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Mondes tsiganes, la fabrique des images

Comment le médium qu’est la photographie a-t-il fabriqué les mondes tsiganes ?

Entre l’animation des ruelles de la Porte Dorée et le calme du lac de Daumesnil, au sein d’un immense palais de style Art Déco, se niche depuis 2014 le Musée de l’Histoire de l’Immigration. Soucieux de retracer avec justesse et pédagogie l’héritage colonial et migratoire de la France, celui-ci abrite régulièrement des expositions temporaires permettant de mettre la lumière sur certaines facettes d’un passé souvent refoulé.

 

 Le Palais de la Porte Dorée abrite le Musée de l’Histoire de l’Immigration depuis 2014

Un angle original

Les Manouches, les Kalé, les Roms, les Gitans, les Tsiganes… Autant de termes qui font naître dans nos esprits des ribambelles d’images, de couleurs, de musiques et de danses. Synonymes d’un éternel ailleurs mais partout considérés comme des étrangers, les communautés tsiganes sont nées dans les images. Scientifiques obsédés par la définition d’une race, polices attachées à construire des fichiers de recensement, journalistes et artistes captivés par la rencontre entre l’objectif et le sujet : de nombreux angles photographiques participent à la fabrique visuelle des gens du voyage.

 Femmes tsiganes, Grenade

Grâce à de nombreuses archives accompagnées d’explications, l’itinéraire des tsiganes est retracé depuis le début du XXème siècle jusqu’à nos jours, en passant par la fascination des années folles et les persécutions des guerres mondiales. L’intérêt de cette rétrospective est d’aborder une histoire méconnue avec force photographies, couvertures de magazines, extraits audiovisuels, qui viennent appuyer et faire comprendre les fantasmes autour de la figure tsigane.

Une découverte historique et artistique

L’enfilade de pièces aux murs blancs ornés de centaines de photographies offre au visiteur néophyte une plongée dans un monde nouveau. La progression chronologique rend compte d’une construction photographique rythmée par les évolutions économiques, démographiques et culturelles ; tandis que le focus d’un des volets de l’exposition sur une famille de gitans, les Gordan, permet de découvrir une intimité au-delà de simples visages –si beaux soient-ils.

L’histoire internationale des communautés présentes sur les cinq continents se lit dans le septième art et permet l’émotion toute particulière de la rencontre avec l’autre derrière le papier glacé. La poésie des regards et des musiques achève de transporter le visiteur dans ce voyage qui n’a pas de fin et qui continue de s’écrire aujourd’hui.

 

Informations pratiques

Palais de la Porte Dorée, arrêt « Porte Dorée » ligne 8 et T3

Exposition temporaire du 13 mars au 26 août 2018

Mardi au vendredi de 10h à 17h30 & samedi et dimanche de 10h à 19h

Tarif unique sur place : 6 €. Ce tarif inclut le droit d’entrée à l’exposition permanente et aux expositions temporaires du Musée.L’entrée est gratuite pour les moins de 26 ans et pour tous le premier dimanche de chaque mois.

Crédits photo : © Musée de l’Histoire de l’Immigration

Sophie Regaud

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