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Liv Maria ou l’enchevêtrement des identités

« Je suis mère, je suis menteuse, je suis une fugitive et je suis libre. »

         Dans une robe verte, une femme en équilibre semble s’élancer ; mais vers quoi, vers qui ? La couverture de Liv Maria est à l’image du reste du roman : mystérieux, aérien, intriguant. L’héroïne de ce livre nous pousse à appréhender la vie non plus comme un chemin linéaire mais comme une imbrication, un enchevêtrement d’identités plurielles. Retour sur l’un de mes plus gros coups de cœur littéraire de l’année.

         Liv Maria est née d’un père norvégien, féru de littérature, et d’une mère française, solitaire, silencieuse. Elle a grandi au milieu des livres, bercée par l’air marin salé, enivrant. Adolescente, elle est subitement envoyée à Berlin. Du jour au lendemain, sa vie prend un tournant radical. Elle découvre les premiers frissons amoureux avec son professeur d’anglais, un homme marié. Cette histoire d’amour la poursuivra toute sa vie et hantera même son mariage. A son retour de Berlin, Liv Maria se retrouve orpheline. Elle doit alors apprendre seule à naviguer dans les eaux troubles de l’existence. Elle flâne quelques temps au Brésil, errant de destination en destination, avec le hasard pour seule boussole. C’est ensuite en Irlande qu’elle fait halte. Elle emménage avec son mari et ses deux enfants : sa vie devient alors plus rangée, plus paisible. Et pourtant, un terrible secret digne d’une tragédie grecque vient faire valser cet équilibre précaire.

         Tout comme l’existence de Liv Maria, ce roman de Julia Kerninon est dense. L’autrice envisage la vie et la trame narrative à travers le même prisme : celui de l’erratisme et du chaotique. L’intérêt de cette œuvre ne réside pas dans son intrigue, mais dans la manière avec laquelle l’histoire est racontée. L’écriture de Julia Kerninon est très fluide, très ciselée. Il s’en dégage une forte dimension poétique.

         Le langage est en effet au cœur de cette œuvre. Tout comme sa protagoniste, l’autrice est une grande lectrice. Les références littéraires pullulent dans ce livre. Ce roman joue constamment sur les mots et sur leur étymologie. Leur sens va même jusqu’à déterminer certains pans de l’intrigue.

         Enfin, un des points forts de ce livre est son personnage principal, Liv Maria. Julia Kerninon en dresse un portrait complexe. Elle réfléchit à comment plusieurs identités, parfois complémentaires, parfois contradictoires, peuvent cohabiter en une seule existence. Sans doute est-ce pour ça que le prénom Liv signifie “vie” : lire Liv Maria, c’est lire une réflexion attendrissante, touchante et juste sur la vie.

 

 

Rédaction : Aurea Marteau—Rhoc

Crédit photographique : Ion Turcan. Tous droits réservés.

Référence : Liv Maria, Julia Kerninon, Éditions de l’Iconoclaste

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