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Make (Captain) America great again

Alors qu’aux Etats-Unis, l’extrême droite porte des croix gammées dans la rue, quoi de plus exaltant que de voir des super héros s’en prendre aux nazis ?

C’est ce qui a motivé le mouvement de masse des fans de comics derrière #comicshatenazis en août dernier sur Twitter. Certaines perles telles que le Joker refusant de travailler avec un nazi ont été dénichées, mais c’est aussi et surtout le symbole de Captain America qui a alimenté les tweets. Alors que le patriotisme est une valeur revendiquée par l’alt-right et autres supporters de Trump, se réapproprier Captain America est une façon d’affirmer une autre identité américaine, où le patriotisme se mêle à la tolérance et à la lutte contre le fascisme.

#GiveCaptainAmericaABoyfriend

Entre son statut d’icône parmi les héros de Marvel et le fait qu’il soit littéralement vêtu du drapeau américain, Captain America est une figure chargée politiquement dans le monde des comics. Son origine même s’inscrit au cœur de la lutte contre le fascisme : il est créé en 1941 par des immigrés juifs, avant d’être mis en scène combattant l’Axe, un héros dont la Némésis est un agent nazi… Ce qui rend inévitablement chaque modification à son personnage polémique.

Or ce n’est pas la première fois que les fans du Captain s’engagent en masse sur Twitter. En avril 2016, ces derniers avaient déjà réussi à faire de #givecaptainamericaaboyfriend l’un des hashtags les plus repris sur la plateforme. Officiellement, parce que ce serait symboliquement un grand pas pour la représentation LGBTQ+ aux Etats-Unis, officieusement, parce qu’on a vraiment envie de le voir embrasser Iron Man (à savoir que ces derniers sont même mariés dans un univers alternatif où Iron Man serait Iron Woman, nous ne sommes donc pas si loin du but).

En réponse, le géant de la BD a tout naturellement décidé… de publier une nouvelle ligne de comics où le Captain est nazi !

Marvel, géant de la polémique

Avec le problème de la revendication (et normalisation) des symboles nazis par l’extrême droite américaine, ce changement n’a pas eu bon accueil. Le scénariste de cette série, Nick Spencer, a été le récepteur de beaucoup de critiques à ce titre, mais aujourd’hui, la saga à dix chapitres vient de s’achever avec le retour d’un Captain America plus traditionnel.

Toutefois, il ne s’agit pas là de la seule polémique ayant touché Marvel au cours de ces dernières années.

Parmi les plus récentes, nous pouvons compter (mais pas seulement) :

  • Faire de héros juifs, Scarlet Witch et Quicksilver, (dont le père était un survivant des camps de concentration) des agents nazis dans Avengers

  • Demander à ses employés de s’habiller comme des agents nazis fictifs

  • Encore et toujours, l’hypersexualisation des personnages féminins comme avec le dessin de Spider-Woman par Milo Manara ci-dessous

  • Faire une donation d’un million de dollars à Trump (par le CEO de Marvel) lors d’une collecte pour les vétérans

  • Et bien d’autres encore, mais cette liste se suffit probablement à elle-même.

 

L’avenir des comics

Moins que foncièrement raciste ou antisémite, Marvel est surtout insensible au climat politique, et ce alors que les comics ont toujours eu un aspect militant, comme nous avons pu le voir avec les origines de Captain America.

Et au cours des dernières années, des efforts ont été faits pour renouer avec les racines militantes des comics et toucher un nouveau public. De nouvelles séries comme Miss Marvel, Runaways ou Young Avengers introduisent des personnages bien plus divers, que ce soit du point de vue de leur sexualité ou de leur couleur de peau, avec plus de femmes et surtout dans des costumes bien moins sexy.

 

Cependant ces séries ont rencontré de nombreuses difficultés au sujet de leur rentabilité: Runaways est annulée et relancée deux fois, puis est interrompue en 2009 avant d’être reprise et adaptée à la télévision aujourd’hui. Aussi un des employés de Marvel, David Gabriel, déclare : « Ce qu’on voit, c’est que les gens ne veulent pas plus de diversité. Ils ne veulent pas plus de personnages féminins. C’est ce qu’on voit, qu’on le croie ou non. »

En effet la communauté nerd, même si elle intègre de plus en plus de femmes et de minorités, garde une forme de machisme latent (cf : De la place des LGBT+ dans les jeux vidéo, par Dorian ROLAND). Beaucoup de ses membres se plaignent lorsque les comics « deviennent trop politiques », c’est-à-dire incluent des personnages LGBTQ+, ou bien plus de personnages féminins que masculins, ou encore quand les films Marvel castent des acteurs noirs – comme Zendaya l’été dernier, dans le nouveau Spider-man.

Alors en février dernier, la compagnie a tenu une conférence en interne pour encourager ses employés à se tenir éloignés des sujets sensibles. Bien que ceci ne signe pas forcément la mort des comics, un tel événement les détourne quand même beaucoup de leurs racines – et, en ignorant les attentes d’un lectorat plus jeune, de nombreuses opportunités.

 

Léa Andolfi

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