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L’art du pastel : de Degas à Redon

Les pastels, ce sont bien sûr ces petits bâtonnets de couleur que nos mains énergiques usaient pour exprimer nos talents étant enfants. Mais le pastel c’est aussi un matériau artistique à part entière, souvent utilisé pour des esquisses de peinture certes, mais parfois pour lui-même et par lui-même.

Vous ne le saviez pas ? Moi non plus. Rien de surprenant dans la mesure où la conservation de ces œuvres, particulièrement sensibles aux effets de la lumière, est infiniment complexe. Le Petit Palais relève le défi et nous éclaire sur cette technique en présentant une sélection de 150 pastels allant du milieu du XIXe siècle au début du XXe siècle, de Degas à Redon.

Le pastel étonnant

Le visiteur pénètre dans une exposition à taille humaine, loin des grandes salles de certains musées, faite de petits recoins où il a l’impression de dénicher des toiles rares.

Il fait d’abord face à cette phrase de Joris-Karl Huysmans, dans “L’exposition des Indépendants en 1881”, un extrait de “L’Art moderne”: “Le pastel a une fleur, un velouté, comme une liberté de délicatesse et une grâce mourante que ni l’aquarelle, ni l’huile ne pourraient atteindre.” Un peu exagéré ? Pas le moins du monde. Les premières salles de l’exposition marquent le visiteur du sceau de l’étonnement. Des tableaux et des artistes inconnus mais des couleurs et des effets éclatants. Le meilleur exemple est certainement le tableau de Charles Léandre, « Sur Champ d’or ».

 Charles Léandre, « Sur Champ d’or », 1897

Les couleurs ternes et sombres utilisés pour représenter la jeune femme mettent en évidence l’éclat du jaune de l’arrière-plan sans pour autant que son dégradé ni son intensité ne perdent de leur merveille. Très loin de la représentation habituelle qu’on se fait du pastel, ce tableau sert d’affiche principale à l’exposition et l’on comprend pourquoi.

Ce même tableau nous fait voir la capacité qu’a le pastel à être estompé, à donner un effet de flou maîtrisé. Si cette caractéristique est plutôt souvent associée au pastel, c’est loin d’être la seule. Son contraire est tout à fait possible et le résultat est époustouflant.

 Pierre Carrier-Belleuse – « Sur le sable de la dune », 1896

Observé de loin, ce tableau se confond avec une photographie tant la netteté des contours du corps de la jeune femme et la délicatesse de la représentation de ses cheveux sont impressionnantes. On peut passer de longues minutes à chercher toutes les nuances de couleurs présentes et à admirer la force et la finesse du trait de l’artiste.

Dans ce jeu constant entre le flou et le net se cache donc une technique spécifique qui vaut le détour.

Le pastel réel

L’exposition invite également le visiteur à découvrir le pastel comme un matériau léger et peu encombrant qui ne nécessite ni préparation ni temps de séchage. Il peut facilement être transporté et s’adapte complètement à une volonté de transcription du réel comme à des sujets de la vie moderne qui exigent un traitement simple et spontané.

 Alexandre Nozal – « L’Embâcle de la Seine entre Asnières et Courbevoie », 1891

Ce tableau d’Alexandre Nozal, intitulé « L’Embâcle de la Seine entre Asnières et Courbevoie », peut être aisément confondu avec un tableau impressionniste tant la volonté de transcrire le réel, les effets de lumière, le reflet du soleil couchant sur la neige et le travail des couleurs le rapproche des artistes impressionnistes de la même époque.

Le pastel s’accorde parfaitement avec la suggestion du mouvement ce qui en fait un moyen idéal pour portraiturer les enfants et représenter des scènes privées. Le pastel apparaît alors comme le matériau de l’intime qu’il incarne sans doute mieux que la peinture, bien plus noble. Il est ce matériau de l’entre-deux, complice à la fois de l’artiste et du spectateur de l’œuvre.

Le pastel rêvé

La dernière partie de l’exposition s’attache à présenter le pastel en tant que technique phare des peintres symbolistes. Que ce soit pour l’éclat de ses couleurs comme pour sa capacité à être à la fois très flou et très net, les symbolistes privilégient le pastel qui s’adapte à des climats de mystère et d’étrangeté propices à la rêverie. L’artiste emblématique de ce renouveau du pastel par les symbolistes est Odilon Redon, auquel l’exposition laisse une place de choix.

 Odilon Redon – « La naissance de Vénus », 1912

La fin de l’exposition pousse le visiteur à s’interroger sur le pastel, à la fois net et flou, garant du réel et de la rêverie. Dans les panneaux explicatifs de l’exposition, le terme de « medium » est régulièrement utilisé pour évoquer le pastel. Pris dans tous ses sens, il signifie non seulement ce qui sert de support à quelque chose mais aussi ce qui constitue une position moyenne, un état intermédiaire. En ce sens, le terme de « medium » est sans doute le mieux adapté pour qualifier le pastel, qui, par la multiplicité de ses facettes, semble avoir le paradoxe pour caractéristique fondamentale.

Curieux de découvrir toutes les facettes du pastel, désireux de se laisser surprendre, avide de connaissance artistique ? Le Petit Palais vous accueille jusqu’au 8 avril 2018, allez-y sans hésiter.

Crédits photos :

Petit Palais

Galerie RMN

Wikiart

Informations pratiques :

Petit Palais, avenue Winston Churchill, 75008 Paris

Du mardi au dimanche, de 10h à 18h

Le vendredi jusqu’à 21h

Plein tarif : 10€

Tarif réduit : 8€

Jusqu’au 8 avril 2018

Hermine Chaumulot

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