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Jamais le deuxième soir: petit traité de l’émancipation féminine

Désespérée devant la succession des déboires amoureux de son amie, Cynthia décide de venir en aide à sa meilleure amie, Mirabelle. Cynthia, une femme aux histoires d’amour tout aussi tortueuses que celles de son amie joue les entremetteuses entre Mirabelle et Lorenzo, un jeune italien romantique et qui sera l’objet de tous ses désirs. Enfin…jusqu’à ce qu’il lui avoue ne pas vouloir agir dès le premier soir !

Mirabelle, une jeune femme qui ne croit plus ni au grand amour ni en l’homme, décide de s’inscrire sur un site de rencontre avec l’aide de Cynthia. C’est alors que dans ce café-théâtre, la femme prend peu à peu la place de l’homme pour devenir le sexe fort.

 Jamais le deuxième soir : une ode à la liberté de la femme !

1h10 durant, Mirabelle mène la danse et la cadence pour faire tourner la tête de l’homme qui succombera aux charmes déployés sur la toile.

Depuis son ordinateur en compagnie de Cynthia, elle décide de tous les critères auxquels devra correspondre le futur élu. Une attitude complètement paradoxale quand on sait que lorsqu’il fallut compléter son profil, elle ne renseigna aucun détail : un bon moyen de signaler ses intentions éphémères. Ces pratiques, intelligemment mises en scène, posent la question des relations interpersonnelles et de la commercialisation des sentiments. Autant le dire clairement : de nos jours, les services en ligne se multiplient pour permettre à tous d’assouvir ses envies les plus intimes le plus rapidement possible.

Néanmoins, cette attitude sélective et exigeante donne le ton de cette pièce mise en scène par Enver Recepovic dans laquelle la femme impose un rythme soutenu qui va faire perdre la tête à Lorenzo, son futur prétendant. Lors de leur rencontre les rôles s’inversent, laissant place à un homme romantique, patient doté d’un fort accent italien confronté à la franchise et à la bestialité de Mirabelle. Une rencontre romantique des plus comiques, malgré un début de pièce quelque peu apathique.

Dans cette pièce où la satire est de mise, les acteur.ice.s offrent à leur public une véritable performance mêlant interactions avec les spectateur.ice.s et quantité pléthorique d’états d’âmes. Grâce à ces échanges interactifs le spectacle vivant prend vie. Tout du long, les femmes badinent des hommes et les mènent à la baguette. Devenu le sexe dominant, Mirabelle mène la danse allant même jusqu’à montrer à son bel italien comment est censé se comporter un homme « viril » ! Un comportement contrebalancé par un décor « féminisé » par la présence d’un ficus et d’un bar couleur rose pastel.

 

J’émettrais tout de même une réserve concernant le scénario, car j’attendais une inversion des rôles plus prononcée. Trop de stéréotypes réducteurs rythmaient encore la pièce, bien que la dérision et le second degré étaient les maîtres-mots. Mais cette pièce comique qui prône la dérision et la désillusion, expose des scènes de la vie quotidienne qui permettent à tous de rentrer au cœur des mésaventures d’une jeune femme détenant un taux de testostérone plus élevé que l’homme qui anime ses passions. Au programme : ivresse, amitié, jeux de mots,  conflit,  humour et amour. Autant de sentiments divergents qui tiennent en haleine jusqu’à la scène finale. Je retiendrais notamment le ton satirique prépondérant utilisé entre les deux jeunes femmes.

« On a tous cette amie alcoolique. Si tu ne l’as pas, c’est que c’est toi ! »

Une certaine liberté d’interprétation est laissée aux acteur.ice.s, renforçant la singularité du spectacle. Un jeu qui, par ailleurs, semble très naturel et paraît découler de leur personnalité d’origine. Le comédien quant à lui, dans son expérience parapsychique réalise une performance aussi énergique qu’acrobatique. Dans une introspection exagérée dictée par la psalmodie de Cynthia, Lorenzo remonte de l’anniversaire de ses 5 ans à l’homme préhistorique en passant par le pape, Mussolini et Michel-Ange : autant de personnages qui ont rythmé la pièce au même titre que l’histoire de l’Italie, le tout sur fond de parodie.

En somme, cette pièce écrite par Patrick Hernandez et Enver Recepovic célèbre le postulat d’une liberté féminine mettant à l’honneur la bonne humeur dans un contexte pourtant peu favorable au départ. De quoi redonner le sourire à l’approche de la Saint-Valentin !

 

Photos: Victoria Orlova

Kenza Walter

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