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JR à la Maison Européenne de Photographie : de la genèse à l’oeuvre

Le 7 novembre dernier a été inaugurée la nouvelle exposition temporelle de la Maison Européenne de la Photographie (MEP). Son titre ? “JR : momentum, la mécanique de l’épreuve”. Elle retrace en photos, mais pas uniquement, le parcours de l’artiste de rue, Jean René, aujourd’hui simplement JR.

JR est un homme français de 35 ans, qui évolue dans le milieu de l’art depuis un peu plus d’une quinzaine d’années. Sa marque de fabrique est le collage photographique. En 2006, JR placarde sur les murs de la MEP son projet “Portrait d’une génération”. C’est comme un clin d’oeil que la maison lui rend 12 ans plus tard, en l’invitant à exposer ses oeuvres, cette fois à l’intérieur du bâtiment. Une chose à savoir si vous comptez y aller tête baissée : le titre de l’exposition n’est pas à prendre à la légère. En effet, il faut s’attendre à voir la genèse des oeuvres de JR, la mécanique employée pour atteindre le résultat final, et pas vraiment une profusion de ses créations au fil du temps. Au programme également : “Expo 2 rue”, l’ensemble de ses premières photographies argentiques prises au début de sa carrière, exposées pour la première fois. Un programme alléchant pour les férus de l’artiste français ou pour les simples curieux.

 

JR : un artiste qui parle à une société plus qu’à une génération

JR est un jeune artiste qui évolue dans le milieu de l’art de rue depuis 2001. Les techniques qu’il emploie, tels que les traitements informatiques subis par ses oeuvres en amont, ou celles inhérentes au street art, comme le collage, laissent penser que JR vise et intéresse un jeune public. Pourtant lorsque l’on visite l’exposition, on se rend rapidement compte que toutes les générations sont touchées par les oeuvres de JR. Le public de l’exposition est étonnamment varié, et une grande partie de celui-ci se compose de personnes âgées. En y réfléchissant bien, il est vrai que JR s’est intéressé à toutes les générations au cours de ses années d’exercice : on pense bien évidemment à sa série de collages “Wrinkles in the city”, placardée dans les plus grandes villes du monde. Avec ce projet, JR avait pour ambition de métaphoriser, par le visage ridé des plus anciens, l’évolution d’une société dans son intégralité. On pense également à sa grande amitié avec Agnès Varda, et au documentaire “Visages Villages” conjointement réalisé : on comprend que JR souhaite toucher un maximum d’individus à travers son art. C’est bien le cas avec cette exposition, qui présente certaines des oeuvres de “Wrinkles in the city”, ou encore celles du projet “Women are heroes”, visant à revaloriser

la place des femmes dans les sociétés africaines.

 http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne-120797/photos/detail/?cmediafile=21495406

 

JR : un artiste politique depuis ses débuts

Ce qui frappe également dès le début de l’exposition, c’est la dimension politique que prennent les oeuvres de JR. Depuis ses premiers collages, l’artiste ne cache pas ses convictions, sans jamais se rattacher à un parti politique. Il avait par exemple pris part à l’affaire Zyed et Bouna, deux jeunes hommes issus de banlieues électrocutés en tentant d’échapper à la police. Ce drame a inauguré le projet de JR, “Chroniques de Clichy-Montfermeil” en 2004, dont certains de ses collages photographiques sont exposés. Il s’était alors emparé de son appareil photo et avait photographié les jeunes de banlieue en zoomant à outrance sur leur visage. Résultat : leurs facies étaient déformés, afin de métaphoriser l’image biaisée des cités renvoyée par les médias.

Cette question politique le suit à travers ses oeuvres : il s’était par exemple invité dans les favelas brésiliennes lors des Jeux Olympiques de 2016. L’un de ses derniers projets intitulé “The gun chronicles, a story of America”, exposé pour la première fois en Europe confirme cette dimension sociologique. Ce projet prend la forme d’une gigantesque fresque interactive : elle mêle images fixes et vidéos, et met en scène plus de 250 étatsuniens, avec pour question centrale la place des armes dans leur société. JR ne s’est pas centré sur un seul courant de pensée, et a cherché à représenter autant les pro gun que les partisans d’un contrôle renforcé des armes à feu. Résultat : une fresque impressionnante et passionnante. JR, plus que jamais, inscrit son oeuvre dans les débats sociétaux de notre époque.

JR : artiste aux oeuvres polyphoniques

Cette fresque est donc interactive : elle est le symbole d’une nouvelle ère de l’art. En effet, même si les photographies constituent la majorité des oeuvres présentées, JR joue sur plusieurs tableaux. Elle est innovante : une application pour smartphone nous permet d’accéder à une interview sur la place des armes aux Etats-Unis, donnée par chacune des personnes photographiées. JR n’a donc pas que photographié et collé, il s’est aussi essayé aux interviews, ce qu’il avait déjà initié dans son long métrage “Visages Villages”. On assiste alors à un concert communicationnel de l’oeuvre de JR qui mêle photographie, collage, vidéo, interaction avec le public et maquette de ses oeuvres : la maison de la photographie n’a jamais revêtu autant de facettes.

Malgré tout… quelques inconvénients.

Petit bémol : la durée de l’exposition. Si l’on connait déjà JR et qu’on le suit sur les réseaux sociaux, on est familier avec la grande majorité des oeuvres présentées. De fait, la visite peut sembler relativement rapide. L’exposition revient sur ses oeuvres les plus majestueuses, comme celles créées à l’occasion des Jeux Olympiques de 2016 ou encore le projet “Eyes on the boat” qui avait pris place au port du Havre. Le fait d’observer l’importance du travail en amont avant le résultat final des oeuvres est intéressant. Mais beaucoup d’oeuvres sont déclinées de plusieurs façons : pour “Eyes on the boat” notamment, on peut voir une maquette du bateau customisé par JR, une oeuvre en relief

insistant sur les dimensions du collage et une photographie de l’oeuvre finale. Cette duplication d’une seule même oeuvre couplée à la rapidité de l’exposition peut donc décevoir les fans de JR, venus visiter la MEP en pensant y trouver un répertoire de toutes des oeuvres.

Si vous souhaitez aller voir cette exposition, n’oubliez pas vos casques audio, et prenez votre temps.

Informations pratiques :

-> Du 7 novembre au 10 février

-> Maison Européenne de la Photographie, 5/7 rue de Fourcy

-> Tarif : 6 euros pour les -26 ans, 10 euros tarif normal

-> N’oubliez pas vos écouteurs ou votre casque audio !

Margaux Balland

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