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Le Fils, un drame familial d’une justesse déchirante

Avec Le Fils, Florian Zeller clôt ici son triptyque théâtral qu’il initia avec La Mère crée en 2010 et poursuivi avec Le Père en 2012. Cet ultime volet a été joué dans plus de 35 pays depuis sa sortie le 13 Septembre 2018; The Guardian parle même de « la pièce la plus acclamée de la décennie », il semblerait que la boucle soit bouclée.  

La pièce raconte l’histoire de Nicolas, incarné par Rod Paradot dont le talent n’est plus à démontrer depuis son interprétation de Malony, un ado en perdition qu’une juge des enfants et un éducateur tentent inlassablement de sauver dans le film La Tête Haute. On retrouve ici le comédien dans un registre similaire puisque a 17 ans, Nicolas développe un syndrome de dépression aigüe suite au divorce houleux de ses parents, interprétés par Florence Darel et Stéphane Freiss, une véritable déchirure pour le jeune homme. La situation est devenue insupportable pour la mère qui ne comprend pas pourquoi son fils ne va plus en cours et ne ressemble plus au « petit soleil » qu’elle a connu. Pourquoi ces marques sur son avant bras ? Comment lui redonner le sourire et chasser les idées noires qu’il ne cesse de ressasser ? Comment comprendre son mal-être et l’accompagner au mieux ? Tels vont être les défis que ces parents largués face à cette problématique parentale universelle vont tenter de relever au mieux, avec toute une dimension d’affects et d’intérêts propres qui pèsent lourd dans les discours de chacun.

 

« Un chef d’oeuvre » – LE POINT

 

 

Nicolas décide alors d’aller vivre chez son père, dans l’illusion que cet homme qu’il idéalise pourra le sauver. Mais ce dernier a bel et bien refait sa vie, figure à peine caricaturée du cinquantenaire en mal de carpe diem qui quitte tout sans se retourner, laissant derrière lui une famille brisée et un fils tourmenté. Il est matérialiste, flambeur et  dissimule à peine son irritation quand son fils implore son aide, il ne veut surtout pas bouleverser de trop son train de vie paisible avec des chagrins d’ados. Dès lors, entre sa nouvelle compagne et leur bébé, Nicolas ne parvient toujours pas à trouver sa place au sein de ce schéma familial qu’il ne comprend pas. S’entame alors la lente gestation d’un trouble déjà affirmé, qui sera nourri au fil de l’évolution d’une relation père-fils aussi conflictuelle que passionnelle. L’acmé de l’intrigue est contenue toute entière dans le dilemme cornélien qui se présente de manière inévitable aux parents: choisir de respecter la décision du corps médical pour sauver Nicolas ou privilégier l’affect et l’amour immuable d’un parent pour son enfant, qui dit souffrir bien plus au sein d’une unité spécialisée. 

 

« D’une vérité bouleversante » – LE FIGAROSCOPE

 

La mise en scène est simple et hyper-réaliste; un bel intérieur de matériaux nobles chez le père, un certain dépouillement chez la mère. Des plateaux coulissants assurent le passage d’un intérieur à un autre dans une forme de huit clos asphyxiant. L’atmosphère est lourde, la lumière écrase la scène et les regards sont particulèrement travaillés. La souffrance est interprétée sans fard, chaque prise de parole est chargée d’émotion, Rod Paradot l’incarne avec une justesse troublante, ce qui lui vaut d’ailleurs le Molière de la « Révélation Masculine » pour ce rôle. La mise en mot de la douleur est éreintante et la difficulté à dire est très justement représentée à travers un dialogue décousu entre les personnages; l’incommunication règne. C’est pourquoi le spectateur reste abasourdie lorsque la phrase « Ne t’en fait pas, tout ira bien. » est répétée inlassablement, leitmotiv ironiquement tragique. Aussi, le topos de l’étreinte rythme la pièce comme si les parents cherchaient à étouffer le mal-être de leur fils en le prenant dans leurs bras, ou ne sachant que faire d’autre. Le spectateur est pris à parti, se retrouvant enchevêtré au sein d’une crise familiale pesante aux enjeux lourds de conséquences, à laquelle il assiste impuissant. Finalement, cette pièce fait résonner des questionnements profonds que chacun rencontre de près ou de loin à un moment ou un autre de sa vie, des sujets dits « tabous » dans notre société contemporaine: le divorce, l’adultère, la passion, le suicide… une véritable autopsie des sentiments humains, qui ne laisse personne insensible. 

 

« Interprété avec une rare vérité… » – TÉLÉRAMA

 

INFOS PRATIQUES:

Comédie des Champs-Elysées – 15, avenue Montaigne 75008 Paris 

Métro Alma Marceau ou Franklin Roosevelt 

www.comediedeschampselysees.com   01 53 23 99 19 

TARIF: 10€ Jeunes – 26 ans 

 

Ambre Venel

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