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FOU DE TOI, LARA !

 

Eté 2014 : c’est l’hécatombe chez les joueurs lorsqu’à l’E3, le plus grand salon du jeu vidéo au monde, Microsoft annonce que la suite du reboot de la célèbre saga Tomb Raider sera une exclusivité XBOX One et XBOX 360. Hérésie ! Trahison ! Lara Croft est née et a grandi sur Playstation, avant de s’expatrier pour de nouvelles aventures de moins en moins convaincantes au fil du temps sur un nombre grandissant de plates-formes. Le reboot de 2013 était sorti sur les consoles de Sony et Microsoft simultanément et avait séduit un grand nombre de joueurs qui salivaient d’impatience à l’idée d’une suite. Boycotter ainsi une tranche phénoménale de joueurs avec cette nouvelle itération revenait à se suicider commercialement. L’éditeur Square Enix a dû s’en rendre compte, et s’en mordre les doigts, puisqu’il a fait machine arrière un an plus tard en sortant au mois d’octobre 2016 sur Playstation 4 Rise Of The Tomb Raider : 20e anniversaire (comprenez vingtième anniversaire du tout premier Tomb Raider), une version améliorée et plus complète, vendue à prix réduit. Seulement, sortir un jeu vieux d’un an après le rouleau compresseur Uncharted 4 ne tient-il pas de la folie ? ROTR peut-il tenir la route face au mastodonte de Naughty Dog ? Lara Croft peut-elle toujours rivaliser face à Nathan Drake ? Nous vous donnons notre avis, comme toujours sans langue de bois !

UN RETOUR SUR PLAYSTATION ATTENDU PAR LES FANS DE LA LICENCE

À sa sortie uniquement sur XBOX One en 2015, ROTR n’avait que pour adversaire direct son prédécesseur, de qualité, certes, mais au scénario relativement faible et aux personnages insipides. Un an après, il doit tenir la dragée haute à un Uncharted 4 phénoménal qui a remporté l’adhésion des critiques professionnels, et des joueurs. Visuellement plus beau, plus intéressant, mieux écrit, aussi spectaculaire qu’intimiste dans ses moments de grâce, le soft est totalement parvenu à éclipser ce nouveau Tomb Raider, pourtant bon, qu’on se le dise tout de suite, et à le faire sortir de la tête des joueurs Playstation qui s’en étaient vus privés.

D’emblée, je vais oublier Uncharted 4 le temps de quelques lignes, et ne vous parler que de ce Rise Of The Tomb Raider, en le comparant notamment avec l’opus précédent. La plus grande crainte que l’on pouvait avoir à son sujet était qu’il ne soit qu’un simple 1.5 plutôt qu’une véritable suite, que les développeurs se complaisent dans la facilité en nous ressortant exactement la même aventure, mais dans la neige. Après Martine au ski, Lara Croft à la montagne, seule différence notable avec une aventure sortie trois ans plus tôt se déroulant intégralement sur un ersatz de Skull Island de King Kong. Force est de constater que c’est un peu le cas, malheureusement… Le scénario, s’il est mieux écrit que l’épisode de 2013, en reprend toutes les grandes lignes, jusqu’à paraître être un quasi-remake, hormis le fait que Lara subit moins les évènements et qu’elle est (presque) débarrassée de ses amis incroyablement ternes et clichés, sortis de Winx Club. Autant vous le dire tout de suite, n’attendez pas grand-chose de l’intrigue, prévisible, dont la fin est aussi abrupte et expédiée que décevante. On a connu bien meilleurs cliffhangers de fin, par exemple. Ne parlons même pas du combat final, resucée plus facile et moins prenante de l’affrontement contre David dans The Last Of Us, avec beaucoup moins de tension.

LARA CROFT AUX SPORTS D’HIVER

Si le canevas n’est toujours pas le point fort de Tomb Raider, les dialogues sont néanmoins mieux écrits, plus percutants, et ce grâce à Alice David, la nouvelle voix française de Lara, et remplaçante de la légendaire Françoise Cadol. La performance vocale de la comédienne est bien plus convaincante qu’il y a trois ans. Désormais, elle EST Lara Croft. Comme son personnage, elle a mûri et s’est épanouie dans son rôle d’aventurière, rendant par là même son doublage beaucoup plus juste. L’actrice fait ressortir le côté vindicatif, déterminé et expérimenté du personnage, très expressif, qui n’a plus grand-chose à voir avec la jeune fille frêle et naïve du début du reboot. Par moments, Lara envoie quelques insultes bien senties, et pour tout avouer, cela s’avère jouissif pour le joueur. En conséquence, on s’attache véritablement à elle. Dommage toutefois que Lara soit le seul et unique personnage intéressant du titre.

Un soin tout particulier a été apporté à son design, très réussi. Lara n’a plus rien d’une bimbo, n’est plus la Pamela Anderson du jeu vidéo. Elle ne dispose plus de proportions fantasques tout droit sorties de l’esprit étriqué d’un mâle alpha. Ses animations faciales et corporelles sont excellentes, soignées, et cohérentes avec l’univers. La jeune femme grelotte quand elle a froid, s’essore les cheveux en sortant de l’eau, se salit en temps réel en fonction des actions du joueur, sans oublier la neige craquant sous ses pas et se déposant sur ses cheveux, conférant à l’ensemble un réalisme bienvenu, et une certaine humanité au personnage. Les environnements proposés sont en outre plus ouverts et les tombeaux facultatifs proposés, plus nombreux, sont de bonne facture. Le jeu bénéficie également de missions annexes, rallongeant la durée de vie, et permettant de gagner des bonus divers, de superbes panoramas et de lumineux effets, d’une ambiance sonore et musicale réussie, avec en prime la voix d’Emmanuel Gradi, l’inoubliable Mugen de Samurai Champloo, dans le rôle de différents personnages secondaires.

UN GAMEPLAY QUI S’EST QUELQUE PEU ÉTOFFÉ

Venons-en enfin au gameplay. Quid des nouveautés ? Vous pouvez désormais sprinter, grimper aux arbres, vous déplacer de branche en branche façon Tarzan. Vous disposez par ailleurs d’un arbre de compétences enrichi et d’un usage de la chasse plus important que par le passé. Pas mal, non ? Oui, mais en l’état tout ceci est dispensable tant la grimpette est anecdotique. Supposée vous aider pour l’infiltration, la très faible difficulté standard de Rise Of The Tomb Raider ne rend pas le tout nécessaire. Concrètement, vous n’aurez que rarement l’envie et l’occasion de vous balader de sapin en sapin, préférant régler le tout dans des escarmouches pas vraiment extraordinaires. On ne frissonne pas, ou rarement, le sentiment de danger s’estompant au fil d’une aventure résolument trop facile et accessible.

 

UN EPISODE INDISPENSABLE DE LA SAGA ? 

On se retrouve finalement avec un jeu pop-corn, un blockbuster vidéoludique de plus, aussitôt terminé, aussitôt oublié, en attendant la suite. Maintenant que la saga Uncharted s’est achevée, Lara Croft n’a plus de concurrent direct. Pour le meilleur ? Ou pour le pire ? Seul l’avenir nous le dira, et il n’y a aucun doute que la série se perpétuera. Reste à savoir si elle sera capable d’innover, de nous surprendre, et de nous accrocher avec des scenarii moins génériques et un style de jeu plus inventif. Sans parvenir à tutoyer un Uncharted 4 plus intéressant à tous les niveaux, et sorti plus tôt sur la plate-forme de Sony, Rise Of The Tomb Raider est globalement spectaculaire et pêchu, à même de vous faire passer un bon moment de détente cérébrale. L’aventure ne fait que commencer, espérons qu’elle sera grande !

QUELQUES CARTES POSTALES :

Tomb Raider

Tomb Raider

Tomb Raider

Tomb Raider

Tomb Raider

Hugo Nikolov

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