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Gustav Klimt à l’Atelier des Lumières : le pari de l’exposition immersive

« Je suis convaincu que, de plus en plus, on s’approprie l’art par l’expérience d’immersion et par les émotions qu’elle procure. Le mariage de l’art et du numérique est à mon avis l’avenir de la diffusion auprès des générations futures, capable de s’adresser à un public plus jeune et plus large que celui des musées classiques. » Tels sont les mots de Bruno Monnier, le président de Cutlturespaces, qui cristallisent son désir de réinventer l’expérience esthétique et moderniser les musées. C’est à la suite de la découverte d’une ancienne fonderie de 3 126mÇ que lui vient l’idée de créer un centre d’art numérique. Quelques années de travaux plus tard, l’atelier des lumières ouvre ses portes au public avec une exposition inauguration ayant pour figure de proue l’artiste Gustav Klimt.

 

Inaugurer l’atelier des Lumières avec Klimt est un choix pertinent car lui aussi désirait s’émanciper des formes académiques et conventionnelles afin de réformer la vie artistique de l’époque. En effet, c’est à la fin du XIXème siècle que Klimt devient le chef de file de la Sécession viennoise, un mouvement artistique qui tend justement à régénérer l’art en profondeur. Klimt souhaite combler le fossé entre les objets utilitaires et les objets d’art en créant une oeuvre puissamment décorative. Cette dernière se caractérise par la profusion des détails, la richesse des décors et de la coloration, ainsi que la précision des portraits. Il est par ailleurs mondialement connu pour son utilisation de l’or qui domine la majorité de ses créations et rappelle les mosaïques byzantines de Ravenne. Son oeuvre la plus célèbre, Le Baiser, permet de saisir les traits significatifs de l’activité artistique de Klimt.

 Le baiser, Gustav Klimt, 1908, Huile et feuille d’or sur toile

Or, avec l’exposition immersive les réalisateurs Gianfranco Iannuzzi, Renato Gatto et Massimiliano Siccardi se lancent le défi de dévoiler l’artiste sous un tout nouvel angle. Ils n’ambitionnent pas seulement de présenter une oeuvre à des spectateurs mais ils les invitent aussi à un véritable voyage au coeur de l’univers de Gustav Klimt. Et c’est un pari réussi ! A peine avez-vous passé le seuil de l’entrée que vous êtes fascinés par ces multiples images qui défilent et vous tournent la tête du sol au plafond. Chaque séance de projection donne à voir plus de 3000 images où s’enchaînent, tour à tour, les portraits, les paysages, les ors, les couleurs et les fleurs de l’artiste. Le dispositif technique mis en place est considérable mais invisible et dissimulé. Le spectateur est ainsi saisi par ce spectacle qui l’hypnotise et le possède complètement. Il oublie qu’il visite un « musée », il ne s’imagine pas dans une exposition, il contemple simplement son environnement. Aucun cartel n’est là pour informer le spectateur, aucune balise ne vient diriger la visite. L’objectif est que le spectateur prenne possession de l’exposition et adopte une attitude davantage participative que contemplative.

Le spectateur en prend plein la vue mais peut-être devient-il dès lors incapable de regarder ?

L’exposition immersive brise les codes traditionnels de la visite d’un musée, si bien que l’on peut légitimement s’interroger sur son véritable statut. Selon la romancière Cécile Guilbert, les expositions immersives relèvent plus des attractions artistiques que des expositions. Paradoxalement, si le spectateur participe pleinement à ce type d’exposition en prenant davantage possession de l’espace ou en interagissant avec son environnement, il semblerait qu’il pense moins. L’exposition immersive provoquerait un tel choc esthétique que le spectateur ne pourrait sortir de ce sublime état contemplatif pour accéder à l’étape réflexive. L’art serait dès lors vidé de son essence puisqu’il ne parviendrait plus à éveiller les consciences et éloigner de toute compromission. La mise en scène évènementielle paralyserait donc le cheminement réflexif normalement induit par le surgissement de l’oeuvre d’art.

Par ailleurs, l’exposition immersive n’a plus vocation à présenter l’oeuvre d’un artiste mais devient elle-même une oeuvre d’art. L’exposition immersive peut être considérée comme ce que Wagner définissait comme une oeuvre d’art totale. Celle-ci se caractérise par l’utilisation simultanée de nombreux médiums et disciplines artistiques, et par la portée symbolique et philosophique qu’elle détient. Cette installation vient du désir de refléter l’unité de la vie. En effet, la projection des oeuvres de Klimt est accompagnée par une musique pensée par Luca Longobardi. Selon Gianfranco Iannuzzi, « La musique illumine nos yeux et enrichit notre regard qui grâce à elle peut aller plus loin et plus en profondeur. Soit en syntonie, soit en contrepoint avec les images. » La dématérialisation de l’art rendue possible par le numérique permet donc de décloisonner toutes les disciplines artistiques et de les faire vibrer entre elles.

Il ne vous reste seulement que peu de temps pour vous laisser charmer par cette exposition immersive : j’en suis sortie enivrée et galvanisée, et j’espère que vous aussi vous l’avez été ou le serez bientôt !

Informations pratiques :

Jusqu’au 6 janvier 2019

Ouverture exceptionnelle du 21 décembre au 6 janvier jusqu’à 22h.

Fermeture à 18h les 24/25/31 décembre et 1er janvier.

L’Atelier des Lumières est ouvert du jeudi de 10h à 18h. Nocturnes les vendredis et samedis

jusqu’à 22h et les dimanches jusqu’à 19h.

Combien ça coûte ?

Plein tarif : 14,5 euros

Tarif réduit : 11,5 euros

Tarif jeune (5-25 ans) : 9,5 euros

Comment s’y rendre ?

38 rue Saint Maur 75011 Paris

Métro : ligne 9 (Voltaire, Saint-Ambroise) / ligne 3 (Rue Saint Maur)/ ligne 2 (Père Lachaise)

Bus : 46,56,61,69

Crédits photos :

https://www.century21-chorus-saint-antoine.com/?fbclid=IwAR0zOhdJ4qjG3_hMkVWBMiOsaC-yVtjr4cnlOGDP2VSEjuOcKq1TYSXo8G0

http://ladn.eu
http://atelier-lumieres.com

Sarah Barsacq

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