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L’art du portrait par Bernard Buffet

         On trouve très souvent des œuvres qui représentent un peintre en plein travail, comme si le processus de création était la création elle-même. Cette idée se manifeste tout au long de l’œuvre de Bernard Buffet, un peintre français né en 1928 à Paris et mort en 1999, qui a réalisé près de 8000 toiles que l’on peut trouver aux quatre coins du monde, en particulier au Japon où se trouve son musée depuis 1973. C’est à trente ans que ses tableaux deviennent vraiment connus, grâce à sa rétrospective organisée à la galerie Charpentier en 1958. Dans les années 1960, l’artiste incarne la nouvelle peinture française, du fait de ses inspirations cubistes et expressionnistes, même s’il se revendique davantage de Courbet, Géricault ou David, pourtant plus académiques. 

         La production de ces œuvres découle du questionnement de l’art abstrait, très répandu à cette période. Le peintre opte en effet pour un style figuratif, alimenté de lignes graphiques très dures et de couleurs sombres, qui témoignent de son pessimisme. Les sujets qui l’intéressent sont les villes, les corps, les natures mortes à travers des thèmes comme le cirque, les oiseaux, la corrida, les fleurs et bien d’autres. Aujourd’hui, c’est aux visages, et plus particulièrement à l’art du portrait chez Bernard Buffet que nous allons nous intéresser.

Bernard Buffet devant La Corrida, 1967
Bernard Buffet devant La Corrida, 1967

                 Auparavant, le portrait désignait la représentation d’une personne qui pose durant des heures devant l’artiste qui réalise des croquis. Par la suite, celui-ci en fait une peinture ou une sculpture dont l’objectif était de ressembler le plus fidèlement possible au modèle de référence. Le portrait a bien sûr des fonctions précises, comme montrer le rang social du modèle. Il cherche à perpétuer le souvenir d’un visage, d’une identité, qui résiste même à la mort, ce qui en fait l’un des genres les plus repris dans l’histoire des arts.  

         Bernard Buffet a longuement exploité l’art du portrait psychologique et de l’autoportrait au cours de sa vie. Le portrait psychologique est représentatif de l’analyse psychologique, au sens où le visage permet d’observer les émotions et les ambitions du modèle. Le décor est généralement dépouillé de ses artifices, et l’on retrouve ce genre de travaux chez Modigliani par exemple. Bernard Buffet en fait ici une représentation, dans le Portrait d’Annabel, peint en 1959. Annabel était mannequin et chanteuse, et elle fut la muse de Bernard Buffet jusqu’à sa mort. Le couple était toujours vu ensemble, et il ne cessa de la représenter dans ses toiles. Ses grands yeux noirs et sa silhouette plaisaient. Il la représente ici qui pose, de façon assez traditionnelle, vêtue d’une robe de créateur dont le rose jure avec le vert du fond de la toile. Comme dans toutes les toiles qui la mettent en scène, ses yeux ne regardent pas le peintre. La composition fait en sorte que le regard du spectateur se concentre sur le visage de la jeune femme, tout comme dans ce portrait, peint l’année précédente, qui se concentre sur son visage

Annabel, 1959
Portrait d’Annabel, 1959

         Le deuxième genre de portrait très significatif pour Bernard Buffet est l’autoportrait. La naissance de l’autoportrait se situe vers le XIVe siècle, où les peintres se représentaient au milieu de grandes œuvres. Ce n’est que quelque temps après que l’autoportrait comme représentation réflexive de la conscience du peintre apparaît, avec notamment Rembrandt, au XVIIe siècle. L’enjeu est alors de montrer la personnalité et même l’âme du peintre, dénué d’accessoires, sous un air de banalité. Ce genre est très plébiscité au XXe siècle, comme avec Malevitch ou Picasso. 

         Dans cet autoportrait très particulier peint en 1956, le peintre se montre en train de travailler. Le fond noir fait ressortir son visage émacié, très caractéristique de l’oeuvre de Buffet. Il ne regarde pas non plus le spectateur, et pose une main sur sa poitrine, l’air grave, comme perdu dans sa toile, bien que l’on ne voie pas ce qu’il peint. Le spectateur a l’impression d’entrer dans une scène banale de la vie du peintre, dans une atmosphère intime et sombre, témoignant de son état d’esprit à cette période. Ce ne fut pas le seul autoportrait qu’il réalisa de son vivant, puisqu’une série complète y est dédiée, le représentant dans les scènes les plus ordinaires de la vie quotidienne. 

Autoportrait sur fond noir, 1956

 

 

Rédaction : Sarah M. 

Sources : 

Galienne FRANCASTEL, « PORTRAIT », Encyclopædia Universalis [en ligne]. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/portrait/

Robert FOHR, « AUTOPORTRAIT, peinture », Encyclopædia Universalis [en ligne], URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/autoportrait-peinture/

Philippe BOUCHET, « BUFFET BERNARD – (1928-1999) », Encyclopædia Universalis [en ligne], URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bernard-buffet/

https://www.beauxarts.com/expos/bernard-buffet-ou-le-fou-dannabel/

 

 

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