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La fièvre artistique de monsieur Gauguin

« Gauguin l’alchimiste »  enchantera vos journées et illuminera vos soirées ! ». Le Grand Palais vous invite à profiter des derniers moments de cette exposition grandiose. Vous avez jusqu’au 22 janvier pour vous y rendre : à la tombée de la nuit la façade du Palais revêt les couleurs de Gauguin (1848-1903), grâce à un vidéo-mapping lumineux. De quoi ravir les yeux et partir à l’aventure.

Un parti pris

« Gauguin l’alchimiste ». Le titre ne vous interpelle-t-il pas ? Qu’est-ce qu’un alchimiste ? Il pratique l’alchimie…jusque-là rien d’étonnant. L’alchimie est une science chimérique, utopique, rêveuse. C’est une recherche absolue de métamorphose et de transformation. En somme, l’alchimiste est ce « savant » qui, depuis la nuit des temps, rêve de changer le plomb en or.

Peut-on parler d’idéalisation ? Peut-être. L’exposition semble le suggérer. En effet, en contrepoint des visions traditionnelles de Gauguin comme l’artiste proche des Tahitiens, le peintre anthropologue par excellence, le parcours culturel qui lui est dédié nous explique que tout cet art kaléidoscopique est en réalité un syncrétisme créé par Gauguin. Toute l’alchimie est là : les pinceaux de l’artiste idéalisent, voire réinventent Tahiti. La dernière partie de l’exposition, qui présente ses œuvres les plus connues comme Les femmes de Tahiti, éclaire notre regard sur la prétendue expérience idyllique de l’artiste.

 De nombreux visiteurs doivent avoir fait la même découverte…Gauguin est malin ! Il s’est réapproprié une culture disparue pour l’idéaliser et la mêler à des traditions perdues. Tout l’art de Tahiti que l’on se représente grâce à lui, n’est qu’une construction. En peinture et sculpture, ses figures mythiques de Dieux sont inspirées de divinités anciennes, complètement oubliées et occultées par la religion du colon. Au XIXè siècle, Tahiti est largement christianisée et occidentalisée. Gauguin s’est donc nourri de contes et de fables, en y apportant sa touche personnelle. Loin d’une objectivation anthropologique, nous sommes confrontés à un regard situé, qui a peut-être participé à la création d’un imaginaire colonial et exotique au XIXè siècle.

 Les femmes de Tahiti

Récemment, Gauguin a fait l’objet d’une redécouverte. Sa correspondance des années 1880 révèle son rapport paradoxal à Tahiti. Déception et passion se mêlent. L’exposition prend ainsi en compte les études qui le décrivent comme un véritable acteur de la construction  d’un savoir géographique et colonial.

Dans L’Empire des Géographes, publié chez Belin en 2010, Jean François Staszak montre que Gauguin est appelé à voyager à Tahiti par tous les florilèges de descriptions enchanteresses qu’il trouve dans les livres de l’exposition universelle de 1889. Il aurait également puisé son inspiration dans les gravures. Il y a donc bien des facteurs qui ont influencé la construction de son imaginaire colonial. Cependant, dans le même temps, la littérature scientifique n’a pas présenté à Gauguin une Tahiti enchanteresse. Le peintre, sourd à la science, a marqué sa déception lorsqu’il a déclaré après son arrivée :

« Le sol tahitien devient tout à fait français et petit à petit tout cet état de chose va disparaître ».

Le peintre se serait donc laissé avant tout imprégner par l’imaginaire insulaire pour ensuite le renforcer et le nourrir par son art.

Une alchimie artistique

Peintures, sculptures sur bois, dessins, gravures et céramiques : l’exposition révèle les différentes expérimentations de l’artiste. Les techniques diverses qu’il a utilisées forment un kaléidoscope étonnant. Gauguin, à la recherche d’expériences, a décloisonné les arts graphiques et décoratifs. Généralement connu pour ses tableaux colorés, on ignore souvent que l’artiste a pratiqué la céramique, et mis au point une technique bien à lui, que l’on peut découvrir au Grand Palais grâce à une vidéo explicative.

 

Pot en forme de tête, autoportrait,                                                                                                                                                                            Oviri, (sauvage en tahitien),

céramique par Paul Gauguin 1889                                                                                                                                 grès, céramique, terre cuite, céramique par Paul Gauguin, 1894

« Gauguin l’alchimiste »  présente donc deux alchimies : un syncrétisme religieux, culturel et un mélange des genres. L’exposition souligne l’incroyable fièvre artistique du peintre et nous fait découvrir toutes les facettes de cet artiste multiple. Vous connaissez Paul Gauguin peintre, mais le Grand Palais le connaît autrement… Découverte et enchantement assurés !

 

Filles bretonnes dansant, 1888, Paul Gauguin

Mahana no atua, Le jour des dieux, Paul Gauguin

Affiche d’exposition

Arearea, 1892, Gauguin

Adelaïde Storez

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