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Riad Sattouf, version grande débutante

Au cours de l’une de mes nombreuses visites studieuses à la Bibliothèque Public d’Information rue Beaubourg, j’ai découvert une petite exposition sympathique située au premier étage, jonchée entre les rangées de tables de travail…
Bon, la vraie version c’est plutôt que je devais éc

rire cet article, que je n’avais pas un budget gargantuesque (fin de mois oblige) et que je voulais trouver une exposition divertissante.

C’est en me baladant sur les sites internet dédiés aux événements culturels parisiens que je suis tombée sur l’exposition « Riad Sattouf, l’écriture dessinée ». A première vue, le nom de cet artiste m’évoquait vaguement quelque chose. Dessinateur, auteur de bande-dessinée et réalisateur, je ne ne doutais pas de la quantité de travail déjà abattue au cours de sa carrière, à seulement 40 ans.
J’hésitais à me rendre à cette exposition, craignant une trop grande ignorance de ma part face à son oeuvre, jusqu’à ce qu’un ami, fan de L’arabe du futur, m’annonce qu’il compte aller à Beaubourg le lendemain. Ni une ni deux je me greffe à sa petite sortie du mercredi matin et l’accompagne joyeusement à la BPI.

En arrivant devant le « box » dédié à l’événement, je me suis dit qu’en 15 minutes on aurait le temps de faire deux fois le tour des oeuvres exposées. Habituée aux grands musées qui façonnent et dédient leur espace pour des oeuvres d’art, ce petit endroit m’a tout d’abord semblé bien curieux. A ma grande surprise, nous y sommes restés plus d’une heure. Pas forcément étonnant pour une présentation de l’oeuvre d’un bédéiste : les diverses planches exposées donnent la cadence de l’exposition, très lente.
Nous nous sommes donc lancés dans la visite, mon ami en tant qu’habitué, moi en tant que novice. Je me fonderai essentiellement sur mon expérience de découverte de l’artiste, mais je rapporterai également le point de vue de mon ami, un connaisseur et amateur de l’art de Riad Sattouf.

Le parcours commence avec le thème de la jeunesse, un sujet récurrent et presque central dans son oeuvre. Je découvre alors l’une de ses BD la plus connue : Les Cahiers d’Esther, qui paraissent dans L’Obs. J’apprends avec grand étonnement qu’il dessinait et écrivait aussi pour Charlie Hebdo La vie secrète des jeunes. Cette démarche me rappelle celle de Dumas, Balzac ou encore Dickens et je suis alors curieuse d’en découvrir plus sur son oeuvre. Riad Sattouf tente également d’être le plus vrai possible : tout ce qu’il retranscrit dans ces deux séries s’est réellement passé. Ses récits ont donc une forte dimension sociologique, mêlée à l’univers plus fictif de la BD.
L’exposition aborde, en continuité avec ce thème principal de la jeunesse, les thèmes de l’amour, de la sexualité, de la classe sociale et de l’image que l’on renvoie, et celle que l’on souhaite renvoyer. La jeunesse, c’est finalement ce qui berce son oeuvre, tant par sa BD autobiographie L’arabe du futur, que par l’histoire vraie des Cahiers d’Esther (histoire de la fille d’un de ses amis).
« La jeunesse n’est qu’un mot » disait Bourdieu : c’est à travers ces dessins et ces planches que cette phrase se matérialise, du fait de la diversité des personnages et de la frappante réalité des situations.

La visite se poursuit par la présentation de planches créées par Riad Sattouf lorsqu’il était étudiant, des vidéos d’oeuvres qui l’ont inspiré, sa passion pour la science fiction, son expérience en tant que réalisateur (il a notamment réalisé Les beaux gosses et Jacky au royaume des filles) ou encore ses dessins.
C’est certainement ses dessins qui m’ont le plus impressionnée : en tant que dessinateur « sociologue », il tend à être le plus réaliste possible et créé des personnages sans artifice. Voir alors son travail en tant que dessinateur, et seulement dessinateur, détonne avec ses dessins de bédéiste. Des oeuvres à découvrir absolument, qui attestent du succès bien mérité de Riad Sattouf.

La fin de l’exposition est dédiée à son oeuvre majeure, L’arabe du futur. La scénographie est plus travaillée que le reste, car au moment de rentrer dans cette partie de la visite, on s’embarque dans un étroit couloir rouge, couleur phare de son oeuvre. On retrouve plusieurs planches de la BD et des interviews-vidéo de l’auteur qui évoquent sa jeunesse syrienne.

En sortant de l’exposition, j’étais ravie d’avoir pu découvrir un artiste que je ne connaissais pas ou peu. Les planches présentées sont très bien choisies et on ne s’ennuie pas une seconde : je n’ai pas vu le temps passer.
En ce qui concerne mon ami, il m’a dit avoir apprécié le côté « peintre de la vie moderne » de Riad Sattouf.
Selon lui, même s’il le connaissait déjà, l’exposition lui a apporté des éléments d’information, notamment sur l’aspect sociologique de l’oeuvre.
La diversité des oeuvres et des formats proposés mêlés à la gratuité de l’exposition vaut vraiment le coup d’y jeter un oeil. De plus, l’heure des examens ne va pas tarder à sonner alors cela vous permettra de vous divertir un moment lors de vos séances de révision acharnées (ou pas).

Margaux Balland

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