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La Fondation Louis Vuitton s’habille en MoMa

Seulement un an après la rétrospective consacrée à la collection Chtouchkine – qui avait accueilli, on le rappelle, plus d’1,2 millions de visiteurs – la Fondation Louis Vuitton frappe encore fort.

De Cézanne à Ian Cheng, de la peinture figurative au numérique, du XXème au XXIème siècle, ce sont plus de 200 pièces maîtresses du MoMA qui investissent la Fondation pour une durée de six mois.

Actuellement en travaux de rénovation et d’extension, l’institution new-yorkaise a accepté de laisser ses œuvres traverser l’Atlantique jusqu’au bois de Boulogne, à Paris. À l’initiative de la directrice artistique de la Fondation Louis Vuitton, cet événement s’inscrit dans la vocation didactique du MoMA, à savoir celle « d’aider le public le plus large possible à apprécier et comprendre ce que l’art moderne et contemporain compte de mieux », comme l’explique son directeur Glenn D. Lowry.

« Être moderne »: tel est le fil d’Ariane du musée de Manhattan et l’objectif que s’est fixé cette année la Fondation Louis Vuitton. En plus de dévoiler des œuvres iconiques de l’art moderne au public européen – une grande première pour certaines d’entre elles ! – cette exposition donne aussi un avant-goût de la nouvelle muséographie pensée pour le MoMA de 2018, une muséographie plus aérée et plus en phase avec les nouvelles productions artistiques.

L’art d’être moderne

Inauguré en 1929, en plein krach boursier, le MoMA s’était donné comme enjeu de « dépasser les limites étroites de la peinture et de la sculpture » pour s’ouvrir à la pluridisciplinarité. Comme le disait Alfred H. Barr Jr, premier directeur du musée, il fallait se concentrer sur « le progressif, l’original ».

 Alfred H Barr Jr, premier directeur du MoMA, http://www.portlandart.net/

Divisée en neuf parties, l’exposition retrace simultanément l’histoire de l’institution et l’évolution de l’art moderne et contemporain. Si les œuvres sont toutes liées par l’esprit moderne, elles diffèrent par leur nature. Peinture, sculptures, dessins, estampes, photographies, films, œuvres numériques, objets d’architecture et de design se mêlent jusqu’au dernier étage et témoignent de la richesse du MoMA. Une richesse puisée dans la transversalité des pièces et l’œil visionnaire de ses collectionneurs et de ses nombreux donateurs.

La première salle présente aux visiteurs les prémisses de la modernité. Penser moderne, c’est aussi penser la chronologie et les liens d’influence qui unissent les oeuvres entre elles. En effet, si la création artistique s’est développée et a fleuri depuis les débuts de l’institution new-yorkaise – ce qui était jadis moderne n’est plus perçu comme tel aujourd’hui – Le Baigneur de Cézanne, par exemple, reste toujours une des références de cet art. Comme l’explique Alfred H. Barr, l’influence de ce peintre se retrouve sur une partie de la production artistique du XXème siècle, et l’on ne peut comprendre Picasso sans connaître son œuvre.

 

 

 

 

   Paul Cézanne, Le Baigneur, vers 1885                                                                         Henri Matisse, Poisson rouge et Palette, 1914

Huile sur toile, The Museum of Modern Art, New York, photo @ Paris la Douce

Si l’art européen ne laisse pas insensible les visiteurs, fiers de retrouver une partie de leur héritage, la scène intérieure américaine s’impose progressivement. C’est au sortir de la Seconde Guerre mondiale que les Etats-Unis inversent les rapports de force avec le Vieux Continent. L’expressionnisme abstrait de Jackson Pollock puis le minimalisme et le pop art des années 1950 et 1960 font rayonner la nouvelle première puissance mondiale sur la scène culturelle.

Andy Warhol, Campbell’s Soup Cans, 1962, peinture acrylique, Huile sur toile, The Museum of Modern Art, New York, photo @ Paris la Douce

Aux questionnements sur la société de consommation, sur les médias et sur la culture populaire portés par Andy Warhol ou Roy Lichtenstein, succède, à partir des années 1970, un travail attaché aux luttes artistiques, politiques et sociales. On le retrouve au premier étage de la Fondation. Les fissures d’une société dans le doute se retrouvent dans les réflexions sur les questions raciales (Jeff Walls, David Hammons), le Sida (General Idea) et le terrorisme (Gerhard Richeter).

 

                           Gerhard Richter, Huile sur toile                                                                         Jeff Wall, After ‘Invisible Man’ by Ralph Ellison, the Prologue

The Museum of Modern Art, New York, photo @ Paris la Douce

On avance dans le temps au fil des étages pour finalement se retrouver au dernier niveau, confronté avec les nouvelles productions artistiques à l’ère du numérique et de la mondialisation. L’art échappe sans surprise au monde bipolaire Europe/Etats-Unis. La peinture, la sculpture, la photographie, les systèmes informatiques, les projets architecturaux d’artistes internationaux se mêlent afin de mettre en valeur les expressions plurielles et l’ouverture géographique du MoMA.

Shigetaka Kurita, Emoji, 1998-1999, The Museum of Modern Art, photo © MoMa

L’art de communiquer

Le succès fulgurant de l’exposition depuis son ouverture est aussi dû à une communication originale et percutante.

Un point d’orgue est avant tout mis sur le dispositif numérique. L’audio guide disponible sur place est enrichi d’un bonus « Comme au MoMA » qui propose des interviews du commissaire du musée new-yorkais et de certains artistes complétés par des commentaires pour certaines œuvres pour une immersion totale. Fermez les yeux, c’est comme si vous y étiez…

Aussi, afin d’appréhender l’exposition différemment et d’enrichir l’expérience des visiteurs, une option « Votre œuvre en musique » est disponible sur l’application.

À ce dispositif innovant viennent s’ajouter des contenus variés publiés sur la page Facebook de la Fondation. Chaque jour un thème est mis à l’honneur afin de faire vivre aux curieux une expérience virtuelle. Les anniversaires des artistes deviennent une occasion de dévoiler leurs œuvres et d’en apprendre plus sur leur réalisation.

Aussi, les « fun facts » postés régulièrement constituent une façon ludique d’appréhender une production artistique. Saviez-vous par exemple que c’est un camembert fondu au soleil qui a inspiré Dali pour ses fameuses « montres molles » ?

En effet, la Fondation Louis Vuitton se fait plaisir en jouant avec les codes pour intriguer le visiteur. Aux visites thématiques le vendredi, le musée ajoute également des ateliers en groupe, des interviews d’artistes sur place, des tables rondes, des concerts et des performances artistiques dans les galeries.

Alors, prêts à embarquer dans le MoMA de demain ?

Infos pratiques:

Date : Du 11 octobre 2017 jusqu’au 5 mars 2018

Horaires : Fermeture hebdomadaire le mardi. Lundi, mercredi et jeudi de 11h à 20h. Nocturne le vendredi jusqu’à 23h. Samedi et dimanche de 9h à 21h.

Tarifs : 17,20€ (plein tarif), 11,70€ (tarif moins de 26 ans, étudiant, enseignant).

Marine Aubenas

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