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« Shoah et bande dessinée » : le traitement de l’holocauste dans le 9ème art

Jusqu’au 7 janvier 2018 au Mémorial de la Shoah à Paris, l’exposition Shoah et bande-dessinée offre une rétrospective retraçant la relation entre l’Holocauste et la bande-dessinée depuis 1944. 

Comment la Shoah a-t-elle été représentée par la bande-dessinée? Peut-on rire du génocide juif? La bande-dessinée est-t-elle un outil légitime pour traiter l’Holocauste? À travers un parcours aussi bien curieux qu’étonnant, cette exposition, riche de plus de 200 planches de bande-dessinées, est une mine d’or saisissante et colorée. 

Le dessin en guise de témoignage

À votre avis, sous quelle forme ont été proposés les premiers schémas narratifs du terrible massacre de la Shoah ? Vous l’avez sûrement deviné : le dessin. 

En l’absence de caméra ou d’appareil photo, le dessin était la seule manière, avec l’écriture, de rendre compte des souffrances des déportés et de leur combat quotidien pour la survie. C’est justement les témoins de ce massacre qui seront les précurseurs du traitement de la Shoah dans la bande-dessinée. Ainsi, les premières ébauches de narration graphique sur le thème de la Shoah ont été réalisées par les victimes elles-mêmes. 

Au cours de la visite, on découvre une histoire illustrant Mickey dans un camp de concentration dessinée par un jeune juif allemand, une série de 22 planches graphiques réalisée par un détenu d’Auschwitz et notamment, de nombreux dessins représentant avec un réalisme à couper le souffle, chaque étape de la vie des déportés. L’auteur de ces planches ? David Olère, un prisonnier contraint d’assister les nazis dans les camps de concentration. Il sera alors l’un des premiers à représenter les chambres à gaz avec autant de précision. Ces témoignages inestimables marquent l’entrée de la Shoah dans l’univers de la bande-dessinée.

Dessin de David Olère, déporté au camp d’Auschwitz-Birkenau de 1943 à 1945. (Catalogue Denoël Graphic.) © Le Parisien 

 

 

La Shoah, un long chemin vers la bande-dessinée

Mais au-delà de ces premières représentations, il faut suivre le parcours pour entrer dans l’univers de la bande-dessinée telle qu’elle est connue aujourd’hui. De l’après-guerre jusqu’aux années 80, quelques rares narrations graphiques seront publiées au sujet de la Shoah. En effet, à l’exception de La Bête est morte (1944) et de L’Oncle Paul (1952), le 9ème art s’est intéressé tardivement à l’Holocauste. La première relate le drame sous forme d’histoire animalière. Quant à la seconde, elle évoque le tragique destin de Raoul Wallenberg, l’un des premiers Justes de la Nation. 

Ces bandes-dessinées ne traitent qu’en partie le sujet de l’Holocauste en omettant certains événements essentiels. Dans les années 1980, Art Spiegelman publie une bande-dessinée de 250 pages dans lequel il conte le récit du judéocide polonais et l’histoire de sa difficile relation avec son père, rescapé d’Auschwitz. Il est le premier dessinateur à traiter en intégralité la Shoah sans contourner des thèmes « embarrassants » comme les méthodes d’exécution des juifs. Maus, en plus de peindre avec réalisme et sans pincettes le tableau de la Shoah, est le résultat d’une longue et douloureuse quête personnelle. En 1992, son ouvrage reçoit le prix Pulitzer, attribué pour la première fois à une bande dessinée.

 

 

 

La bande-dessinée : un genre littéraire seulement destiné aux enfants ?

L’exposition vise à mettre en lumière la nature de ce genre littéraire et le long chemin qu’il a dû parcourir avant d’être considéré comme légitime pour pouvoir traiter la Shoah. En effet, la bande dessinée est longtemps restée considérée comme une sous-littérature, destinée exclusivement aux enfants. Il a fallut de nombreuses années avant qu’elle ne soit acceptée dans la société comme un genre littéraire à part entière. Depuis, la bande-dessinée a mûri et ses dessinateurs ont tour à tour puisé leur inspiration dans l’histoire et parmi eux, la Shoah et son cortège d’histoires bouleversantes. L’exposition en témoigne brillamment.

À la fin du parcours, toutes les bandes-dessinées sont proposées dans leur intégralité au visiteur. Un véritable havre de paix dans lequel on peut s’installer pour lire quelques minutes… Ou quelques heures… 

Infos pratiques :

Mémorial de la Shoah

17 rue Geoffroy L’Asnier, 75004, Paris

Métro : Pont-Marie sur la ligne 7

Entrée libre. Ouverture tous les jours sauf le samedi de 10h à 18h et le jeudi jusqu’à 22h. Ouverture jusqu’au 7 janvier 2018.

Sources :

– FranceInfo, « La Shoah dans la bande dessinée, une poignante exposition au mémorial » par Jean-Francois Lixon

– Marianne, « Shoah, la BD pour mémoire » par Myriam Perfetti

– France inter,« La Shoah en BD en 5 moments » par Anne Douhaire

– Image mise en avant © Le Mémorial de la Shoah. Images de l’exposition © 

Sandrine Roul

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