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La culture du sport outdoor à Paris : nouveau vecteur de lien social ?

Paris, son métro, ses musées, ses boutiques… On y croise beaucoup de monde, certes, mais nous en rencontrons réellement peu. Pourtant, celle-ci est connue pour être le berceau d’une culture collective forte : nombreuses sont les initiatives qui font qu’aujourd’hui, il est possible de partager plus qu’un trajet de métro avec ceux qui nous entourent. Dans cette lignée, on voit émerger une nouvelle tendance depuis quelques années : celle les activités sportives gratuites et ouvertes à tous, dans tous les quartiers de Paris ! Ce nouveau concept de sport outdoor regroupe entre autres le running, le fitness, les sports collectifs… Bref, il y en a pour tous les goûts, et tous les prétextes sont bons pour venir se dépenser et faire de belles rencontres.

Mais que se cache-t-il vraiment derrière cette promesse de partage et de convivialité ? Encore un autre phénomène de mode me direz-vous, ou bien une ruse pour nous pousser à adopter un style de vie plus « healthy ». Ne s’agirait-il pas sinon d’un prétexte pour faire de la publicité aux grandes marques, qui sont souvent la figure de proue de ce genre d’évènements ?

J’ai testé pour vous… récit d’un FOOTING DANS LE 15EME

Afin de voir par moi-même ce qu’il en était réellement, j’ai décidé de rejoindre un groupe de sportifs dans le 15ème arrondissement et de participer à leurs activités.

Le concept est le suivant : il s’agit de se retrouver le mercredi soir dans un bar avant de se rejoindre dans le quartier, à un point de rendez-vous précis. Chacun choisit ensuite la course qu’il souhaite effectuer en intégrant un des groupes préalablement constitués par niveaux. Les nombreuses photos de groupe prises lors de la soirée et leur publication rapide sur les réseaux sociaux démontre une volonté de donner une image de marque, celle de la convivialité. On compte par dizaines les groupes Facebook où ce genre d’initiatives sont à l’œuvre, souvent sous la tutelle de marques d’équipement sportif (Go Sport, Décathlon, Adidas..). Les entreprises, les magasins ont également de plus en plus tendance à créer des groupes dédiés au sport, sans doute dans le but renouveler leur « team-building ». Il suffit par exemple de taper « running Paris » dans la barre de recherche Facebook pour choisir le groupe, pour ne pas dire la communauté, vous convenant le mieux. Ce choix se porte d’ailleurs généralement sur le groupe dont la stratégie de communication est la plus efficace. L’affluence peut battre des records, comme le montre les 222 participants lors de cette sortie running du mois de novembre !

Si un goût évident pour la performance se dégage de ce type d’évènement, là n’est pas le premier but recherché. C’est ce qui différencie ces organisations plus informelles des réelles associations sportives ou des clubs de sport traditionnels. Aucun engagement n’est nécessaire : il n’y a pas de chèque à donner, seulement une décharge à signer pour l’assurance. Bref, le but est avant tout de laisser chacun réaliser ses objectifs personnels grâce à la motivation qui émane de cette activité en groupe. Personne n’est laissé à l’écart. De nombreux encadrants sont présents pour garantir la sécurité de l’ensemble des participants, ce qui permet, même aux plus novices, de se sentir en confiance.

Finalement, ce qui prime est donc bien l’esprit de groupe : avant, pendant et après la course, le sport est un moyen de partager des émotions ou d’échanger avec ceux à qui nous n’aurions sans doute pas adressé la parole dans le métro. Les échanges dans les transports en commun sont rares, car les circonstances ne s’y prêtent pas, contrairement à l’ambiance plus bienveillante que l’on peut trouver dans les séances collectives. Le sport outdoor devient un rendez-vous durant lequel on prend le temps, si ce n’est de parler, de partager quelque chose d’ordre émotionnel avec les autres coureurs.

Quid du marketing ?

Si les grandes marques d’équipements sportifs sont souvent à l’origine de ce genre d’initiatives, il s’agit surtout d’un compromis offrant l’opportunité aux gens de faire du sport, lesquels peuvent donner envie à d’autres personnes d’y participer, et ainsi contribuer à véhiculer une image positive de la marque en question. Cette stratégie de marketing, que l’on pourrait se risquer à qualifier de « sociale », connaît aujourd’hui son heure de gloire. Elle permet de former de véritables communautés de sportifs portées par un désir commun : se dépenser, s’amuser, ouvrir une parenthèse dans la frénésie individualiste du rythme de la vie parisienne. De plus, la sponsorisation permet d’organiser de grands évènements, notamment des compétitions entres diverses communautés de sportifs qui, par une exacerbation de l’esprit d’équipe, contribuent à souder des liens.

 

Néanmoins, on constate toujours le succès des salles de sport et autres complexes sportifs qui s’inscrivent dans une stratégie communicationnelle tout à fait différente. La chaîne de salles de sport Neoness se rend visible grâce à ses affiches dans le métro et à ses prix très attractifs. Ainsi, elle tente de faire oublier l’image qui lui colle à la peau, à savoir, celle d’un luxe qui serait uniquement réservé aux personnes en ayant les moyens. Si les salles de sport n’ont pas dit leur dernier mot, il s’avère cependant qu’elles restent des lieux dédiés au sport en lui-même et permettent peu, ou alors dans une moindre mesure, de tisser des liens.

Mes remerciements à Nicolas Leconte et à toute l’équipe Adidas Bir-Hakeim pour m’avoir permis de vivre cette expérience et de la partager avec vous !

 

Léopoldine GOY

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