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Le musée Yves Saint Laurent, en collaboration avec La Commode

Vous n’avez pas pu passer à côté, après des semaines et des semaines de promotion, le suspens était à son comble, la pression insoutenable… et le musée Yves Saint Laurent a finalement ouvert ses portes ! À en juger par la file d’attente interminable qui se profile à l’entrée, il connaît déjà un franc succès auprès du public. Mais qu’en est-il vraiment ?

Un lieu emblématique

En arrivant sur le lieu, on est subjugué par la beauté du bâtiment, un Hôtel particulier datant du Second Empire. Le choix de cet emplacement est loin d’être anodin, il s’agit de l’ancienne maison de couture Yves Saint Laurent. Durant près de 30 années, Yves Saint Laurent, se retrouvait avec ses conseillers et ses mannequins au 5 avenue Marceau, pour y bâtir les modèles incontournables de la haute couture. Le visiteur évolue dans un décor authentique. Une relation presque intime se tisse entre Yves Saint Laurent et lui.

Cependant, lorsque l’on décide d’ouvrir un musée à vocation universelle tel que le musée Yves Saint Laurent, il faut s’attendre à toucher un public très large. En choisissant une structure à taille humaine, contrairement aux grands espaces qu’offrent les autres musées parisiens, les lieux sont rapidement saturés par les visiteurs. On se piétine, on se bouscule, on s’impatiente. Bref, rien de très agréable.

À la découverte de l’exposition

Qui dit petits espaces, dit casse-tête scénographique. Dans son ensemble, le parcours inaugural qu’offre le musée Yves Saint Laurent est assez incohérent. Le visiteur est amené à naviguer sur 2 petits étages pour découvrir les 6 pièces de la maison.

Le parcours se déroule dans une ambiance tamisée ; croquis et pièces uniques sont exposés. On se familiarise alors avec les principales inspirations du créateur: le voyage, l’histoire et les savoirs-faire de la couture. De la tenue saharienne aux robes vestales en passant par le fameux trench-coat. L’exposition tente d’offrir une rétrospective sur les différents apports d’Yves Saint Laurent à la mode, notamment sa capacité à adapter les pièces masculines aux courbes du corps de la femme.

Pourtant, malgré cette diversité apparente, il n’y a qu’une trentaine de robe ce qui paraît bien peu pour un musée consacré exclusivement à Yves Saint Laurent. Certes, les pièces emblématiques telles que la robe Mondrian* ou encore le smoking féminin* sont présentes, mais l’exposition manque de pièces exclusives, inconnues du grand public, qui auraient pu apporter plus de caractère à la visite. La visite se poursuit avec une attente d’une quinzaine de minutes pour pouvoir assister au court-métrage documentaire intitulé « L’aigle à deux têtes » qui retrace la relation Pierre Bergé/Yves Saint Laurent. Une attente supplémentaire dont le public se serait bien passé.

Le studio du créateur au cœur du parcours

A l’étage du dessus, le visiteur est invité à découvrir l’atelier personnel de l’artiste. C’est de loin la meilleure partie de la visite. L’ambiance originelle du bureau du jeune créateur est recréée par les scénographes dans son instantanéité. Des croquis annotés de l’artiste sont disposées un peu partout sur son bureau afin de reproduire une scène du quotidien d’Yves Saint Laurent. Un miroir imposant se dresse au fond du studio, dans lequel l’artiste aimait observer le mannequin porter son vêtement pour en avoir une vision plus juste.

Le visiteur est en immersion totale dans l’univers de l’artiste, il a l’impression d’évoluer avec lui en assistant au processus de création. On peut d’ailleurs voir des chutes de tissus, de nombreux rangements pour les boutons, les perles, les sequins et les bijoux ainsi qu’un buste d’Yves Saint Laurent recouvert d’une veste en cours de création.

Finalement, le musée Yves Saint Laurent est à la fois fascinant et décevant. Selon moi, le problème tient dans l’appellation : plutôt qu’un « musée », il s’agit d’une « maison » et le visiteur doit s’attendre à une petite structure. Les créations occupant une place secondaire, l’intérêt du parcours réside avant tout dans le lieu, son atmosphère et ce qu’il dégage. Yves Saint Laurent demeure un personnage captivant, et encore aujourd’hui son esprit et son talent éveillent la curiosité du public.

ZOOM DE LA COMMODE

La ROBE MONDRIAN

En 1965, lorsque Yves Saint Laurent déclare : « J’en ai marre de faire des robes pour des milliardaires blasées », il expose clairement sa volonté de s’adresser à un public plus jeune et plus enthousiaste. C’est cette volonté que la Robe Mondrian représente. Inspirée de la très célèbre oeuvre de Mondrian, la robe incarne l’audace et l’originalité. Elle est courte, droite, en totale rupture avec les designers de l’époque qui continuent de travailler sur des coupes sculptant la taille de la femme. La robe Mondrian sera présentée lors du défile automne-hiver 1965 et deviendra l’un des best-sellers mondiaux de l’histoire de la mode.

Le SMOKING FÉMININ

Lors du défilé automne-hiver 1966, Yves Saint Laurent présente la pièce qui a fait de lui un emblème de l’émancipation des femmes: le complet smoking, une veste à quatre poches boutonnées noire assortie à un pantalon droit et court.

Jusqu’à présent réservé à la gente masculine et interdit aux femmes dans les restaurants chics de Paris, le créateur lance en 1966 une véritable bombe.
Le smoking d’Yves Saint Laurent, aussi provocateur soit-il, est aussi avant-gardiste : « Un véritable engagement, un acte politique, une volonté à visée sociale » selon son compagnon, Pierre Bergé.
Le smoking de Saint Laurent est non seulement l’emblème d’un acte politique et social sans précédent dans la mode, mais il incarne aussi la démocratisation du milieu.
C’est ainsi qu’en 1981, Yves Saint Laurent affirme : « Si je devais choisir un modèle parmi tous ceux que j’ai créé, ce serait sans nul doute le smoking. »

Info pratiques

Adresse : 5, avenue Marceau 75016 Paris

Transport : Métro Pont de l’Alma

Tarifs : 10€ Plein tarif / 7€ pour les 10-18ans

Horaire : Du mardi au dimanche de 11h à 18h / Nocturne tous les vendredis jusqu’à 21h

Site : https://museeyslparis.com/

 

Roxane Quero et Marie Duval

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