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L’INNOVATION CULTURELLE DANS LES LIEUX ALTERNATIFS PARISIENS

Paris est la ville-musée par excellence: les amateurs d’art et de musique peuvent investir nombre de lieux inestimables et y apprécier une offre pléthorique d’événements culturels. Paradoxalement, les institutions culturelles parisiennes sont critiquées: trop chères, élitistes, snobs… Pour pallier ces défauts, de nombreux espaces alternatifs font résistance. Proposant du contenu de qualité, l’innovation culturelle contemporaine émerge singulièrement de ces lieux alternatifs.

Neuilly-Plaisance, le 10 septembre 2016. C’est au milieu de la zone pavillonnaire que se trouve la FarM, un « musée vivant » comme aiment à le décrire les détenteurs du lieu. Emilie nous accueille à l’entrée et nous explique nos droits : ici, il est possible d’investir chaque salle, d’explorer tous les lieux proposés et même de déplacer les œuvres installées « à condition de mettre des gants pour manipuler les 50 œuvres mises à disposition » (nous dit-elle). Le prix d’entrée est sur participation libre, et le bar propose des boissons pour la somme symbolique de 1 euro. Voici un lieu dans lequel on se sent libre, dont nous sommes les propres acteurs. La FarM est définitivement un lieu à la marge, alternatif aux grosses institutions artistiques parisiennes et pourtant au moins aussi innovant. S’il existe beaucoup d’espaces tels que celui-ci à Paris, ces lieux, parce qu’alternatifs et libertaires, sont difficiles à trouver. Voici, lecteurs, où vous pourrez aller apprécier la création contemporaine à Paris :

La création artistique sous toutes ses formes dans les lieux alternatifs :

Plusieurs lieux alternatifs et squats se différencient des musées et galeries parisiens par la grande diversité d’activités proposées, et des expositions d’art de qualité.

L’AMOUR, LE SQUAT HÉDONISTE DE BAGNOLET

L’Amour est sans doute l’un des squats parisiens les plus connus, surtout pour ses expositions et performances déjantées. Lieu désaffecté de Bagnolet depuis plus de 20 ans et réhabilité par le Collectif Artistique Associatif de l’Ourcq, L’Amour vous propose vernissages et performances en tout genre plusieurs fois par mois, mais aussi des défilés de mode ou des pièces de théâtre. Faune pittoresque, parfois hédoniste, c’est ici qu’on se sent libre. Cette atmosphère libertaire favorise grandement l’expression et la création. Courrez-y avant sa fermeture : l’ironie du sort veut que le lieu soit officiellement expulsable le 14 février, jour de la Saint Valentin.

Lieu : Bagnolet.

Entrée : gratuite.

Prix au bar : 4e la pinte.

LE WONDER, SQUAT AUX MULTIPLES ACTIVITÉS, CACHÉ DANS UN ESPACE VERT DE SAINT-OUEN

C’est au bout d’une impasse de Saint-Ouen, caché dans un espace boisé, que se trouve le fameux Wonder. Ici, plusieurs bâtiments en verrières ou en pierres abritent les ateliers des nombreux résidents. Ce sont ces mêmes résidents qui exposent plusieurs fois par mois et rendent cet endroit dynamique et singulier. En fait, on pourrait dire du Wonder que c’est un petit lieu de villégiature: chacun est libre de se faire tatouer, de faire du skate, d’écouter des DJ-sets ou simplement se détendre en terrasse le dimanche après-midi. Organisation non-lucrative, l’entrée n’est pas payante, même lors des concerts des groupes locaux comme La Mouche (rock-jazz manouche) ou Logarythme (Techno). Et puis, fait notable, c’est entre ces murs qu’est née la marque de vêtements Drône. Définitivement, le Wonder participe à l’émergence de Saint-Ouen, qui s’affirme comme une ville toujours plus attrayante et alternative à Paris intra-muros : en effet, à cinq minutes à pieds du squat, on peut s’essayer à la flânerie dans Les Puces de Saint-Ouen, ou bien se rendre dans le spot artistique voisin Mains d’Oeuvre. Bref, Le Wonder est assurément un lieu surprenant et multiformes dans une ville foisonnante d’activités.

À noter: Profitons-en, le lieu va devoir malheureusement fermer ses portes en 2017. Plusieurs soirées vont être organisées d’ici-là. Espace fumeurs.

Lieu : Saint-Ouen.

Entrée : Gratuite.

Prix au bar : 2e la bouteille de bière.

La création musicale dans les lieux alternatifs :

Au-delà des nombreuses salles de concerts que l’on trouve à Paris, d’autres lieux permettent d’écouter les créations musicales contemporaines à moindre prix.

LE SALON DE MUSIQUE: CONCERTS EXPÉRIMENTAUX DANS UN APPARTEMENT DU XVe SIÈCLE

Organisé par la curatrice Julie Gamberoni, le Salon de Musique vous donnera accès à la création musicale contemporaine. Performances et concerts expérimentaux d’artistes d’envergures internationales ont lieu dans un appartement du XVe siècle avec vitraux, au-dessus de la Place des Vosges. Une expérience unique !

À noter: capacité de 50 personnes maximum, une fois tous les deux mois. Espace fumeurs.

Lieu : Place des Vosges.

Entrée : sur liste uniquement, prix variants entre 5 et 12 euros.

Prix au bar : 3e le verre de vin et la bière en bouteille. Thé gratuit.

HOTEL RADIO PARIS, LA RADIO PIRATE DE BARBÈS

Sans doute plus sauvage et trivial que l’exemple précédent, Hotel Radio Paris est une webradio indépendante qui propose chaque jour plusieurs DJ-sets mixés par la scène musicale alternative. Implantée à Barbès et créée en janvier 2016, la radio a vite su s’entourer de nouveaux talents parisiens (Jeune Faune, Dj Lycox…) et en confirmer d’autres (Bamao Yendé, Boe Strummer, Luvgang…). Si vous êtes dans le XVIIIe arrondissement, tendez l’oreille et vous pourrez écouter de la musique africaine, de la synth-pop japonaise ou du gabber mais aussi de la trap et de la techno. Bien qu’il soit difficile de rentrer dans le studio, le site internet retransmet en direct les DJ-sets, voire les repasse la nuit. Plusieurs fois par mois, l’équipe reçoit des intervenants pour des talk-shows aux thématiques diverses: sur les sorties musicales récentes (avec Pedro Winter, par exemple) ou bien sur les lieux alternatifs et soirées illégales (avec L.O.A.S), entre autres. Gardez un oeil sur leur page Facebook, de temps en temps sont organisés des événements publics ou des pots devant le local, alors accessible au public.

À noter : À suivre sur les ondes le 23 novembre 2016, DJ sets en live de 20h à 8h du matin. D’une manière générale, il suffit d’envoyer un mail à hotelradioparis@gmail.com pour participer au projet. Espace fumeurs.

Lieu : quartier de Barbès.

Prix : gratuit.

LA LUTHERIE URBAINE, LE RENDEZ-VOUS DES MUSICIENS-BRICOLEURS

Quant aux bricoleurs et geeks d’entre nous, la Lutherie Urbaine à Bagnolet propose de nombreux concerts de musique expérimentale très pointus. La singularité de cet espace est qu’il propose plusieurs ateliers de fabrication d’instruments à partir de matériaux de récupération. Si vous êtes avides de nouvelles sonorités et esthètes des instruments, cet espace est le vôtre!

En laissant le public s’exprimer à intervalles réguliers, la Lutherie Urbaine a su capter l’essence de la démocratisation de l’art et de la musique. Tout le monde est le bienvenu pour expérimenter et s’essayer à la musique.

À noter : Une dizaine de places pour les ateliers, seulement les mercredis. Espace non-fumeur, mais cour intérieure.

Lieu : Bagnolet.

Prix à l’entrée : Gratuit, payant pour certains concerts.

Prix des ateliers : Autour de 15 euros, système d’abonnement.

Danser dans des lieux alternatifs :

Les clubs parisiens font objets de nombreuses critiques : pas assez permissifs, trop chers, line-up décevants ou redondants… Certains lieux alternatifs et illégaux permettent de répondre en partie à ces problèmes.

 

DANSER JUSQU’AU MATIN DANS UN PARKING DE PANTIN : CHAMP LIBRE

Champ Libre est un parking réhabilité à Pantin où sévissent les soirées les plus dansantes de la capitale. Les line-up pointus sont plutôt orientés techno et s’adressent à un public de connaisseurs. Le concept s’inscrit dans la tradition berlinoise : décor de briques et de grilles, dark fashion pour les danseurs et photos déconseillées pour permettre à chacun d’apprécier sa soirée comme il le veut, sans se sentir observé. Ici, on n’est pas là pour se montrer mais pour danser: tous l’inverse des boites parisiennes. Fort de sa réputation, c’est un lieu peu accessible car il faut connaître les organisateurs ou les DJ pour y entrer (capacité de 250 places oblige…). Vous pouvez toutefois aller sur leur page Facebook qui propose de temps à autres des événements publics.

À noter : Seulement 250 places et sur listes. Espace fumeurs.

Lieu : Pantin.

Entrée : 5 euros.

Prix au bar : 3 euros la bouteille de bière.

POUVOIR DANSER PLUSIEURS JOURS D’AFFILÉS SOUS LE PÉRIPH’ AU PÉRIPATE

Il fallait bien évidemment finir cet article avec Le Péripate, qui propose les afters les plus fous et hédonistes de la Capitale. Localisé sous le périph’, Porte de la Villette, on y trouve assez régulièrement des performances, des expositions, mais aussi (outre les afters) des soirées fétichistes (Golden Sower par exemple), la musique oscillant généralement de la Cold Wave à la Techno. Le public, gay-friendly et très diversifié, reflète sans doute un nouveau clubbing à la française.

Il faut savoir que le spot a été ouvert il y a 2 ans succédant à d’autres squats festifs très connus comme le Pipi Caca Club, qui se trouvait dans d’anciennes toilettes publiques. Cela fait un an que le Péripate lutte avec la Mairie de Paris pour survivre parce qu’illégal, c’est pourquoi peu d’informations circulent sur les futures soirées et événements; mais allez dans leur restaurant, le Freegan Pony (dans le même bâtiment), et on vous renseignera à l’entrée.

À noter : Open Bar pour les filles en topless et les mecs à poils. Depuis peu, certaines soirées sont interdites au moins de 23 ans. Espace fumeurs.

Lieu : Porte de la Villette.

Entrée : entre 5 et 10 euros suivant le format.

Prix au bar : 4 euros la pinte.

Le Peripate côtoie sous la même enceinte Le Freegan Pony, un restaurant écosensible qui récupère les invendus du marché de Rungis et les fait cuisiner par des chefs. Sur participation libre à l’addition, les plats sont exclusivement végétariens.

Le Freegan Pony illustre à lui-seul la culture du squat et des lieux alternatifs : partager et démocratiser un espace, le rendre accessible au public et proposer des prestations de qualités à bas coût. Très soucieux de l’environnement, le Freegan Pony était officiellement expulsable l’été dernier, mais son engagement a permis de légaliser le lieu, avec le soutien de la Mairie de Paris. Voilà qui donne de l’espoir pour tous les lieux alternatifs et leurs innovations culturelles.

À suivre…

A suivre de près pour les plus curieux :

– Mains d’Oeuvres, le Stendhal, la Station, la Marbrerie, la Nef Manufactures d’Utopies, Halle Papin, le Chinois, Atmosfaire, Studio Albatros… (Seine Saint-Denis),

– La Jarry, Le Lavoir, le Soft… (Val-de-Marne)

– Le Cube, Halle L.E.A… (Hauts-de-Seine)

– Le Grobat, Ourcq Blanc, le 23, la Capella… (Paris)

Paul Ivernel

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