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Macho Pichu : Le sexisme dans la culture geek

Attention. Ceci est un article abordant des sujets sensibles tels que le sexisme, le féminisme, la tolérance, l’amour de votre prochain, League of Legend et Star Wars 8. Si votre noirceur intérieure vous empêche de supporter la mention d’un seul de ces sujets, il serait préférable que vous passiez votre chemin. Si d’aventure vous souhaitez rester malgré tout, peut-être apprendrez vous quelques faits intéressants, qui ne révolutionneront pas votre vision du monde, mais qui sait, peut-être aurez vous de nouveaux sujets auxquels réfléchir le soir!

Bienvenue à toi qui lis cet article, à qui je m’adresse en brisant le quatrième mur. Es-tu un homme ? Si la réponse à cette étrange et soudaine question est oui, alors il est plus que probable que tu penses que la culture geek soit majoritairement masculine. Même sans la moindre arrière pensée, il n’est pas rare de voir des gens affirmer que les jeux vidéo sont essentiellement une activité de garçons, et que des films comme Star Wars ou Star Trek c’est plutôt pour les mecs. Afin de ne pas tomber dans la facilité, je ne dirai pas qu’il suffit de se rendre sur un site RP d’Harry Potter ou de Game of Thrones pour voir que c’est faux. Les statistiques parlent d’elles-mêmes de toute façon ! Pourtant, il est vrai qu’aujourd’hui encore les filles ont un accès plus difficile au monde vidéoludique pour des raisons qu’il serait bien trop long d’énoncer ici et que vous connaissez sûrement très bien. Les garçons jouent à la guerre, les filles à la poupée, les garçons sont en bleu, les filles en rose, les garçons jouent aux jeux vidéo et les filles cuisinent ou lisent des livres. Ah. Glorieuse société ! Mais trêve de cynisme, les choses évoluent ! Il n’est plus anormal qu’une fille vous massacre à League of Legend ou World of Warcraft, et croyez-moi, Link et Red ont plus d’une admiratrice. A fortiori, si on compte les jeux de téléphone comme des jeux vidéo -et ils en sont bel et bien- alors messieurs, nous avons été vaincus : il y a plus de femmes que d’hommes qui jouent aux jeux vidéo.

Si je m’adresse aux hommes dans un premier temps, c’est que je doute fortement apprendre quoi que ce soit à une femme lisant ces lignes. En dépit d’un public parfaitement mixte, le milieu “geek” est encore extrêmement machiste. Si un vieux geek tel que moi ose le crier, alors osez l’avouer, vous aussi ! Bien sûr, ce n’est rien d’évident ou de visible, je ne vous pointe pas du doigt un Big brother machiavélique qui maltraite le public féminin par simple plaisir sadique. C’est un assemblage de petites choses. De petites choses qui passent parfaitement inaperçu auprès du public masculin, de petites choses qu’il est très difficile de prendre au sérieux sans l’avoir vécu soi-même. Mais puisque vous êtes encore en train de lire mon article, vous êtes curieux et intéressés par le sujet, aussi pourquoi ne pas commencer par quelques exemples.

Afin de vous donner un petit aperçu de tout ce par quoi peuvent passer les femmes en s’intéressant à la culture geek, je vous propose d’étudier différents cas à la suite en présentant dans l’ordre la croyance selon laquelle il n’y a pas de filles sur internet, puis le réel sexisme dont les joueurs font preuve à l’intention des joueuses et enfin l’animosité d’un certain public masculin à l’intention de la féminisation de ce milieu et au politiquement correct.

Si vous êtes ici, on peut partir du postulat que la culture geek ne vous est pas étrangère. Par conséquent, on peut également présumer que vous avez traîné plus d’une fois sur internet. Et si vous avez traîné dans des endroits peu recommandables tels que jeuxvideo.com, 9gag, reddit, 4Chan ou même des réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter, alors vous avez certainement dû entendre parler du “règlement d’internet”. Un faux règlement, créé pour rire, rassemblant des règles censées mettre en valeur des clichés auxquels les internautes sont souvent confrontés. Parmi ces règles peut-on trouver, par exemple, un dogme affirmant que pour toute chose existant quelque part sur Internet, il existe une version pornographique. Cet exemple devrait vous donner une idée du sérieux de la chose. Pour autant, ce règlement a eu un très grand succès, et les gens s’amusent souvent à le relayer sur les forums, sites ou réseaux sociaux, comme pour justifier leur comportement. Si je vous en parle, c’est que plusieurs de ces règles confirment le sentiment qu’il n’y a pas de filles sur Internet, aussi absurde que ce soit. Ainsi, la règle 29 énonce “Sur Internet, les hommes sont des hommes, les femmes sont des hommes, et les enfants sont des agents du FBI sous couverture” et la règle 30 stipule qu’ “il n’y a pas de filles sur internet”. Bien évidemment, c’est pour rire et les auteurs n’ont certainement pas cherché plus loin que ça, mais ça témoigne d’un état d’esprit général. Pour ce genre de “geeks”, Internet est aux hommes et une femme qui s’y aventure est une chose si rare qu’il est difficile d’y croire. Pour en avoir discuté avec plusieurs personnes, ce n’est pas un fait isolé. Une fille qui jouera à un jeu en ligne en assumant son genre recevra une multitude de remarques telles que “tu es vraiment une fille ?” ou “fake !” en boucle. Tant et si bien que nombre d’entre elles se font passer pour des hommes pour avoir la paix.

Pour autant, quelqu’un qui n’a pas entendu ça à longueur de journée pourrait trouver ça mignon. En effet, cela va tellement loin que sur certains jeux en ligne, il suffit d’être une fille pour être déifiée. Ce qui est beaucoup moins mignon, quelle que soit votre position, c’est le véritable sexisme, pur et dur, direct et sans précautions, qui est tout aussi, si ce n’est plus, présent. Si vous êtes une fille et que vous jouez à des jeux compétitifs tels que League of Legend, de très loin le jeu vidéo le plus joué au monde, n’ayez pas peur d’oublier votre place dans la société. <Sarcasme> De bonnes âmes vous rappellerons quotidiennement qu’elle n’est pas sur les jeux vidéo car vous n’avez pas les mêmes capacités que les hommes. Non. Votre place est dans la cuisine, voyons !</Sarcasme> Si vous avez déjà écouté des discours féministes ou sur le sexisme, vous avez peut être déjà entendu la notion d’hypersexualisation des femmes. C’est cette notion qui m’a fait prendre conscience du gouffre immense entre comprendre un mot et réellement intégrer ce qu’il signifie. Imaginez donc des gens que vous ne connaissez absolument pas, que ce soit sur des jeux, sur internet ou même dans des lieux publics, qui viennent vous voir juste pour vous faire savoir qu’ils souhaitent exploiter votre corps, au sens littéral et ce sans aucune considération de votre consentement.

Bon, là c’est parti un peu dans le drame, donc je vous propose de prendre du recul et de nous en tenir là avec le sexisme entre les utilisateurs d’internet ou les joueurs afin de nous pencher plus simplement sur le sexisme ambiant dans la production vidéoludique et cinématographique. Avant de passer aux choses sérieuses, il faut différencier sexisme et sexisme ordinaire. Le sexisme ordinaire ce n’est pas traiter les femmes de machine à laver tous les matins entre le café et le boulot, c’est l’assimilation d’une différenciation entre les individus basés sur leurs sexes dans la société en général. Si les choses évoluent à vitesse grand V, beaucoup des jeux triple A qui sont sortis au cours de ces 10 dernières années présentaient des personnages principaux masculins bien virils et des faire-valoir féminins créés avant tout pour attirer les adolescents et servir de “love interest” aux personnages principaux. Et quand on peut jouer un personnage féminin, on ne peut pas dire que sa tenue soit parfaitement adaptée à la situation. Nos amis développeurs japonais et coréens sont très expérimentés dans le domaine.

Il est notamment reconnu que dans tout MMORPG qui se respecte, là où l’armure s’épaissit et devient plus imposante avec les niveaux pour les personnages masculins, elle diminue pour découvrir les prouesses de la nature chez les personnages féminins. Citons ainsi les licences Resident Evil, Dead or Alive, Final Fantasy, n’importe-quel-MMO-Japonais-ou-coréen, etc… Personnellement si je veux m’identifier à un personnage, j’ai Leon Kennedy, Geralt de Riv, Cloud, Link ou encore Sebastian Castellanos tandis que si j’étais une fille, eh bien étant calé en la matière je pourrais vous donner des exemples, mais non seulement ils sont plus rares, mais aussi ils ne sont pas nécessairement les personnages principaux de leurs oeuvres. Oui Ellie de The Last of Us est badass, mais elle n’est pas le personnage principal. Haut les coeurs, les amis, vous aurez certainement ici beaucoup de contre arguments car en effet, c’est bien là que l’évolution est la plus rapide. Hélas, ce n’est pas du goût de tous.

 S’il est vrai que le dernier film Ghost Busters n’était clairement pas un chef d’oeuvre, force est de constater que ce n’est que rarement la qualité du film en lui-même qui est remise en question mais bien le casting féminin du film, comme s’il s’agissait de la seule et unique raison pour laquelle le film était mauvais. De même manière, l’annonce de la BBC comme quoi le prochain Doctor Who serait une femme a soulevé une vague de propos sexistes inimaginables. Des plaintes en nombre alarmant sur les réseaux sociaux de prétendus fans affirmant qu’ils arrêteraient de regarder la série si c’était comme ça, d’autres proposant un nouveau tardis en postant des photos de cuisine. Des critiques d’autant plus ridicules que les Time Lords sont censés revivre en prenant une forme aléatoire. C’était donc absurde que sur neuf saisons, tous les doctor Who fussent des hommes blancs anglais au possible. Ces réactions en chaîne témoignent d’un public encore très étroit d’esprit et peu enclin à évoluer.

Pourtant, comme dit précédemment, l’heure est à l’espoir et certains réalisateurs astucieux sont parvenus à prendre cette ligne directrice sans déchaîner la colère des fans. Les derniers Star Wars, indépendamment de la qualité intrinsèque qu’on leur prête, ont proposé un casting largement plus mixte que les deux premières trilogies. Un personnage principal féminin, un deuxième personnage principal noir, un grand méchant représentant les adolescents emo… Et, attention spoiler incoming, avec la sortie de Star Wars 8, un nouveau personnage principal qui est, encore, un personnage féminin, asiatique et qui joue un rôle beaucoup plus intéressant que celui d’un “love interest” comme l’était Rose Tyler dans Doctor Who. En plus on a droit à des personnages féminins qui sont plus intéressants même physiquement : voici la fin des personnages féminins qui sont toutes des bombes anatomiques pour avoir des personnages beaucoup plus humains.

 

Peut-être l’aurez vous ressenti dans le rééquilibrage de la force, jeunes padawans, mais au fur et à mesure que je développe, je deviens plus optimiste, le ton plus joyeux, et bientôt les oiseaux chanteront et les cerfs vous feront des robes de princesse comme pour Blanche Neige (B.N. pour les intimes). Toutefois, le monde dans son ensemble est encore profondément sexiste. Beaucoup de combats sont encore à mener et il faudrait une véritable empathie de la part des hommes pour y prendre part et faire évoluer les choses. Cependant, ça vient, ça vient et dans le secteur qui nous intéresse, ça vient très vite. On vient d’en parler : Ghost Busters, Star Wars, Doctor Who, toutes nos sagas cultes féminisent et diversifient leur casting pour le rendre plus intéressant et pour permettre à tout un chacun de s’y retrouver. Il en est de même pour le jeu vidéo. La possibilité parfaitement inutile mais louable de choisir le sexe de votre personnage dans Prey, d’Arkane Studio (studio français, cocorico), des personnages qui en imposent même s’ils ne sont pas tous les personnages principaux : Samus Aran, Ellie, Sheik (La princesse Zelda qui se déguise en homme pour botter des arrière-trains), tous les personnages féminins de MOBAs comme League of Legend, Overwatch etc. Acclamons également des jeux qui ont toujours renié tout “fan service” pour proposer une égalité ET un réalisme exemplaire comme toute la série des Elder Scrolls et des Fallout (Bethesda), où une armure est exactement la même sur un homme ou sur une femme (parce qu’une armure moulante ça n’a strictement aucun sens) et où les bandits et sorciers susceptibles de vouloir notre peau sont autant femmes qu’hommes. Cela peut paraître bien ridicule, là, comme ça, mais sur le long terme, c’est crucial. Les joueurs s’habituent, trouvent ça normal et finissent par aimer ça. Tout comme le sexisme ordinaire est l’assimilation des codes sexistes de la société, faire évoluer notre production culturelle peut permettre de normaliser l’égalité. Une égalité ordinaire.

C’est pas beau ça ?

 

Cyril Deouej

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