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Rencontrer Foujita ou l’occasion de découvrir la maison de la culture du Japon

Si vous sortez du métro 6 à Bir-Hakeim pour vous rendre à la tour Eiffel, pris par l’envie d’aller vous jeter sous les jupes de la dame de fer, ne manquez pas de tourner vos regards, à mi-chemin, vers la droite. Vous verrez alors une structure de verre que l’on appelle « La maison de la culture du Japon ». Elle présente depuis le 16 janvier, et jusqu’au 16 mars les œuvres d’un artiste Japonais nommé Léonard Tsuguharu Foujita (1886-1968).

Si le Musée Maillol avait déjà consacré une exposition à Foujita au printemps 2018, cette dernière l’avait essentiellement abordé sous l’angle du peintre des années folles. Ici, la maison de la culture du Japon propose un regard plus large sur la vie de l’artiste, à l’occasion de l’anniversaire de sa mort. Cette rétrospective nous mène alors sur les sentiers d’une amitié franco-japonaise exprimée en art par la figure de Foujita.

Le mélange à la culture française : Un Foujita acculturé à l’occident

Foujita. Un personnage à l’apparence excentrique, petite moustache, boucle d’oreille et lunettes rondes : reconnaissable parmi tous. Le japonais débarque à Paris en 1913, et pourtant c’est comme s’il n’avait plus rien à découvrir : ses études lui ont déjà appris l’Histoire de l’art occidental, il maîtrise les codes de la peinture. C’est donc naturellement que notre artiste s’intègre à l’école de Paris et devient une figure reconnue du Montparnasse des années 1920.

L’école de Paris regroupe tous les artistes parisiens des années 1920 à 1930. Le mouvement concentre entre autre les influences des artistes étrangers attirés par Paris, capitale de l’art dans l’après-guerre.

Foujita connait un réel succès par le mélange d’influences culturelles illustré dans son art. Son style se pare d’abord d’une tonalité occidentale : par ses sujets comme Paris, par ses compositions également puisque ses personnages sont souvent représentés à la manière occidentale (une Olympia Manet revisitée, par exemple).

Mais son style est également empreint de l’origine asiatique de Foujita : il accorde un souci particulier à la minutie des détails, peint des femmes à la peau laiteuse, et n’utilise qu’une gamme chromatique restreinte à la manière de certaines estampes japonaises.

 

 

J’ai deux amours : Le voyage et les femmes

Quelques années après son retour à Paris, Foujita rencontre sa future femme Lucie Baudoud qu’il surnomme « Youki », « neige rose » en japonais. Le faste de leur vie est bref : brutalement éteint en 1929 par un redressement fiscal, contraignant le couple à rentrer au Japon avant leur définitive séparation.

En 1931, Foujita est en quête de nouvelles sources d’inspiration, et s’envole pour l’Amérique latine avec sa nouvelle compagne, la danseuse Madeleine Lequeux. Leurs deux ans d’itinérance lui donnent l’occasion de s’essayer à la photographie, d’illustrer de nouveaux sujets comme les peuples autochtones mais aussi de confirmer son nouveau goût pour les sujets colorés, grotesques et imposants initié à Paris. Au Brésil, en Argentine, en Bolivie, au Pérou, à Cuba, en Equateur, Panama et Mexique, le couple sillonne les chemins et admire les beautés étrangères.

Nouveau sujet, nouveau style : la guerre sino-japonaise

Une nouvelle page de l’œuvre de Foujita se tourne lors de la guerre sino-japonaise de 1937 : l’artiste se voit engagé dans l’effort de guerre japonais. Soumis aux autorités, il peint des scènes de bataille à la faveur de l’impérialisme nippon, et produit de vastes panoramas guerriers au style bien éloigné de ses jeunes femmes nues à la peau d’ivoire. Il voit dans ces sujets une nouvelle interprétation des peintures d’histoire occidentale, nobles par leur thème vertueux. Ceci l’entrainera néanmoins sur les sentiers de la propagande, ce qui lui sera reproché, accusé de crime de guerre en 1946 puis innocenté.

Un dernier élan vers l’occident

Exclu des cercles artistiques Japonais, Foujita rentre à Paris après un passage à New York, qui lui offre l’occasion de peindre ses souvenirs de la France. Son œuvre s’épanche sur les sujets de l’enfance, les Fables de la Fontaine qui lui ont manqué pendant ses dix années de soumission.

Le paroxysme de son acculturation au monde occidental coïncide avec ses dernières œuvres. Foujita demande le baptême catholique, prend le prénom de Léonard en hommage à de Vinci. Sa conversion assez médiatisée marque un tournant dans sa production puisqu’il centrera ses sujets artistiques sur la thématique religieuse, au point de se consacrer à la décoration de la chapelle Notre-dame-de-la Paix à Reims, dernier édifice de son œuvre.

https://www.ina.fr/video/CPF08008721

 

 

À mi-chemin entre Orient et Occident, l’artiste nippon produit un art original, tantôt noir et blanc, tantôt coloré et burlesque. L’exposition illustre les écarts entre les périodes de son art, sans ménager les transitions. Courte et rapide, on aurait sans doute aimé de plus amples explications des œuvres, parfois mystérieuses pour le visiteur découvrant Foujita.

Informations pratiques :

Maison de la Culture du Japon

101B Quai Branly
75015 Paris 15
www.mcjp.fr
Salle d’exposition (Niveau 2)

mardi-samedi > 12h-20h Tarif 7 € / Réduit 5 €

SOURCES :

https://www.mcjp.fr/fr/bibliotheque/les-dossiers-de-la-bibliotheque/dossier-sur-leonard- foujita
https://www.culturespaces.com/sites/ceportail/files/dp_foujita_fr.pdf https://www.mcjp.fr/fr/agenda/foujita

SOURCES DES IMAGES :

Image 1 : Foujita, Autoportrait, 1929, The National Museum of Modern Art, Tokyo © FONDATION FOUJITA / ADAGP, PARIS, 2018
https://www.mcjp.fr/fr/agenda/foujita

Image 2 : Nu couché à la toile de Jouy 1922

Huile, encre, fusain et crayon sur toile, 130 x 195 cm
Collections permanentes- Musée d’Art moderne de la Ville de Paris

© Fondation Foujita / Adagp, Paris Crédit photographique : Eric Emo/Parisienne de Photographie

Image 3 : Olympia 1863

Edouard Manet (1832-1883)
Huile sur toile, H. 130 ; L. 190 cm
©RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Image 4 : Mort lumineuse aux îles Attu (Attsu-tô gyokusai, アッツ島玉砕). 1943.

http://www.gameblog.fr/blogs/_mrrockpsy95_/p_91469_l-art-japonais-23-la-wwii-entre-

nationalistes-et-martyrologe

Image 5 : Vidéo « Baptême de Foujita »

https://www.ina.fr/video/CPF08008721

Image 6 : Chapelle Notre Dame de la Paix Foujita © http://musees-reims.fr/fr/musees/la- chapelle-foujita/

Astrid de Casabianca

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