Inkulture

Star Wars 2.0 et autres revivals de la Force

 

Ce mercredi, comme, j’en suis sûre, la moitié de la France, je suis allée voir Star Wars VIII. Bien sûr, c’était incroyable : des sabres lasers partout, des larmes versées quand Carrie Fisher est arrivée à l’écran, et des rires aux mouvements de cape dramatiques de Luke. Et puis, après avoir dévoré le nouveau film, je suis allée voir les critiques sur Twitter (erreur de débutante) pour découvrir des milliers de fans se plaignant, le plus souvent pour deux raisons : parce que le film imitait trop les vieux Star Wars, ou parce qu’il ne le faisait pas assez. Au contraire, les critiques, eux, ont acclamé ce dernier en masse.

Ce n’est pourtant pas ce dont je veux vous parler dans cet article, mais plutôt de nostalgie.

 

 

Only 90’s Kids
 

En effet, alors que Grand Rex va organiser une nuit du retrogaming en juin prochain et que Nintendo ressort les vieux jeux Pokémon sur ses nouvelles consoles, la communauté nerd tend à replonger dans ses souvenirs d’enfance. Elle n’est pas seule en cela, si tous les posts qui commencent par « Only 90’s Kids Will Remember… » nous ont appris quelque chose. Peut-être que c’est l’avancée technologique accélérée des trente dernières années qui nous affecte beaucoup, et nous fait regretter un temps plus simple avec plus de Motorolas et plus d’innocence

 

 

 

 

Soyons réalistes, on sait que les Star Wars des années 80 n’étaient pas si biens que ça. Déjà, on avait traduit le nom de Luke Skywalker par Luc Marcheciel, mais passons. Le plot twist révélant que Darth Vador était, en effet, le « Père sombre » de Luke ? Pas si étonnant que ça. Et pourtant,  ces films sont pointés comme référence dans la science fiction, et les fans tendent à se plaindre que « c’était mieux avant ». Il y a clairement une idéalisation du passé, des anciens films, des anciens jeux.

Dans ses pires aspects, cette nostalgie garde des idéaux très conservateurs, avec de nombreux nerds de la vieille école qui protestaient quand la nouvelle héroïne des films était, de fait, une héroïne. Dans un registre moins désagréable, elle fait surtout de l’insatisfaction constante une partie intégrante des communautés fans.

 

 

Nerd-stalgie

 

Et les grandes franchises savent jouer dessus. Aussi, dans les mêmes années où la licence Star Wars a été relancée, la franchise Harry Potter  a également connu une remise au goût du jour avec le (terrible) Cursed Child et le (très bon) Fantastic Beasts. Enfin, les enfants qui avaient aimé les films pionniers, étant à présent adultes, sont aujourd’hui enclins à s’acheter eux-mêmes une multitude de produits dérivés.

Sur un autre registre, même les petits producteurs indépendants s’y mettent, avec des jeux comme Emily is Away, où le joueur peut retrouver le vieux MSN de son enfance et toutes les références possibles aux hits du moment, tout en incarnant des amis d’enfance qui essaient de ne pas s’éloigner en grandissant.

 

 

À côté, beaucoup d’œuvres de la pop culture moderne laissent leur public partagé, voire consterné par leur répétitivité : le film sur une jeune fille non conforme au moule imposé par son régime totalitaire post-apocalyptique divisé en différentes castes sociales (Hunger Games et Divergente), celui sur l’adolescent qui se retrouve dans une arène à lutter pour sa survie dans un monde lui aussi parfaitement dystopique (Hunger Games et Le Labyrinthe), … Les attentes paraissent bien plus élevées aujourd’hui qu’elles ne l’étaient d’antan, ce qui provoque justement cette vague de nostalgie.

Néanmoins, c’est aussi ce qui permet une amélioration réelle des œuvres : entre les films de super héros Marvel d’aujourd’hui et ceux des années 90 ou 2000, la différence est tangible (bonjour, Elektra, Howard le Canard, c’est vous que je regarde).

 

 

 

Adieu l’innocence ?

 

Mais à cause de cela, à chaque déception, c’est tout un piédestal qui s’effondre. Quand JK Rowling a annoncé publiquement qu’elle soutenait le casting de Johnny Depp pour le prochain Fantastic Beasts, les fans d’Harry Potter sont ainsi tombés de haut : s’exprimer en faveur d’un homme qui battait sa femme quand on est millionnaire grâce à un livre sur un enfant battu, c’est difficile à justifier. Les fans ont donc été publiquement déçus et amers de voir leur idole susciter la polémique à son tour.

Quand une franchise est devenue assez légendaire, un mauvais film est une hérésie. Et en effet, quand quelqu’un n’aime pas le nouveau film Star Wars, ce n’est pas juste qu’il n’aime pas un film – c’est qu’il fait toute une critique en dix pages Word de l’incohérence de l’intrigue ou de l’incohérence des personnages. Cet espace de débat est, en tout et pour tout, une bonne chose : il est louable de prendre du recul par rapport à ce que nous regardons et critiquer, expliquer son point de vue. Voir des gens si investis dans un univers qu’ils en discutent longuement et rencontrent d’autres passionnés réchauffe mon petit cœur. Mais parfois, j’aimerais bien que l’Internet ait un peu plus de chill, et apprécie les Porgs, peu importe s’ils sont clairement juste là pour vendre des peluches à Noël.

 

 

 

Léa Andolfi

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