Inklassable

Scènes de slam : habiter les bars en poète

Dans certains cafés parisiens, on s’enivre aussi de poésie. Alors que l’été arrive et que les bars se remplissent de monde, au Downtown café, c’est autour de vers bien remplis que l’on se réunit. Tous les lundis soirs depuis neuf ans, des scènes ouvertes de slam invitent débutants et professionnels de la rime à déclamer, en échange d’un werther original, petit bonbon au caramel qui récompense les prestations.

 Crédit : Hashkays

J’y ai rencontré Barbie Tue Ric, une slameuse lyonnaise, au nom de scène révélateur. Ses textes féministes et engagés font s’entrechoquer les rimes, les rythmes et les sonorités pour le plus grand plaisir du public. Pour cette poète, le monde du slam c’est aussi le regard toujours bienveillant de l’auditoire, sur lequel elle s’appuie pour déclamer des paroles personnelles. Pourquoi elle aime le slam ? « Parce qu’il sort la poésie des livres qui prennent la poussière au fond des bibliothèques, et des salons où elle n’est lue que par ceux qui l’écrivent ». Ici, la poésie prend vie et s’ouvre au grand public. Les scènes ouvertes de slam sont le lieu où tout peut se dire et par tout le monde, sans tabou, sans censure. La pornographie, Dieu, Macron et la solitude : tous ont leur place dans cette poésie incarnée. Selon les slameurs, elle exprime la colère ou revendique la fragilité. Elle prône en tout cas le pouvoir et l’amour des mots. Et il n’y a pas que le sens des mots qui compte dans le slam.

Mathieu vient au Downtown pour la première fois, il est particulièrement touché par la prestation d’une slameuse japonaise qui déclame dans sa langue. Les sonorités, les modulations et les rythmes de ces paroles rappellent que la langue est bien plus qu’un simple outil de communication. Sans que nous en comprenions le sens, ce texte en japonais résonne en nous et réveille la dimension sensible du langage. Pour Mathieu, « la poésie c’était surtout dans la musique ou dans le rap ». Au Downtown il découvre le slam : « le plaisir des mots sans instrumentation. Les slameurs jouent avec leur corps pour produire des rythmes, ça me touche. C’est la poésie en vrai, c’est concret, il y a un véritable contact humain ». Ce contact humain est ce qui fait de ces scènes de slam des lieux aussi précieux : alors que l’espace public peut apparaître saturé d’indifférence, où les passants se croisent souvent sans se parler, le slam ouvre un espace pour les rencontres, la sincérité et la créativité. Le slam c’est la possibilité de la mixité. Au Downtown, il rassemble toutes les générations et toutes les origines autour de textes qui mêlent les références littéraires aux mots de la rue.

Si le Downtown café est un lieu phare de la scène slam, il n’est pas le seul à Paris à inscrire la poésie à son menu. La scène ouverte Y’a slam ! a lieu tous les troisièmes mercredi du mois au Café de Paris à Ménilmontant. Au Moulin à café, dans le 14ème arrondissement, c’est tous les premiers vendredi de chaque mois qu’ont lieu les scènes ouvertes de slam où 1 vers = 1 verre offert. D’autres lieux comme Le canal ou L’entrepôt accueillent ces précieux moments de partage. Le magazine en ligne Cris et poésie  met en valeur le monde du slam et tient l’agenda des différents évènements qui l’animent (scènes ouvertes, ateliers d’écriture…). A travers des chroniques et des interviews, il lui tient à coeur de démontrer que le slam est bien plus qu’une « pratique amateur pour jeunes incultes ».

Mathilde Picard

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *