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LE PALAIS DE GLACE, VESAAS – BEAUTÉ IMMACULÉE D’UN MONDE FIGÉ

Étrange livre que Le Palais des Glaces. Chef-d’oeuvre de la littérature norvégienne, il conte la puissante et inexplicable relation qui unit Siss, jeune meneuse de la cour d’école, et Unn, une petite nouvelle timide et mystérieuse. Une rencontre éclair, une attirance immédiate, puis Unn disparaît.

« Et la neige qui tombe sur nous s’épaissit. La manche de ton manteau blanchit. La manche de mon manteau blanchit. Elles bougent entre nous comme des ponts enneigés. »

Le véritable paradoxe de ce livre, c’est qu’il ne dit rien

Tout est dans l’évocation, l’esquisse, comme des traces à demi effacées dans la neige. La véritable nature du lien qui unit Siss et Unn ne sera jamais dévoilée – de l’amitié, indubitablement, de l’amour, sans doute, mais jamais un de ces mots n’est écrit. Tout est dans le silence, les phrases ravalées par les personnages, impensées par les personnages. C’en est même un peu frustrant, à vrai dire – mais le livre ne serait sans doute pas le même sans cette poésie des non-dits. Au fond, aucun d’entre eux n’est capable d’affronter la réalité – celle de la mort, de la solitude, de sa sexualité « déviante ».

La poésie

Un autre point fort de ce petit livre. Une poésie du froid, de l’immobilité, du silence. Comme un écho à l’immobilisme forcé des protagonistes. Le monde semble plongé dans une obscurité permanente, propice au rêve et à l’émergence du fantastique – matérialisé par le palais des glaces, véritable héros du roman, qui est le coeur bouillant d’une cascade enfermée dans la glace. C’est autour de lui que tout gravite, la vie du village, l’innocence des enfants, la résignation des adultes, la folle liberté d’un oiseau de proie – tous sont attirés par cette construction éphémère comme par le soleil. Porte des Enfers ou fantasmagorie éphémère, on ne saura jamais vraiment.

On ne sait pas…

Et c’est peut-être encore ce qui ressort le plus de ce livre – on ne sait pas. On ne sait pas quoi penser de cette tumultueuse immobilité, des secrets enfouis sous la neige. Je ne sais pas exactement quoi penser de ce livre, non plus. Il m’a marquée, c’est vrai. Envoûtée, c’est vrai aussi. Mais sa lecture n’a pas été facile. Ce n’est pas le genre de roman qu’on lit pour oublier, pour s’échapper. Il pèse, inquiète, interroge. Ébranle. C’est un bon livre – un chef-d’oeuvre, oui, peut-être – dans le sens où il ne donne aucune réponse, seulement des pistes. C’est un livre qui marque, insidieusement, sporadiquement. Comme une chute de neige.

 

Références :

Ombre blanches

Crédit photo : Efdreams.com

Margaux Salliot

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