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René Goscinny, Au-delà du rire

Donnez-vous l’occasion de découvrir le Marais juif. Dans le calme de la rue du Temple, fuyant l’animation incessante du Centre Pompidou, se dresse le majestueux hôtel particulier de Saint-Aignan. Reconvertie depuis vingt ans en Musée d’art et d’histoire du judaïsme, cette bâtisse abrite désormais d’importants fonds de la culture juive, avec des portraits, des objets sacrés, mais aussi des ouvrages et des photographies. Ces collections, auxquelles s’ajoutent de nombreuses expositions temporaires, permettent de retracer l’histoire de la civilisation juive depuis ses fondements jusqu’à aujourd’hui.

Jusqu’au 4 mars, vous pouvez y découvrir la rétrospective mettant à l’honneur l’auteur et dessinateur comique René Goscinny. Intitulé « René Goscinny, Au-delà du rire », cet hommage à l’une des figures emblématiques pour la jeunesse choisit de présenter l’artiste sous une nouvelle facette.

René Goscinny enfant

Qui est vraiment René Goscinny ?

C’est à l’occasion de la commémoration des quarante ans de la disparition de cet artiste à la personnalité détonante, que le Musée d’art et d’histoire du judaïsme s’associe avec l’Institut René Goscinny pour présenter au grand public un ensemble de 200 œuvres originales, allant des planches de dessin aux archives personnelles de l’auteur. Mais derrière le coup de projecteur sur les 500 millions de livres et d’albums vendus par Goscinny partout dans le monde, cette rétrospective raconte le chemin de vie souvent chaotique d’un fils d’émigrés juifs originaires de Pologne et d’Ukraine durant l’une des périodes les plus troubles de l’Histoire.

Effectivement, derrière le rire fédérateur omniprésent dans les œuvres de Goscinny, se cache une culture complexe, métissée, héritière du judaïsme d’Europe orientale et enrichie par des exils en Argentine et Amérique du Nord. L’interculturalité de l’artiste est par ailleurs doublée, depuis son adolescence, comme on le voit avec ses croquis et esquisses réalisées alors qu’il est encore étudiant, d’une conscience très forte pour les tragédies ayant marqué son siècle. S’il met un point d’honneur à construire une œuvre absolument laïque, emblématique de la France des Trente Glorieuses, la gravité pointe toutefois derrière son franc sourire.

 Une esquisse d’Hitler par Goscinny, 1933

Néanmoins, sa trajectoire unique dans l’histoire de la presse illustrée montre qu’il a accompli une véritable révolution culturelle, en dissolvant la frontière entre culture savante et culture populaire, entre humour des élites et celui des classes laborieuses.

Une exposition pour faire le bonheur des amateurs de l’artiste

« Il boira le calife jusqu’à la lie ! »

« Le lecteur fidèle qui nous écrit, d’une plume trempée dans du vinaigre : à lire vos machins, je me sens cornichon. »

« Les mamans, ça n’y comprend rien au sport… »

« Une fois pour toute, qui je suis ? Tu es un imbécile ! Bon, c’est tout ce que je voulais savoir. »

Le Petit Nicolas

Comment ne pas sourire face à ces traits d’humour si particuliers, entre sincérité naïve et révélation sur la vérité de la vie ? Goscinny est un joueur et fin humoriste qui mobilise, du Petit Nicolas jusqu’à Astérix, en passant par Lucky Luke et Iznogood, différents procédés relevant aussi bien du théâtre, que de la philosophie de comptoir ou du pessimisme assumé. Son usage unique des parodies et des calembours a contribué à forger un style faisant aujourd’hui partie du patrimoine culturel français.

Les amateurs de son art pictural et rédactionnel seront heureux de déambuler au sein d’un parcours croisant approches chronologique et thématique, pour profiter au mieux de l’ampleur de la création sans limite de Goscinny. Sur tous les murs, on nous donne à voir une œuvre composite, multilingue, pleine de nouvelles formes, décalée, et, malgré tout, irrésistiblement drôle.

 Le dessinateur à sa table de travail

Informations pratiques

Exposition proposée du 27 septembre 2017 au 4 mars 2018

Musée d’art et d’histoire du judaïsme, 71 rue du Temple, 75 003 Paris

Métros Rambuteau & Hôtel de Ville

Plein tarif : 8€ (9€ pour l’ensemble du musée), tarif réduit : 5€ (6€ pour l’ensemble du musée)

Du mardi au vendredi de 11h à 18h, du samedi au dimanche de 10h à 18h (accès aux expositions temporaires jusqu’à 19h tous les soirs)

Sophie Regaud

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