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Psycho Pass – ou quand le crime n’est plus un acte, mais un état

Psycho Pass est un anime original des studios I.G., à qui l’on doit notamment l’adaptation de Shingeki no Kyojin (L’Attaque des Titans dans la langue de Molière). La saison 1 (dont nous traiterons ici) a été diffusée entre octobre 2012 et mars 2013 et la saison 2 (dont nous ne traiterons pas ici) entre octobre et décembre 2014.

L’intrigue se déroule au Japon, en 2112. Le pays est entièrement dépendant d’une intelligence artificielle ultradéveloppée : le système Sybille (du nom de la prophétesse). Celui-ci intervient partout dans la vie des Japonais : il les habille avec des hologrammes ; détermine, selon leurs aptitudes, quels métiers ils sont le plus apte à exercer ; produit la nourriture en transformant une forme d’avoine génétiquement modifiée… et plus important : contrôle le « psycho pass » des citoyens. Le psycho pass, c’est en fait le niveau de stress ou criminalité potentielle d’un individu. Au-delà d’un certain seuil, l’individu est considéré comme un « criminel latent », et passé un autre palier, l’individu est un criminel.

Pour maintenir ce niveau le plus bas possible, et donc une société en ordre, Sybille s’adresse d’abord aux citoyens tous les jours à l’aide d’hologrammes tout mignons, les assistant au quotidien et leur prescrivant différents médicaments. Si le stress vient tout de même à dépasser le premier seuil, les individus sont envoyés en cure, et si le second seuil est dépassé, les individus sont anéantis. Dans un second temps, Sybille se fait police. A son service se trouve le Bureau de Sécurité Publique, qui intervient notamment lorsqu’un un citoyen ne s’est pas rendu en cure ou est devenu un criminel.

 

C’est ce même bureau qu’intègre la jeune Tsunemori Akane au début de l’histoire, au poste d’inspecteur. Elle y rejoint l’unité 1, composée d’un autre inspecteur (Ginoza) et quatre exécuteurs (Kagari, Masaoka, Kunizuka et Kougami). Les exécuteurs sont des criminels latents dont le psycho pass est trop haut pour redescendre un jour, et trop bas pour qu’ils soient exécutés. Ce sont eux qui font la majorité du sale travail. Quant aux inspecteurs, ils ont accédé au poste après avoir été désignés par Sybille. Ils supervisent et surveillent les exécuteurs sur le terrain.

Pour que les agents du Bureau de Sécurité Publique puissent accomplir leur travail, ils sont équipés de « dominateurs », sortes de pistolets futuristes reliés à Sibylle qui peuvent identifier le psycho pass d’un individu : s’il est bas la gâchette est bloquée, s’il est intermédiaire il permet d’assommer la cible, s’il est élevé la cible est anéantie (et c’est pas joli-joli). Point intéressant : les exécuteurs ayant un psycho pass intermédiaire, ils peuvent être pris pour cible par des « dominateurs », ainsi les inspecteurs ont autant leur arme braquée sur eux que sur les suspects.

En apprenant les ficelles du métier, la jeune femme découvre également sa noirceur et avec cela le problématique éthique qui ronge la société japonaise : la gestion de la criminalité par la seule observation du psycho pass redéfinit totalement la définition-même de « criminalité ». Ainsi, qu’est-ce qui fait le crime ? Le criminel ? Puisque le psycho pass est lié au stress, il est aussi très fréquent qu’une victime soit considérée comme un criminel potentiel juste après avoir été agressée. A l’inverse, que se passerait-il si des individus pouvaient déjouer les contrôles…

C’est évidemment ce qui se produit : une série de crimes particulièrement atroces, dont les coupables semblent échapper à Sybille, met en lumière les failles du système tout-puissant.

Le principal thème à analyser dans Psycho Pass est bien sûr celui de la criminalité, et de la place de celle-ci dans la société. Ici, la lutte contre le crime est le fondement du système, or celle-ci est en partie menée par des criminels. D’autant que la majorité du temps, lesdits criminels sont considérés comme tels avant-même d’avoir fait quoi que ce soit. On peut ainsi se référer à Emile Durkheim, qui affirme que le crime est normal et surtout nécessaire à toute société, en ce que les « conditions dont il est solidaire sont elles-mêmes indispensables à l’évolution normale de la morale et du droit ». En luttant contre le crime, Sybille tend à engendrer une société « parfaite », cependant des criminels sont nécessaires pour le combattre ; le système se rapproche donc toujours plus de cet objectif sans jamais pouvoir l’atteindre.

Psycho Pass propose par ailleurs une société de l’anticipation. Les individus sont catégorisés, classés sans pouvoir réellement y changer quoi que ce soit. Un gouvernement par une intelligence artificielle hyper-réactive réduit à zéro la possibilité du hasard, de l’inattendu, de l’exploit… Par extension, c’est en fait le libre-arbitre qui est atteint.

Cela pousse également à interroger nos actuels outils de calcul, d’estimation, de prévention : dans quelle mesure sont-ils (et resteront-ils) des outils ?

L’une des raisons majeures pour lesquelles on peut encenser cet anime, est la qualité de la réflexion proposée. Chaque personnage développé est un nouveau moyen d’aborder la société exposée, et par la même d’analyser l’évolution de la nôtre. Au sein du Bureau comme parmi les criminels, on assiste à des débats forts intéressants lors desquels les personnages convoquent fréquemment des œuvres littéraires, philosophique, ou sociologiques pour supporter leurs argumentaires (Rousseau, Weber, Goffman, Foucault…). Chacun a des opinions différentes, offrant un débat extrêmement riche.

Cette richesse du propos est soutenue par une atmosphère glaçante, et un style extrêmement brut. Certaines scènes frôlent, voire dépassent (selon sensibilités) la limite du supportable. Le récit est poignant, touchant, fascinant, et ne laisse certainement pas indemne. L’animation est de très bonne qualité et la bande son est excellente. Rien n’est de trop, tout est pertinent, et il n’y a pas besoin d’être « otaku » pour apprécier Psycho Pass… Bref, foncez ! Vous serez marqués et vous aimerez !

Timothée D’Arcy

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