Spektateur

La Place du Diamant

Un petit théâtre niché au fond d’une rue non loin de Montmartre et une salle de spectacle tout aussi étroite. Lorsque l’on arrive au Théâtre de l’Atalante, situé place Charles Dullin dans le XVIIIe arrondissement, on sait d’avance que la pièce à laquelle on va assister sera intime. Et l’on ne se trompe pas : “La Place du Diamant”, pièce écrite par Mercè Rodoreda et mise en scène par Gilles Bouillon qui se joue du 20 février au 11 mars 2019, est un moment de confidence et de dévoilement. Pendant une heure, une femme, Natalia, interprétée par Martine Pascal, raconte à son fils ses années de jeunesse dans le Barcelone des années 30, entre la rencontre avec celui qu’elle épousera et avec qui elle aura deux enfants, la Guerre Civile qui frappe le pays, la famine, la peur, le désespoir… Avec une mise en scène d’une grande sobriété, le spectateur se laisse emporter par la touchante narratrice qui, du fond de son chagrin, ne cesse jamais d’espérer. Retour sur le spectacle avec trois membres de Kulturiste ayant assisté à la pièce.

ANGÈLE

Les lumières s’éteignent, une musique espagnole retentit. Une femme et un homme prennent place sur scène. Elle se met à parler, à raconter sa jeunesse, ses souvenirs de l’époque où on l’appelait encore “Colometa” (“petite colombe”). Le décor est très simple : une robe de mariée suspendue, quelques oiseaux çà et là. On est vite happé par le récit naïf et touchant de Natalia qui, les yeux grands ouverts vers le fond de la salle, semble sincèrement se souvenir. Elle est une conteuse d’un nouveau genre, plus fébrile et spontanée que n’importe quel autre narrateur. Au fil du récit, on frémit et s’étonne en même temps qu’elle ; on est touché souvent. Le récit se déploie et laisse place à quelques moments d’inattention pour le spectateur : une heure à écouter une même voix, sur un ton dont les variations ne sont pas démesurées, on finit parfois par s’évader ailleurs que dans le récit. De petites fautes dans la diction de l’actrice viennent occasionnellement parasiter la narration, rappelant ainsi qu’il ne s’agit pas de souvenirs débités naturellement mais bien appris. Néanmoins, la grande performance de Martine Pascal – une heure en scène, à parler seule face aux spectateurs, assise les mains sur les genoux ! – est remarquable.



KATELL

La prestation de Martine Pascal dans le rôle de Natalia m’a véritablement impressionnée. La comédienne octogénaire nous raconte avec crédibilité pendant plus d’une heure l’histoire de la vie de cette femme espagnole au travers de laquelle se dessine l’Histoire de la Guerre Civile. Dès qu’elle entre en scène, nous sommes emportés par le récit passionné qu’elle nous livre. Le cadre intimiste du Théâtre de l’Atalante et la mise en scène minimaliste donne à cette pièce des airs de confidence, voire même de confession tant cette prise de parole semble libératrice pour “Colometa”.

Par sa véritable incarnation du rôle, Martine Pascal arrive à nous communiquer toutes les émotions que Natalia a connues et qu’elle revit avec nous en se les remémorant. Elle nous fait sourire parfois, mais rapidement se mêlent des ambiances oppressantes et graves. “Colometa” est une héroïne ordinaire pendant le franquisme. Cette mère courage est prête à tout pour protéger la vie de ses enfants, elle envisage même d’y mettre fin pour leur éviter de souffrir. Finalement, on l’admire autant qu’on la juge.

Au cours de ce long monologue, nous arriverions presque à regretter les pauses où l’actrice doit se désaltérer. Bien que nécessaires pour continuer sa performance, ces pauses m’ont surtout poussée à m’interroger sur le rôle de l’acteur mis brièvement en lumière à ces occasions. Il ne dira mot pendant toute la durée de la pièce. Plutôt que de représenter son fils, j’ai préféré conclure que Gregor Daronian avait pour rôle de jouer celui du souvenir de son mari, cette explication me permettant de répondre à mon premier questionnement « Et pourquoi n’y aurait-il pas également sa fille ? » et surtout de contenter ma frustration de sa non-intervention durant toute la pièce.

SALOMÉ

J’ai décidé d’aller voir cette pièce sans même m’interroger sur le thème de celle-ci. Ce n’est que lorsque la comédienne a pris la parole que j’ai compris l’objet de la scène, dont le contexte est tout de suite clairement défini : nous assistons au récit d’une vie pendant la Guerre Civile espagnole et les débuts du franquisme. Ayant suivi une formation binationale franco-espagnole, les éléments relatés ont immédiatement fait écho à des événements que je ne connais que trop bien, après les avoir longuement étudiés pendant plusieurs années. C’est donc tout naturellement que je me suis plongée dans l’histoire de Natalia, touchante de véracité, et que j’ai compris, voire même ressenti chaque moment, heureux comme malheureux.

J’aurais peut-être apprécié quelques interventions du comédien présent sur scène pour nuancer ce côté “récit”. Je n’ai d’ailleurs pas vraiment compris son rôle dans la mise en scène mais l’interprétation de Katell me parait très intéressante.

Finalement, malgré un texte poignant et magnifiquement incarné, je regrette une mise en scène ambigüe qui m’a laissée sur ma faim.


INFOS COMPLÉMENTAIRES.

Credit photo : N. Holt

“La Place du Diamant” au Théâtre de l’Atalante du du 20/02 au 11/03/2019

Les lundis, mercredis et vendredis à 20h30. Les jeudis et samedis à 19h. Les dimanches à 17h. A partir de 12 ans. Durée du spectacle : 80 min.

Traduit du Catalan par Bernard Lesfargues avec la collaboration de Pierre Verdaguer.

Texte publié aux Éditions Gallimard.

Adaptation de Michel Cournot et Gilles Bouillon.

Mise en scène Gilles Bouillon.

Scénographie et costumes Nathalie Holt.

Musique Dominique Probst.

Avec Martine Pascal et Gregor Daronian.

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