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Mai 68, révolution culturelle encore d’actualité ou phénomène de mode ?

Les évènements de Mai 68 tels qu’ils sont racontés dans les livres d’Histoire se résument à des manifestations étudiantes, des barricades, des grèves… Seulement, cet aspect évènementiel voire politique ne doit pas masquer leur portée culturelle indéniable. Si la commémoration de ces évènements fait aujourd’hui débat dans la sphère politico-médiatique, les apports culturels d’une telle révolution semblent être bel et bien ancrés dans notre culture commune.

Un phénomène culturel né de la contestation…

Mai 68 aujourd’hui, c’est le symbole de la contestation, de la prise de parole par les jeunes qui s’opposent à des règles (à la base, les réglementations concernant les résidences universitaires, il faut le rappeler). Peu importe l’aspect idéologique, la contestation possède une richesse certaine : celle de la création. Mai 68, c’est un foisonnement d’idées, parfois utopiques, qui ont donné un nouveau visage à la culture de la contestation.

C’est ainsi que le musée des Beaux-Arts de Paris a choisi d’honorer la portée culturelle de ces évènements à travers l’exposition « Affiches en lutte », qui présente une belle partie de ce qui a pu être produit à ce moment-là par les esprits jeunes et créatifs des manifestants. La volonté de faire perdurer ces souvenirs en tant que vecteurs d’une culture qui leur est propre dans la mémoire collective est clairement exprimée par cette exposition.

On voit aujourd’hui également des traces de cette révolution culturelle dans les évènements récents (occupation des universités, grèves des cheminots..), et ce à travers l’organisation d’évènements qui sont censés s’inscrire dans la continuité de ceux que l’on a connu il y a 50 ans. Pour ne pas citer Nuit Debout qui a connu un franc succès en 2016, on peut évoquer l’évènement « Sous les pavés » porté par France Info, qui remet les revendications portées par mai 68 sur le tapis et tente d’en dresser un bilan. Il s’agit ici d’un ancrage réel d’une culture de la contestation qui a vu le jour il y a 50 ans, et qui est relayé par de nombreux contenus médiatiques. Après tout, les manifestants, même aujourd’hui, sont souvent désignés par la qualification « soixante-huitards », aujourd’hui totalement passée dans le sens commun, et se l’attribuent souvent eux-mêmes.

…Qui se voit déshérité ?

Qui dit culture dit prestige, qui dit prestige dit argent. Tout objet, à partir du moment où il entre dans la sphère des objets à valeur culturelle, voire de celle des œuvres d’art, va acquérir une valeur marchande indéniable. On a ainsi vu des catalogues d’affiches de mai 68 se vendre au prix fort lors de ventes aux enchères réservées à une clientèle privilégiée. Cette vente s’est déroulée le 13 mars 2018 et a été organisée par Artcurial, le catalogue d’affiches a trouvé un acheteur pour la modique somme de 161 291 €. Si ces affiches avaient principalement une valeur, celle-ci était d’ordre idéologique et politique plus que marchande.

Ainsi, paradoxalement, la démocratisation de ce phénomène culturel passe par sa dénaturalisation puisque l’affiche, symbole même de gratuité et de contingence, trouve sa place dans le domaine prestigieux de la vente aux enchères comme objet de prestige, dont l’acquisition se trouve être réservée à une élite.

Toutefois, cette dénaturalisation passe également par un phénomène de marchandisation. La contestation est à la mode, et certaines marques l’ont compris en fabriquant des produits dérivés tels que des tee-shirts ou autres accessoires :

En bref, ce détour par la culture, aussi court qu’il puisse paraître, nous invite à nous interroger sur la dénaturalisation d’un objet politique au regard de sa portée culturelle.

La question peut être posée ainsi : ce qui relevait à la base de l’anticonformisme est-il voué à devenir une nouvelle norme culturelle ?

La dimension culturelle de la contestation ne va-t-elle pas à l’encontre de sa portée idéologique et politique en transformant sa valeur ?

Contester, est-ce vraiment s’opposer spontanément à une norme ou est-ce plutôt s’inscrire dans un phénomène déjà installé depuis longtemps?

La contestation en tant qu’objet culturel n’est-elle pas finalement, elle aussi, une construction?

Sources :

https://www.boursedirect.fr/fr/actualites/categorie/politique/mai-68-aux-beaux-arts-ou-la-politique-par-l-image-afp-e756efc0d578d82136eaf308398200cbe8d947e8

http://paris.by-night.fr/soiree/mai-68-en-500-affiches-laurent-storch-collection–611000.html

https://actu.orange.fr/france/evenement-sous-les-paves-2018-50-ans-apres-mai-68-les-nouveaux-combats-de-l-emancipation-et-des-libertes-francetv-CNT000000ZlBBB.html

https://www.nineyardsstore.com/worn-by-navy-paris-mai-68-womens-t-shirt-wbwt0357nvyf16nvy

Léopoldine Goy

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