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LES INTÉRESSANTS, MEG WOLITZER, HYMNE À LA VIE BANALE ET CRUELLE

À vrai dire, c’est d’une lecture d’été dont je vais vous parler, en plein mois d’avril. Une lecture qui a marqué cette saison mais qui s’est malheureusement effacée à la rentrée. Allez savoir pourquoi, c’est en sortant de la salle de La La Land que j’y ai repensé. Du haut de mes 22 ans, je crois que j’ai réalisé que j’entrai dans une ère où nous sommes confrontés à des fictions qui montrent des vies, leurs hauts, leurs bas, mais auxquelles il manque un happy ending. Cruellement. Alors non, je n’ai pas pleuré à la fin de ce film, mais cet été je n’étais pas prête pour ça.

Bon alors je vous fais un bref résumé ?

Les Intéressants, c’est l’histoire de Julie, mais qu’on appellera Jules, une ado modeste qui a perdu son père et qui décide de passer, pour la première fois, son été dans un camp de vacances, Spirit-in-the-Wood, où elle rencontre et s’intègre à un groupe de 5 amis. Ils ont tous des rêves, des espoirs, de grandes ambitions, sauf peut-être Jules qui passe un peu toute sa vie à se chercher. Le groupe, auto-baptisé « Les Intéressants », reste en contact et leur vie d’adulte est suivie et racontée par Jules.

Alors oui, comme ça, j’étais pas super emballée non plus. Mais à la librairie, un petit mot disait que tous les libraires l’avaient trouvé merveilleux, et je me souvenais qu’une amie en avait parlé dans une de ses vidéos. Alors je me suis lancée, du coup allez-y si ce n’est pas encore fait : c’est un succès de l’été 2016 #vintage, et vous avez ma bénédiction.

Innocence, où es-tu ?

Ce qui est affreux, c’est qu’à la vue du titre, et de la couverture qui respire l’insouciance, c’est qu’on peut s’attendre à un ramassis de niaiserie, du bonheur en pot. Des jeunes qui ont des envies et qui les réalisent par on ne sait quel tour de narration. Mais non, c’est assez réaliste. Dans le sens triste du terme. Ce sont des jeunes qui avaient des rêves, mais les dés ont été jetés, bien avant que l’histoire commence.

Si je devais résumer… Commençons par le traitement des femmes. Une qui travaille (quasiment) dans le social, mariée à un dépressif. Une violée, qui ne sera jamais crue par ses amis et qu’on considérera comme coupable d’avoir dénoncé son violeur. Une artiste, qui n’arrivera à faire jouer ses pièces que car elle est « fille de », puis « femme de ». Avant qu’on donne à mes propos des revendications qu’ils ne portent pas ici : c’est un simple constat de l’histoire. Et je ne pense pas non plus que l’auteur cherche à dénoncer. Leur histoire d’adulte se déroule dans les années 1990 – 2000.

Pour les hommes, ce n’est pas vraiment mieux. Un jeune homme, « fils de », qui souffre d’un traumatisme d’enfance, et qui a longtemps eu de mal à assumer son homosexualité. Un homme séropositif à une époque où on en mourrait. Un violeur en cavale. Mais la lueur d’espoir : un des ados réussit à devenir connu pour son talent, à en vivre, jusqu’à fonder un empire. Dommage pour lui, et pour l’espoir, le destin n’est jamais loin et lui arrachera tout.

Des points positifs ? PLEIN !

Le génie de la narration, c’est qu’à la lecture, tous ces malheurs ne provoquent absolument pas une surenchère. Car il faut bien avouer qu’on aurait facilement pu tomber dedans. Il semble que la multiplicité des intrigues qu’on doit suivre sert l’effet de surprise. Certains tours ne sont pas si prévisibles que ça. Surtout si vous avez aussi une âme guimauve, convaincus que les histoires se terminent toujours bien.

Mais la traduction doit également jouer, car c’est un livre qui se lit très facilement. À la plage, dans un lit, un canapé, dans le métro… C’est un pavé qu’on voit fondre au fur et à mesure des jours, des heures, des pages.

En bref, je ne crois pas que ce soit un livre qui dénonce, ou une fiction sans espoir. C’est une histoire réaliste, qui raconte la vie de personn.ages n’ayant pas existé, qui auraient pu exister. Mais c’est aussi un bon moment, qui tient du sens de l’humour de l’auteur, Meg Wolitzer, propre à son style et que l’on retrouve dans d’autres de ses ouvrages, dont malheureusement peu sont traduits en Français… Une motivation pour tendre vers le bilinguisme, non ?

Si vous tombez sur ce livre, ou qu’il tombe sur vous, n’hésitez pas. Car malgré tout, ça ne file pas le bourdon. Ça fait seulement réfléchir à notre vie : si on ne peut réaliser nos rêves d’adolescence, nous créerons d’autres ambitions. Et elles, il y a toujours un espoir de les atteindre. N’est-ce pas le but de la littérature d’offrir de nombreuses expériences de vie, fictives ou non ?

Lise

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