son ton grave emplit la salle. Il n’a pas de micro, juste sa voix ni puissante ni forte, une voix calme pour parler des pires horreurs qu’a subi l’humanité. Thierry devient Simon Wisenthal. Il doit écouter la confession d’un nazi, d’un SS Karl qui est sur le point de mourir et qui cherche à se repentir de ce qu’il a pu faire. Dans un récit où il a vécu ‘’l’horreur’’, le SS raconte ce qu’il a fait, ce qu’il a vu, ce qu’il a souffert. Le comédien prête tour à tour sa voix au juif et au nazi.

L’émotion s’installe. Le doute aussi. De temps à autre, le comédien sort afin que le public reprenne son souffle et s’interroge. Que faire à sa place ? Comment pardonner à la place de ceux qui sont morts ? Comment pardonner alors qu’on est encore sous occupation nazie ? Peut-on pardonner ? Peut-on même parler de ‘’pardon’’ dans ces dispositions si particulières ?

Entre les interventions de Thierry Lhermitte, sur un écran des visages apparaissent. Des journalistes, des philosophes, des écrivains, des anciens déportés dont Simone Veil, donnent leurs avis. Qu’auraient-ils fait à la place de Simon Wisenthal ? Comment gérer la culpabilité et le pardon ? Comment pardonner quelque chose qui n’a pas directement été fait à notre propre personne ? Comment ne pas avoir ce non-pardon sur la conscience ?

Une pièce qui dit tout sans tout dire. Des phrases percutantes qui ouvrent au débat, plusieurs opinions sont déversées. L’interprétation est très juste, le ton aussi. Thierry Lhermitte réalise la performance de donner vie au récit de Simon Wisenthal avec le ton juste de l’auteur soulevant les mêmes problématiques.

Thierry Lhermitte s’approprie un registre particulier créant une pièce émouvante qui résonne avec l’actualité…

Théâtre Antoine – Paris

Fleurs de soleil avec Thierry Lhermitte

Adaptation de Daniel Cohen et Antoine Mory

Mis en scène par Steve Suissa

Camille Brauer

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