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Hard sur les planches : jouissance du sexe libéré et frustration d’une finesse oubliée

Passage mitigé de l’écran à la scène pour Hard, série de trois saisons diffusée sur Canal +. L’adaptation de Bruno Gaccio et le jeu des acteurs dirigés par Nicolas Briançon permettent de parler librement, mais non sans lourdeur, de la pornographie. Le théâtre de la Renaissance en rougit de plaisir, voire de honte. 

La pornographie est entrée dans tous les foyers français. Loin est le temps où discrètement, il fallait attendre une heure du matin, dans la nuit de samedi à dimanche, pour apercevoir l’ombre d’un sein sur Canal + : grâce à internet, un clic suffit. Pourquoi ne pas évoquer ce sujet au théâtre ? 

Comment une mère de famille catholique irréprochable pourrait-elle se retrouver à la tête d’un empire du porno sur le déclin ? Le ciel tombe sur la tête de la pauvre Sophie lorsqu’elle prend connaissance de cet héritage inattendu et encombrant à la mort de son mari. La collision entre les convenances et l’absence totale de tabous, semble faire le charme de Hard. Le public pénètre dans l’univers intrigant des films pour adultes et découvre les rouages de cette industrie peu scrupuleuse non sans entrain. 

 

 

Porno et comédie, mariage heureux ? Ce serait mentir de nier que l’on salive de plaisir en sortant du Théâtre. Bruno Gaccio à l’adaptation et Nicolas Briançon à la mise en scène ont osé mettre le X sur le devant de la scène avec panache et effronterie. Dialogues savoureux, situations cocasses, personnages bien croqués et comédiens osés sont au rendez-vous pour détendre un public qui hésite entre gêne sociale et sourire coquin.  La gauloiserie est au rendez-vous. Dédramatisante quant à l’univers de la pornographie, il semblerait que la finesse de la série soit pourtant parfois mise de côté. L’exercice était délicat pour Bruno Gaccio, au moment où le mouvement #metoo lutte à juste titre contre le harcèlement sexuel. Mais les personnages de la pièce sont des adultes consentants. Dans cette agence des fantasmes, on parle de tout. Homosexualité, sexualité « des vieux », ou encore revitalisation de l’érection. 

 Les jeux de mots douteux pleuvent tout comme les répliques cultes (que la décence nous interdit de reproduire ici). L’alternance tournage/gros plan sur Sophie s’installe avec fluidité, à l’image du décor dynamique de Juliette Azzopardi, fait d’une multitude d’objets sexuels qui trônent telles des œuvres d’art dans un musée. Les costumes et accessoires des comédiens, tout en étant dans le thème de la pièce, manquent encore une fois d’une certaine finesse que l’on peut attendre, imposant au spectateur immenses manteau de fourrure, bottes en latex et perruques cheaps. 

 

 

Passer de la mère coincée à la femme d’affaires aguerrie est une métamorphose qui sied à Claire Borotra, si frêle en apparence. Celle qui a incarné Marilyn sur scène sait aussi se montrer féroce. François Vincetelli est irrésistible en playboy bien calibré. Entre le beauf et le romantique, notre cœur balance. La complicité ne fait pas de doute avec sa partenaire. On adore détester Isabelle Vitari, odieuse en meilleure amie fourbe. Nicole Croisille, délicieuse en belle-mère franc du collier, amuse la galerie dans un rôle à contre-emploi.  Stephan Wojtowicz est impayable en réalisateur flegmatique et l’accent faussement espagnol de Charlie Dupont déclenche des éclats de rire perpétuels.

“Toute la pièce, c’est l’histoire de cet amour impossible dans un milieu improbable”.

Le spectacle – tout public – permet aussi de critiquer la fin d’un certain âge d’or du porno selon Bruno Gaccio : “Jusqu’en 1975, c’était une libération, quelque chose de nouveau. Aujourd’hui, le porno, c’est devenu absolument n’importe quoi”, tranche-t-il. Original, donc, de plonger dans l’univers d’un porno à bout de souffle et mis à mal par l’hégémonie d’internet, avec une galerie de personnages désopilante. 

Chic et choc, la pièce est drôle mais trop grasse, et semble s’enfoncer dans une grivoiserie de liste qui éclipse un scénario intéressant et captivant. À voir entre ami.e.s sans hésiter, cependant, pour une soirée croustillante et détendue. 

Librement inspiré de la série « hard » de Cathy Verney

Adaptation de Bruno Gaccio – Mise en scène de Nicolas Briançon

Avec : Claire Borotra, François Vincentelli, Nicole Croisille, Charlie Dupont, Stephan Wojtowicz, Isabelle Vitari, François Marielle, Dany Verrissimo et Sarah Gellé,

François Marielle, Sarah Gellé, Dany Verissimo-Petit

 

Infos pratiques

Jusqu’au 6 janvier

Théâtre de la Renaissance

Du mardi au samedi à 21h

Matinées le samedi et le dimanche à 16h30

Crédits photo

Créateur : Charlotte Spillemaecker

Droits d’auteur : Charlotte Spillemaecker

 

Laura Salinas

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