Kanvas

Tadao Andō, ou comment j’ai commencé à aimer l’architecture.

Je n’ai jamais eu un intérêt particulier pour l’architecture. Il y a bien quelques bâtiments qui me plaisent, dans leur forme ou par leur taille. Le Grand Palais, pour sa verrie`re. Les pagodes japonaises, pour leur toit étrange. Les temples en Thaïlande, encore pour leurs toits pointus. La grande mosquée de Cordoue, pour ses arcades. Alors vous vous imaginez bien que passant par le Centre Pompidou un banal soir d’automne, je ne me suis pas précipitée sur cette rétrospective de l’oeuvre d’un architecte japonais, Tadao Ando.

       Quelle claque. En entrant, je pensais y passer quinze petites minutes a` tout casser, le temps de regarder les petites maquettes. J’y ai passé une heure.

       Tadao Ando, c’est d’abord un architecte autodidacte. A défaut d’aller étudier les formes de tourelles dans une école d’architecture, il devient boxeur professionnel. Vous me direz, on trouve mieux comme moyen de se former à l’architecture en solo. En 1965, Il arrête sa carrière de boxeur et part voyager dans toute l’Europe pour observer et ainsi se former.

       Il ouvre son agence, Tadao Ando Architect and Associates, en 1969. L’une de ses premières réalisations est la Maison Azuma dans le quartier de Sumiyoshi à Osaka, ville natale de l’architecte. Ce bloc de béton est construit de manière à créer un espace calme, une cour intérieure qui échappe à l’agitation urbaine. La sérénité qui accompagne le minimalisme de l’oeuvre de l’architecte est une des caractéristiques de sa production.

       La force de l’architecture de Tadao Ando, c’est la simplicité extrême, le vide. Paradoxal, de placer du vide dans l’espace. De ce vide découle une sérénité, un apaisement dans l’esprit du visiteur.

       Là vous vous dites que je pars trop loin, et que je m’emporte sur trois blocs de béton.

       Mais je le maintiens, certains types d’architecture peuvent éveiller en nous des sensations qui vont bien au delà du simple “Tiens c’est sympa ca”. Et j’en suis la première étonnée.

       Outre la simplicité et le vide, Tadao Ando cherche à créer par son architecture un rapport étroit à la lumière, par la pureté et la simplicité de formes abstraites et géométriques. Dans l’exposition, les dessins et les croquis de l’architecte le montrent très clairement. Cette pureté est obtenue par un matériau tout aussi caractéristique de son oeuvre, depuis ses débuts dans les années 1970 : le béton lisse.

       Pour l’artiste, “la lumière est un élément très important quand on fait de l’architecture, c’est un élément puissant et essentiel dans un bâtiment. […] Pour marquer les esprits, il faut tout autant d’ombre que de lumière, comme dans l’homme”. Ce constat s’illustre dans plusieurs de sesproductions.

       Tout d’abord, l’Eglise de la Lumière, réalisée à Ibaraki de 1987 à 1989. Ce bâtiment est (encore) un bloc de béton lisse rectangulaire. Toutefois, l’un des murs est fendu en forme de croix, et devient la seule source de lumière. L’intérieur, minimaliste au possible, donne ainsi toute son importance à la lumière.

       Ensuite, la Bourse du Commerce de Paris, en chantier depuis 2016 et qui deviendra en 2019 un musée d’art contemporain par le mécénat de la Collection Pinault. L’apport de Tadao Ando à ce projet est plus que visible, puisque l’architecte a décidé d’insérer un cylindre de béton lisse (oui, encore du béton) de dix mètres de haut sous la rotonde du bâtiment. Il faut admettre qu’on a vu plus discret comme changement. Une fois encore, l’idée de l’architecte japonais est structurée par la lumière : il cherche en effet à créer un espace neutre, vide, où la lumière et le visiteur pourront se rencontrer.

       L’utilisation du béton, même s’il est lisse, par Tadao Ando soulève un autre paradoxe : comment insérer de manière harmonieuse un tel matériau urbain dans la nature ?

       Vous ne me croirez peut-être pas si je vous dis que certains bâtiments imaginés par Tadao Ando peuvent inspirer les mêmes émotions que des paysages. Et pourtant, Tadao Ando souhaite “revenir à une architecture qui fait corps avec la nature”.

Finalement ma création architecturale et mon intention auront probablement consisté à créer des paysages. Ces paysages ne sont pas inhérents à la nature, mais proviennent d’une conception abstraite et sont réalisés dans un espace de liberté aux infinies possibilités, dans lequel l’abstrait et le concret sont en concurrence.

       Je pense en particulier à la colline du Buddha, un projet architectural réalisé de 2012 à 2015 dans le cimetière de Sapporo, capitale de l’île d’Hokkaido au nord du Japon. La nature et le béton, souvent mis en opposition, se complètent ici dans le lien entre la statue en pierre du Bouddha, et une colline artificielle en béton plantée de plusieurs dizaines de milliers de pieds de lavande. La colline cache la statue gigantesque du Bouddha pour mieux la faire découvrir au visiteur. Enfin, ce lien avec la nature s’accomplit dans le changement d’apparence de la colline au cours des saisons. Verte au printemps, mauve l’été, blanche l’hiver, la lavande casse le froid du béton et réconcilie ce matériau souvent considéré comme brut à la nature.

       Enfin, l’oeuvre de Tadao Ando qui m’a le plus apporté cette sensation de vide calme dont je vous ai parlé au tout début, c’est l’île de Naoshima. Oui, parce que créer de multiples musées, maisons, églises, collines ce n’est rien à côté d’une des oeuvres les plus gigantesques du japonais.

Située dans la mer de Seto, l’île est désertée à la fin des années 1980 à la fermeture de son usine de raffinerie. Un chef d’entreprise, Tetsuhiko Fukutake, décide d’y installer un camp de vacances pour enfants, et fait appel à Tadao Ando. S’ensuit la construction de différents musées (musée Chichu, Musée Ando, Musée Lee Ufan) et l’installation d’oeuvres d’art contemporain (sculptures de Niki de Saint Phalle, Karel Appel, la courge géante de Yayoi Kusama sur la plage de l’i^le…) qui achèvent de transformer l’île en lieu unique d’art contemporain.

buddha tadao
vueile tadao

       L’abstraction, élevée au rang de méthode par l’architecte japonais, se fond particulièrement

bien avec l’environnement naturel luxuriant de l’île. Les constructions de verre, de béton et d’acier passent d’un musée souterrain à un musée qui serpente dans la forêt de l’île.

       En définitive, ce petit billet ne fait qu’effleurer l’oeuvre de Tadao Ando. La rétrospective du centre Pompidou m’a fait découvrir tout un pan de culture, et j’en suis sortie avec une sensation étonnante de calme. Cette exposition rassemble 300 dessins, photos et maquettes, donc courez-y pour y découvrir beaucoup plus que ce à quoi vous vous attendez.

Infos pratiques :

Tadao Ando, Le défi

10 octobre 2018 – 31 décembre 2018

de 11h à 21h

Galerie 3 – Centre Pompidou, Paris

Tarif : 11€

————

Sources :

Interview de Ando par le commissaire d’exposition Tadao Ando, le défi au Centre Pompidou

https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/cdAkgz5/rMgAEp7?

fbclid=IwAR3mcl5jOVpKpaXVRt9qlDb93SsCOHDdTknd9HcERjByFVVJi_WF9rZj1W4

Interview de Tadao Ando pour Télématin

https://www.youtube.com/watch?v=8FuJUcz0-Vk

Site de Tadao Ando

http://www.tadao-ando.com/

http://www.tadao-ando.com/profile/

Article des Inrocks sur cinq oeuvres incontournables de Tadao Ando

https://www.lesinrocks.com/2018/11/17/arts/cinq-oeuvres-pour-comprendre-le-genie-delarchitecture-

tadao-ando-111144633/?

fbclid=IwAR1RkvaYVlh_1GqFBzzzZmX5Txm47SeJI51yCX1fPj1gDPqDg06cMkoAOXE

Timelapse de la rotonde, site de la collection Pinault :

https://www.collectionpinaultparis.com/lechantier.html#visite

Wikiarquitectura sur l’Eglise de la Lumière :

https://fr.wikiarquitectura.com/b%C3%A2timent/eglise-de-la-lumiere/

Sources photos :

Eglise de la Lumière :

https://www.google.fr/imgres?imgurl=https%3A%2F%2Fi.pinimg.com%2Foriginals

%2F09%2F72%2F51%2F09725165e5b581fab87c50cf6fce879e.jpg&imgrefurl=https%3A%2F

%2Fwww.pinterest.fr%2Fpin

%2F287808232416505407%2F&docid=hVZXsEKcJFC1KM&tbnid=XLGhm6Eu2yOGJM

%3A&vet=10ahUKEwi35PK8tveAhWiIcAKHYWDAccQMwhmKBswGw..

i&w=407&h=450&safe=active&bih=762&biw=1536&q=

%C3%A9glise%20de%20la%20lumi%C3%A8re&ved=0ahUKEwi35PK8tveAhWiIcAKHYWDAccQMwhmKBswGw&

iact=mrc&uact=8

Colline du Bouddha :

https://www.opnminded.com/2017/08/16/colline-de-bouddha-temple-cache-de-tadao-ando.html

Ile de Naoshima vue du ciel :

https://edition.cnn.com/style/article/tadao-ando-naoshima-art-island/index.html

Photo icône de l’article :

https://archicree.com/portraits/tadao-ando-la-lumiere-et-le-beton/

Marion Le Mière

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *