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Noël en Islande : des livres au pied du sapin

 

         Le saviez-vous ? Il existe en Islande une tradition à l’occasion de Noël qui réjouira les adeptes de littérature : le Jólabókaflóðið. Le 24 au soir, après avoir siroté du jólaöl, une bière de Noël non alcoolisée, on s’offre des livres que l’on dévore sans plus attendre, tous ensemble, jusqu’au 25 au matin. Le Jólabókaflóðið se prononce yola-boka-flof) signifie approximativement «déluge de livres de Noël» :  une coutume que Kulturiste se propose de vous exposer.

 

L’Islande : le royaume du livre

         Afin de mieux comprendre d’où vient le Jólabókaflóðið, une particularité culturelle doit être spécifiée : l’Islande est un pays d’amoureux de la littérature. On considère qu’au moins 10 % de la population a déjà publié un livre. « En Islande, tout le monde écrit, spécifie l’éditrice Guðrún Vilmundardóttir. N’importe qui peut s’essayer à la poésie ou rédiger ses mémoires. Certains parents tentent même de faire publier les histoires qu’ils racontent à leurs enfants au coucher. Tout cela est normal et tout à fait bien vu. ». « Tout Islandais est poète », affirme un dicton populaire. Ainsi, si l’Islande est le pays le moins peuplé d’Europe occidentale, il reste celui qui publie le plus de titres par habitant au monde après le Royaume-Uni selon l’association internationale des éditeurs.

         Les Islandais ne sont cependant pas seulement des auteurs : ils sont également férus de lecture. On compte 83 bibliothèques sur l’île, nombre plus qu’impressionnant compte tenu de sa superficie et en particulier de sa superficie habitable. Une journée nationale leur est même consacrée début septembre ! Une étude réalisée en 2013 révèle que la moitié de la population lit au minimum huit livres par an. Entre 2010 et 2011, 70 % des habitants de la capitale ont emprunté au moins un livre à la bibliothèque municipale. Sans doute est-ce pour cela que l’UNESCO a qualifié Reykjavík de « ville de littérature ». « La littérature est très importante en Islande et c’est, je crois, la forme d’art à laquelle tout le monde s’identifie » conclut Sigrún Hrólfsdóttir, une artiste islandaise.

         Cet amour de la littérature s’explique par l’histoire politique du pays. Longtemps (,) sous la domination norvégienne puis danoise, les Islandais ont cherché à préserver leur singularité culturelle. Halldór Guðmundsson, un célèbre auteur local, présente la littérature comme une arme ayant permis à l’Islande d’effectuer une véritable quête identitaire lors de la lutte pour l’indépendance nationale.

 

Il était une fois le Jólabókaflóðið

         Il faut cependant attendre la Seconde Guerre mondiale pour que les livres prennent place sous le sapin des habitants. En 1945, de nombreuses coupes budgétaires sont effectuées en Islande. On limite les importations afin d’éviter l’endettement. Les magasins de jouets se vident : les poupées et les chevaux à bascule disparaissent des vitrines des boutiques. Le papier, lui, reste bon marché. Désireux de rester festifs, les Islandais décident donc d’acheter des livres à leurs proches pour Noël.

 

Le Jólabókaflóðið aujourd’hui

         Cette tradition perdure encore aujourd’hui. Avant les fêtes, les libraires organisent une sorte de Black Friday littéraire durant lequel ils bradent les livres. Il s’agit d’une période cruciale pour ce marché : on estime en effet que plus de la moitié du chiffre d’affaires annuel des maisons d’édition est réalisé à cette occasion. Le calendrier de publication des ouvrages est d’ailleurs organisé en fonction du Jólabókaflóðið : la majorité des livres paraissent entre septembre et décembre. Dès novembre, on envoie dans chaque foyer un Bókatíðindi, un catalogue répertoriant tous les livres disponibles en librairie avant Noël, afin que les Islandais fassent leur choix.

         Par ailleurs, une pléthore d’émissions littéraires radiophoniques et télévisées prennent place en hiver. Elles passent en revue les nouveaux titres parus et en proposent une critique. Elles sont très populaires auprès des Islandais qui sélectionnent leurs cadeaux avec grand soin. Et pour cause, un livre coûte en Islande l’équivalent d’une cinquantaine d’euros ! L’Islande comptant très peu de forêts, les ouvrages doivent être fabriqués à l’étranger puis importés. Malgré cette conjoncture défavorable, les Islandais restent très attachés à cette tradition culturelle conviviale.

 

 

Rédaction : Aurea MR

Sources : https://www.geo.fr/voyage/tradition-de-noel-en-islande-une-montagne-de-livres-sous-le-sapin-199026

https://next.liberation.fr/livres/2012/03/26/islande-le-givre-et-les-lettres_805607

https://lemetropolitan.fr/un-deluge-de-livres-en-islande-pour-la-periode-de-noel/

https://www.ladepeche.fr/2019/12/10/en-islande-une-avalanche-de-livres-sous-le-sapin-de-noel,8594826.php

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