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Redécouvrir Rodin

Le Penseur ? Rodin bien sûr. Le Baiser ? Rodin. Ugolin ? Rodin à nouveau. Mais Volk Ding Zri ? Non Rodin, mais Baselitz. Le Torse de la Ville détruite ? De même, c’est l’œuvre de Zadkine. Pour le centenaire de sa mort, le Grand Palais s’offre Auguste Rodin, maître incontesté de l’expressionnisme. Les commissaires Catherine Chevillot et Antoinette Le Norman-Romain prennent le parti d’aller au-delà de la vie de l’artiste. Son génie artistique, déjà reconnu au cours de sa vie, se donne à voir du 22 mars au 31 juillet dans Rodin. L’exposition du centenaire qui a pour triple ambition de dévoiler l’univers rodinien, mais aussi les rapports du sculpteur avec le public ainsi que ses héritiers.

Rodin : une approche artistique et commerciale novatrice

L’art de Rodin s’exprime dans la représentation du corps, des corps. Femmes et hommes, enfants et vieillards, illustres et inconnus, le coup de main du maître s’attarde sur chacun, dans le but de lui donner la parole. Rodin indique effectivement que « le corps est un moulage où s’expriment les passions ». La finesse du travail frappe et est rappelée, dès la première salle, par les commentaires qui accompagnent les œuvres : Rodin fût accusé de moulage et dût convaincre jusqu’aux directeurs d’expositions de son talent dans les années 1880 !

Sculpteur du tournant du XXème siècle, Rodin saisit d’emblée l’importance des galeries d’art à une époque où l’Etat français se désengage de l’investissement artistique malgré le poids toujours crucial que la Troisième République accorde à la culture et aux arts plastiques. Il met plus volontiers son art à disposition de collectionneurs privés qu’aux commandes d’Etat et d’institutions, qu’il honore cependant.

Au-delà de la modernité de la pensée, c’est celle de la technique qui s’affirme avec Rodin. Loin de le mépriser comme ses prédécesseurs, il joue avec le plâtre. Il expérimente également les compositions et recompositions. Il cherche le renouvellement de la sculpture dans son œuvre-même.

Au-delà de la sculpture rodinienne

Plus encore que l’ouvrage rodinien, c’est son histoire que tiennent de toute évidence à saluer les commissaires de l’exposition. En effet, les œuvres sont mises en perspective historique. La dernière salle fonctionne par exemple de la façon suivante : une œuvre de Rodin est rattachée à un thème (les têtes, les torses, les portes, pour n’en citer que quelques uns) et associée à un certain nombre d’œuvres d’artistes postérieurs à Rodin qui s’inspirent de son expressionnisme. Cent ans après sa mort, la contemporanéité du sculpteur français ne cesse de s’affirmer. Les œuvres colorées de Baselitz, parfois dérangeantes (La Guerre) de Bourdelle, ou encore abstraites, au sens artistique du terme, de Sui Jianguo, apportent une bouffée de fraîcheur à l’exposition.

Autre élément inattendu mais bienvenu : les nombreux dessins et photographies de ses œuvres retouchées par Rodin. Sans lien immédiat avec les sculptures de l’artiste, les dessins noirs de Rodin sont l’occasion d’une mise en perspective et permettent une nouvelle fois de saisir les thèmes chers à l’artiste, dont le travail des corps qui s’enlacent et se rejettent. De même, les photographies des sculptures sont certes retouchées, annotées, mais ces retouches ne sont pas appliquées aux œuvres sculpturales.

Muséographie et réception : une exposition à succès

Richement documentée comme c’est toujours le cas au Grand Palais, cette exposition semble donc réaliser un sans-faute. Même sans audioguide, la visiteur passe deux belles heures au milieu des sculptures prêtées par des musées et particuliers des quatre coins du monde. La muséographie réfléchie offre une visite rythmée par trois temps (Rodin, expressionniste ; Rodin, expérimentateur ; Rodin, l’onde de choc) qui nous guident avec clarté, y compris lorsque l’on est novice face à l’art sculptural. Une simplification aurait toutefois pu être apportée : La Porte de l’Enfer aurait peut-être gagné à être montrée en ouverture. Placée ici en fin de première partie, elle ne fait réellement sens, pour le visiteur novice, que lorsqu’elle apparaît devant lui, et non lorsqu’elle lui est présentée en pièces détachées. Le choix muséographique effectué permet néanmoins de maintenir le visiteur en haleine.

Le public semble d’ailleurs convaincu par cette présentation qui ne s’attache pas à la vie de l’artiste mais à son œuvre, à son audience et son héritage. La palette des ressentis est largement mobilisée : du Penseur ou de La Femme accroupie portant une pierre se dégage une vive émotion, de La Guerre (Bourdelle) du malaise, de Faune et nymphe une poignante sensualité. 

Rodin. L’exposition du centenaire

Du 22 mars au 31 juillet 2017

Au Grand Palais, Paris

Crédits photos

1 – Affiche de l’exposition « Rodin, l’exposition du centenaire » au Grand Palais, 2017. Source

2 – Le Penseur d’Auguste Rodin (à gauche), Volk Ding Zri de Baselitz (à droite). Source

3 – Masque de Camille Claudel et main gauche de Pierre de Wissant, Auguste Rodin (1895). Source

Aurore Denimal

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