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Heureux qui, comme Mario, a fait un long voyage…

En janvier dernier, Nintendo révélait le premier trailer des nouvelles aventures du plombier à la casquette rouge lors de la présentation officielle de la Nintendo Switch, console hybride à la fois portable et de salon, permettant de jouer sur sa télévision comme loin de son doux foyer. Ayant atteint le million de vues en l’espace de vingt-quatre heures, cette bande-annonce parfaitement inattendue dépasse aujourd’hui le cap des 27 millions. Quant-à l’ultime trailer officiel, dévoilé au mois de juin durant le salon de l’E3, il n’est pas en reste avec ses 20 millions de visionnages. Passé le premier effet de surprise, impatience et désir se bousculent chez les joueurs avides découvrir ce nouvel épisode, intitulé Super Mario Odyssey qui, dès le jour de sa sortie le 27 octobre dernier, est en rupture de stock dans de nombreux magasins. Les premiers avis sont unanimes : le retour de Mario est triomphal et à la hauteur de nos espérances. Comment expliquer qu’une saga âgée de plus de trente ans, entièrement détachée de la vive volonté des développeurs à créer des RPG ou autres action-adventures aux scénarios complexes et pleins de rebondissements, parvienne encore et toujours à galvaniser un public qui va croissant ?

Le respect des aînés

      L’un des points forts de Nintendo est bien de savoir fidéliser son public. Qu’il s’agisse de sagas comme The Legend of Zelda, Fire Emblem ou Animal Crossing, il est rare que les fans de la première heure  se lassent de ces licences et ignorent les nouveaux contenus qu’elles proposent. Aussi la firme japonaise pouvait-elle certaine que ce nouvel opus ferait vibrer la corde passionnée  des aficionados qui saluent depuis toujours chaque pérégrination de leur héros moustachu favori. Toutefois, fidéliser un public ne relève pas d’un simple tour de magie. Au contraire, c’est un travail minutieux que Nintendo sait réaliser à la perfection. Tandis que certaines entreprises vidéoludiques mènent une course effrénée à l’innovation, cherchant à conquérir de nouveaux cœurs sans forcément se soucier de ceux accaparés précédemment, la boîte nippone s’emploie constamment à glisser des clins d’œil et petites références à d’anciens titres, ce qui ne manque pas d’éveiller la nostalgie. Ainsi, un fin connaisseur remarquera que Super Mario Odyssey s’inspire des codes des plus gros succès de la saga tels que Super Mario 64, pour les commandes et de petits éléments scénaristiques (comme la téléportation d’un univers à l’autre en sautant dans un tableau), Super Mario Galaxy, pour les décors variés, aux constructions intrigantes et charmantes, ou encore l’épisode pionner : Super Mario Bros, pour les phases de jeu en 2D comme au bon vieux temps. Les fans ont également pu se réjouir du retour de Pauline, personnage ayant disparu de nos écrans depuis Mario vs. Donkey Kong : Le Retour des Minis ! sur Nintendo DS en 2009. Lassée des simples caméos, Pauline occupe maintenant une place de choix et se retrouve propulsée aux rôles de maire de New Donk City et de chanteuse de jazz (elle interprète par ailleurs « Jump up, super star ! », le thème principal du jeu).

La route vers l’indépendance

      Ce dernier exemple nous indique que Nintendo ne mise pas seulement sur la réminiscence pour conserver un large public. Il lui faut aussi jouer la carte de l’innovation pour éviter tout sentiment de lassitude, ce qui permet également de séduire de nouveaux consommateurs. En cela, l’entreprise est aujourd’hui connue pour savoir mêler harmonieusement les grands classiques au progrès et Super Mario Odyssey vient parfaitement illustrer cette mécanique bien huilée. Il est donc temps de nous intéresser aux éléments inédits et réjouissants qui jalonnent cette nouvelle aventure. À commencer par l’idée d’exploration. Dans les épisodes antérieurs, chaque niveau proposé présentait, de façon plus ou moins évidente, un chemin précis à suivre. Malgré les apparences, le joueur demeurait conditionné par un parcours imposé. Cette fois, dans Super Mario Odyssey, nous pouvons explorer les mondes comme bon nous semble, réaliser les épreuves qui les parsèment dans l’ordre de notre choix quitte à en délaisser certaines pour les surmonter une autre fois. Alors que les niveaux ne s’élèvent qu’au nombre de 17 (ce qui peut paraître bien maigre comparé à Super Mario Galaxy qui en comptait plus de quarante en 2007), le foisonnement de tâches à accomplir et la diversité des paysages nous donnent véritablement l’impression de vivre l’odyssée suggérée dans le titre.

En parlant des paysages, les graphismes ont eux aussi eu droit à un petit coup de fraîcheur. Si plusieurs mondes restent fidèles à la charte graphique d’origine -couleurs franches et proportions fantaisistes-, les créateurs font aujourd’hui évoluer le personnage dans des décors beaucoup plus réalistes, n’hésitant pas à évoquer l’urbanisme des grandes villes américaines comme New-York, avec l’effervescence de ses rues, ses gratte-ciels et ses taxis jaunes. Si ces environnements entièrement inédits peuvent surprendre et interroger, nous nous retrouvons bien vite à passer chaque ruelle et tournant au peigne fin afin de percer tous les mystères de ces nouvelles cartes qui, par leur animation joviale, nous collent un sourire béat aux lèvres pendant des heures.

Super Mario Odyssey

Super Mario Odyssey

 Autre surprise, Mario peut désormais changer d’apparence au gré des rencontres et prendre une kyrielle de formes jamais croisées auparavant (T-Rex, ligne à haute tension, grenouille, …), possédant chacune des particularités étonnantes, uniques et très utiles pour la réussite de vos missions. Ces ajouts ludiques sont l’apanage d’un nouveau compagnon de route, Cappy, un petit chapeau métamorphe qui confère à Mario une myriade de nouveaux pouvoirs tous plus saugrenus les uns que les autres. Là où les opus antérieurs ne proposaient qu’une poignée de transformations, Super Mario Odyssey donne pour unique barrière l’imagination du joueur et c’est une vraie partie de plaisir !

   Une fois de plus, Nintendo réalise un coup de maître en livrant au grand public un voyage rafraîchissant, vivant et festif, qui marquera le monde du jeu vidéo pour de nombreuses années. Le développeur japonais est bien conscient de sa capacité à réunir toutes les générations de gamers autour d’un même jeu et cela se remarque dans le titre choisi pour ce nouvel opus : le terme « odyssée » concilie les origines mythiques de la licence avec le sentiment d’aventure et d’inconnu, et symbolise également la fidélité et l’audace de ses créateurs. Bonne humeur, divertissement et étonnement sont au rendez-vous dans cet épisode âgé d’une semaine et déjà incontournable ! À présent, il ne vous reste plus qu’à suivre les instructions que la talentueuse Pauline nous glisse en chanson :

« Put a smile on that face
There’s no time to waste
Oh, let’s do the odyssey! »

 

Hortense Martin

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