Spektateur

Philippe Quesne : Le merveilleux à portée de main

En 2018 le Vivarium studio fête les 10 ans de L’Effet de Serge et de La Mélancolie des dragons. Ces deux spectacles clés plongent le spectateur dans l’univers singulier et poétique de Philippe Quesne.

Un écrivain de plateau

Le spectacle se fabrique sous nos yeux ; les artistes découvrent l’espace, bricolent et semblent improviser. C’est un théâtre de l’exploration, de la petite initiative collective. L’œuvre de Philippe Quesne s’interroge avant tout sur la création artistique. L’œuvre est le fruit d’un travail laborieux, tâtonnant. Il y a toujours des coups manqués. Dans L’Effet de Serge, Serge reçoit des invités chaque mercredi, et leur présente une série de numéros amateurs à base de petits jouets téléguidés et de feux de Bengale. Serge se livre à des associations ludiques, décalées. Il recouvre une voiture téléguidée d’un carton surmonté d’une bougie fontaine et la fait zigzaguer entre les convives.  À mi‑chemin entre pratique amateur et art minimaliste, ces micro‑performances présentées dans le décor d’un appartement déploient une poésie de l’ordinaire. Serge multiplie les gestes quotidiens (allumer la télévision, la chaine stéréo) avec une sincérité drôle et touchante.

Chez Philippe Quesne, la scène est un lieu d’exploration, d’inventivité, aussi simple soit elle. L’incertitude devient la principale ressource poétique, elle engendre à la fois maladresse et créativité. Le metteur en scène choisit volontairement de faire  venir les invités de Serge une heure avant la représentation. Le plateau réserve toujours des surprises !

 

Une poésie du presque rien

Dans ses spectacles, Philippe Quesne laisse place à l’incertitude et à l’improvisation. Les personnages se surprennent eux-mêmes dans leurs découvertes, leurs expérimentations. Les actions de Serge peuvent paraitre dérisoires et embarrasser les invités. Ses expériences simples, voire triviales semblent toujours au bord du ratage. Et pourtant, le public s’émerveille. Serge projette des faisceaux lumineux. Les spirales ondulent et parcourent  les murs au rythme de la musique de John Cage.  Aussitôt la trouvaille fait son « effet » et enchante le public. Le merveilleux surgit dans cette atmosphère quotidienne et précaire.

C’est justement cela la beauté de l’œuvre : le geste humble et fragile de l’artiste au travail.

La Mélancolie des dragons arrive à la suite de L’Effet de Serge. Cette fois-ci une bande de nomades candides se rassemblent autour d’un projet commun : construire un parc d’attraction ! Les huit rockers, en jeans, blousons de cuir, s’assoupissent entre deux gorgées de bières. Ils s’amusent, se munissent de gadgets. On craint le ratage à chacune de leurs tentatives. Ils enclenchent les  machines à bulles, à neige, à fumée… Le tout se mêle et forme une image poétique, insoupçonnée. Cette trouvaille modeste ravit le public. Un tour de magie !

Reprendre la politique à zéro

L’initiative collective est un critère incontournable dans l’esthétique de Philippe Quesne. Dans chacune de ses pièces, une petite communauté se forme autour d’un projet commun. Des liens sincères et familiers se forgent au gré des expérimentations. Les rockers partagent la même nostalgie d’un temps merveilleux, d’idéaux et de contes de fée.

 

Dans L’effet de Serge, le spectateur partage l’embarras des invités, s’attend à ce que les numéros de Serge provoquent murmures et sarcasmes. Rien de tel.  On assiste à la rencontre entre la sincérité de Serge et la gêne timide des invités. Dans ses spectacles, Philippe Quesne imagine un monde irréel dans lequel les personnages nouent des liens sensibles, affectueux et bienveillants. Ils se retrouvent dans une joie calme, quasi silencieuse et se découvrent une même passion.

La politique est reprise à zéro. Une petite humanité de quatre ou cinq personnes s’organise autour de rêves, de projets communs. Ils bricolent, tâtonnent, s’entraident sans se soucier du jugement des autres.  Les imprévus et les maladresses révèlent néanmoins la fragilité et le caractère utopique de ces créations collectives.

A vous d’aller retrouver ces doux rêveurs sur scène ! Philippe Quesne présente une fois de plus ses deux spectacles (L’Effet de Serge ; La Mélancolie des dragons) au théâtre de Amandiers de Nanterre du 6 au 11 février.

 

Béryl de Francqueville

Photos :

http://pica.org/2008/09/12/philippe_quesnes_vivarium_stud/ photos Patrick Sullivan

http://www.nanterre-amandiers.com/2017-2018/leffet-de-serge/ photos de Martin Argyroglo / Pierre Grosbois

http://www.nanterre-amandiers.com/2017-2018/la-melancolie-des-dragons/   Photos de Martin Argyroglo

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