Spektateur

L’amour mis à nu

Erich von Stroheim, mis en scène par Stanislas Nordey, est présenté au théâtre du Rond-Point du 25 avril au 21 mai 2017. Cette œuvre propose une réflexion sur la dualité traditionnelle entre corps et esprit, et met l’amour à nu, au sens premier du terme.

Mise en scène de la nudité

Effectivement, Thomas Gonzalez joue nu et Victor de Oliveira torse-nu. Seule Emmanuelle Béart est habillée. Vêtue d’une robe noire qui lui tombe sur les mollets et tranche avec la nudité des hommes, la femme est ici présentée comme une veuve noire, laquelle tue son amant après avoir consommé : elle répond ainsi à l’homme qui lui demande un baiser après l’amour « va prendre une douche ». Les mots des acteurs sont souvent servis par leurs déplacements. Par exemple, quand la femme rappelle à son mari que les réalisateurs des films dans lesquels il se produit l’enregistrent sous tous les angles, Thomas Gonzalez se tourne, de telle sorte que le spectateur observe un homme nu sous toutes ses coutures.

Pour une remise en cause des normes en amour…

Les scènes sont entrecoupées d’interludes musicaux qui donnent au public l’occasion de réfléchir aux propos qui viennent d’être tenus. En effet, il faut bien cela lorsque l’on entend des phrases comme « je te tiens en laisse », « on se suffit bien à nous-même ». De même, une certaine violence physique se donne parfois à voir. C’est donc bien l’amour dans toutes ses dimensions qui est présenté.

Bien qu’assez pauvres, les décors servent la pièce à merveille. Ils consistent principalement en deux murs qui s’ouvrent, sur lesquels apparaît un couple hétérosexuel. Ils incarnent le couple traditionnel : située dans le dos de son mari, la femme le regarde amoureusement tandis que le regard de l’homme se porte sur l’horizon. A la fin de la pièce, les murs sont agencés de manière à ce que l’image de la femme recouvre celle de l’homme, ce qui souligne le parti-pris féministe de Christophe Pellet.

… à laquelle chacun ne se prête malheureusement pas

Si le spectacle est ponctué de rires légers mais francs, c’est un public décontenancé que l’on retrouve à la sortie de la salle. Certains jugent que la nudité n’apporte rien à l’œuvre, et nombreux sont ceux qui ont quitté la pièce pendant qu’elle se jouait. Néanmoins, plusieurs rappels saluent le travail des artistes, et les spectateurs qui ont apprécié l’œuvre et la témérité des acteurs n’hésitent pas à témoigner de leur admiration. Quel dommage toutefois, que tous ne saisissent pas, le temps d’une pièce, l’opportunité de s’immerger dans le monde des artistes!

Article d’ Aurore Denimal également publié sur le site du service culturel de l’université Paris-Sorbonne

Crédits photos

Jean-Louis Fernandez / Théâtre du Ron-Point

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