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J’ai testé pour vous : la Y/CON, ou Salon des homofictions (mais pas que)

Depuis quelques années maintenant, en fin d’année, se déroule à Villejuif la Y/CON, ou Salon des homofictions. Pour les non-initiés, le « Y » de la convention se réfère aux termes « yaoi » et « yuri » issus de la culture manganime, respectivement donc pour « œuvres de fiction mettant en scène une/des relations homosexuelle(s) masculine(s) », et pour son penchant féminin. L’occasion pour un public de passionnés ou de curieux de découvrir de nouvelles lectures, ou de faire dédicacer ses chouchous par les nombreux auteurs ou illustrateurs présents au cours de la manifestation.

À la Y/CON, on trouve de tout : des fanarts forts déshabillés de Harry Potter et Drago Malefoy à des illustrations originales, des collections spécialisées des grandes maisons d’édition à des romans auto-édités. Il y en a pour tous les goûts, mais aussi pour toutes les préférences : soft ou hard, véritable roman d’aventures ou PWP (pour « Plot ? What plot ? », ou un texte sans grande justification pour que les personnages couchent les uns avec les autres dans la joie et la bonne humeur), les homofictions offrent finalement un panel aussi large que tout le reste de la littérature – à ce détail près que les héros sont queer.

Si ce genre de salon peut donner l’impression d’être une réunion de féministes enragées ou d’adolescentes prépubères libidineuse, que nenni ! À l’inverse, je dirais même que c’est l’occasion idéale pour aller bousculer un peu vos préjugés, et découvrir un milieu bouillonnant et riche en partage et en bonnes idées.

Au cours du week-end, diverses conférences sont menées autour de sujets de fonds (« Les questions LGBTQ+ dans les œuvres jeunesses », « L’évolution de la place des femmes dans la fiction »), mais aussi de milieux souvent méconnus, et de ce fait mal considérés. Saviez-vous par exemple ce qu’était le shibari ? On associe souvent cette pratique à une pure activité BDSM, au cours de laquelle on attache son/sa partenaire avec plus ou moins de sauvagerie ; or la Y/CON m’a permis de découvrir un véritable art d’origine japonaise, avec même une démonstration, et une initiation pour les plus curieux.

© Y/CON 6  : salon organisé par l’association EVENT YAOI 

Voilà pourquoi le terme de Salon des homofictions me semble aujourd’hui trop réducteur. La Y-Con veut sensibiliser les visiteurs à des questions d’actualité, de société, et pas seulement réunir des fangirls frustrées qu’Edward ne grignote pas un petit bout de Jacob (si vous voyez ce que je veux dire).

Dans le contenu de ce qui est proposé, on retrouve également cet aspect de découverte qui vient dépoussiérer nos habitudes. Les homofictions permettent de ne pas se faire servir toujours la même sauce en matière de narration. Les personnages mis en scène font face à d’autres questionnements, rencontrent d’autres problèmes, mais n’en restent pas moins des héros auxquels il fait bon s’attacher, que l’on soit soi-même queer ou non.

La Y/CON est un salon tout public (avec tout de même une limitation pour les personnes de moins de 15 ans et les mineurs non-accompagnés d’un adulte, contenu érotique oblige), et un lieu safe pour les minorités de genre ou sexuelles qui ne trouvent souvent pas d’espace où elles se sentent représentées et acceptées. Allez par exemple chez votre libraire du coin lui demander s’il a beaucoup de romans où le personnage principal est trans ou gay…

Un bémol pour moi tout de même : le très faible nombre d’œuvres mettant en scène des personnages lesbiens. On peut trouver plusieurs explications à cela, à commencer par le fait que les couples gays fédèrent un public plus large. En effet, plus que les concernés eux-mêmes, ce sont les femmes qui sont les plus friandes de ce genre de textes, le plus souvent pour entretenir un fantasme largement représenté. Aucune honte à avoir, Mesdames, puisque les hommes possèdent la même attirance pour l’homosexualité, féminine cette fois-ci. Seulement voilà : en lieu et place de la lecture, ces messieurs trouvent plus généralement leur réconfort en les œuvres visuelles (séries surtout, coucou Xéna la guerrière), voire en la pornographie. Ainsi, en 2017, « lesbian » était une fois encore le mot-clé de loin le plus entré sur Pornhub (en témoigne  HYPERLINK “https://www.pornhub.com/insights/2017-year-in-review”cette infographie tout à fait passionnante que je vous laisse explorer si vous êtes un peu curieux).

Je déplore aussi à titre personnel la quasi absence d’œuvres françaises publiées chez de gros éditeurs. Ceux-ci sont encore trop frileux pour laisser leur chance à des auteurs inconnus, et préfèrent miser sur des traductions de succès à l’étranger. En espérant que cela bouge dans les prochaines années…

Pour conclure, donc, je vous recommande assez chaudement de prendre vos billets pour la prochaine édition de la Y/CON, qui aura lieu les 1er et 2 décembre 2018. Ce sera une belle occasion pour vous de découvrir une littérature dont vous ne soupçonniez probablement pas l’existence, et d’ouvrir vos chakras à des thématiques à mon goût encore trop laissées de côté par les grosses maisons d’édition.

Plein d’amour et de cœurs arc-en-ciel sur vous, et en attendant de vous y croiser peut-être l’an prochain, je vous laisse ci-dessous avec une rapide review de quelques-uns des livres que j’ai eu l’occasion d’acheter lors de l’édition 2017 de la Y/CON.

 

King Hélios, Le Souverain perdu, Belinda McBride

Il s’agit d’un roman auto-édité, dont le personnage principal est un esclave sexuel amnésique retenu sur une planète et sauvé un jour par un pirate de l’espace. Pas besoin d’en savoir beaucoup plus pour deviner que l’on a affaire à un livre qui tient plus du PWP dont je parlais plus haut que d’une réelle intrigue politique sur fond de space-opéra. Je n’ai pas grand-chose de plus à en dire que ce n’était pas non-plus trop mauvais à lire, mais que je ne pense pas y remettre le nez ni acheter la suite.

Le charme des Magpie , K.J. Charles

Paru chez Milady Romance (donc chez Bragelonne), c’est le premier tome d’une série dont les héros sont un aristocrate déchu et un magicien qui doivent combattre une malédiction dans le Londres du XIXème siècle. Tout pour me plaire sur le papier, et c’est vrai que j’ai dévoré le tome 1. Les personnages ont un vrai développement, et même si le jeu de séduction entre eux revient souvent sur le devant de la scène, il est assez prenant pour que l’on n’en veuille pas trop au livre. Dans le deuxième tome, par contre, on perd un peu ce charme là, et j’ai trouvé qu’il avait peu d’enjeux forts alors que paradoxalement les héros sont confrontés au problème que représente leur homosexualité dans l’Angleterre de cette époque. J’attends donc beaucoup du tome 3, mais je vous en recommande tout de même vivement la lecture (rien que pour la petite bouille du magicien).

 

À vif, Alexis Hall

Là aussi, du Milady Romance, mais en one-shot cette fois-ci. Grosso modo, c’est l’histoire de la rencontre d’un homme et d’un très jeune homme dans un club BDSM gay londonien, puis de la relation qui suit. À ma grande surprise, c’est finalement ce livre qui a le plus retenu mon attention. Tout d’abord, il est vraiment bien écrit et rend compte de ce qu’est une relation homosexuelle et sado-masochiste (ce qui est tout de même capital dans un roman où les scènes de sexe sont nombreuses) ; on dépasse donc le cadre du fantasme gay mis en scène. Ensuite, ce qui fait la force d’À vif, c’est de présenter des problématiques contemporaines sans tomber dans le misérabilisme ou au contraire la résolution miraculeuse. Les personnages doivent donc composer avec leur différence d’âge et leurs préférences sexuelles, mais sans spoiler, la fin demeure suffisamment ouverte pour comprendre que cette situation sera un état de fait pour toute leur vie, et finalement qu’importe. Bref, ce roman a été un très gros coup de cœur, et je vous encourage vivement de le lire, si vous ne deviez en choisir qu’un seul des trois que je vous ai présenté. À ne pas mettre entre toutes les mains tout de même, car on reste sur des scènes de sexe pour public averti.

Chloé Gronostaj

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