Mark-Page

T’as Le Book Coco !

 A l’heure où le ministère de l’Education nationale associé à celui de la Culture lancent une campagne “Ensemble pour un pays de lecteurs” afin encourager les élèves à lire, des jeunes gens ont déjà commencé le travail en utilisant une plate-forme peu commune : YouTube. Lemon June, Le Souffle des Mots ou encore Bulledop partagent leurs coups de coeur livresques avec une communauté déjà bien établie. Plongée dans le monde passionnant de BookTube.

Un mariage de raison entre le livre et internet

BookTube, contraction de book et de YouTube, est un mot créé pour désigner la communauté des chroniqueurs et chroniqueuses littéraires sur la plate-forme vidéo YouTube de Google. Importée des Etats-Unis où les booktubeurs sont devenus de vraies célébrités -comme par exemple Abookutopia avec plus de 300 000 abonnés -, la tendance est encore un peu timide en France. Cependant, depuis 5 ans, les journalistes et éditeurs français commencent à s’intéresser à ces youtubeurs atypiques.

Communiquer son envie de lire

“Aujourd’hui, il y a une tranche d’âge qui ne lit plus la presse classique et qu’on ne peut toucher que par les réseaux sociaux ou YouTube”, explique  Nine Gorman de la chaîne Les Lectures de NiNe à l’Express. Les booktubeurs ciblent majoritairement un jeune public de 18 à 25 ans car ils partagent le plus souvent leur amour pour les lectures Young adult.Lemon June, elle, essaye de partager son goût pour les classiques mais elle reste une exception.

A la télévision on trouve bien des émissions littéraires mais la littérature pour adolescents et jeunes adultes a du mal à se frayer un chemin dans cette jungle de prix Goncourt. Pourtant cette littérature  représente 13,4% du chiffre d’affaires des éditeurs. De plus, sur internet, les booktubeurs arrivent à créer une forte communauté car ils communiquent horizontalement. En effet, le booktuber n’est pas vu tant comme un critique que comme un ami conseillant un coup de cœur littéraire, ce qui lui donne une légitimité et une crédibilité auprès de son public.

On pourrait appuyer ce propos en citant Solène Detalle, chargée de communication aux éditions Albin Michel Jeunesse, s’adressant à Slate : «Quand un journaliste spécialisé jeunesse écrit la critique d’un livre dans Télérama, il s’adresse aux parents. Or les booktubeurs touchent directement la cible. Ces jeunes sont très suivis, c’est une belle vitrine pour un livre.»

 © GeekJunior

Bibliothèque mon amour

Les booktubeurs sont  très attachés à l’objet livre. Ils adulent leur bibliothèque qui leur sert de décor pour leurs vidéos : plus elles sont garnies et colorées, mieux c’est ! Il existe même des vidéos qui leur sont entièrement dédiées : les “bookshelf tour”. De plus, avant de parler du contenu d’un roman, les booktubeurs aiment  s’extasier devant la couverture et l’objet en lui même allant jusqu’à respirer les pages. Le papier est donc choyé, la liseuse mise au placard. C’est pour eux une réelle fierté d’exhiber leur coin “cocooning” et leurs rituels de lecture sont souvent constitués de tasses de thé, de gros plaids et bien sûr, de livres. Par cette pratique, la mort annoncée du livre papier en 2014 dans un article du Figaro semble être plus lente que prévue. Comme le dit Justine de la chaîne Fairy Neverland à Slate :  « Certaines personnes m’ont dit qu’elles avaient commencé à lire après avoir regardé des vidéos. C’est ça qui est important ».

Vidéos booktube : mode d’emploi

Toutes les vidéos YouTube suivent une structure préétablie et les booktubeurs n’échappent pas à la règle. L’individu face caméra prononce un “Bonjour” enthousiaste et le travail de montage sur Final Cut Pro peut prendre des heures entières pour sortir une vidéo sophistiquée qui donne envie d’être visionnée. Si le ton utilisé crée une connivence immédiate avec le spectateur,  Booktube a néanmoins un vocabulaire très particulier  importé des États-Unis. On peut donc trouver les “update lectures” : leurs lectures de la semaine, les “bookhaul” : les achats littéraires du mois ou bien encore les “book tag” : des questions souvent lancées par des maisons d’éditions  comme par exemple « Si tu étais un personnage de roman, lequel serais-tu? ».

Les critiques en elles-même sont très souvent de qualité. Les booktubeurs les plus performants ont majoritairement fait des études de lettres, leur diction est parfaite, leur vocabulaire riche et ils ne tarissent pas d’éloges ou de blâme selon la lecture. Ecoutez Lemon June vous décrire n’importe quel livre et vous aurez envie de le lire.

© Youtube, Lemon June 

Le futur du livre se jouera t-il sur Youtube ?

BookTube nous amène inévitablement à nous interroger sur l’avenir du livre : présenter l’objet-livre comme un outil précieux entouré de rituels reposants permettra t-il aux jeunes de prendre le temps de lire ? N’est-ce pas un paradoxe de présenter du papier sur une plate-forme numérique? YouTube serait-elle la dernière solution pour sauver les livres papiers ?

Toujours est-il que les booktubeurs sont de plus en plus convoités par les éditeurs qui les voient désormais comme des prescripteurs de la littérature. Ils leur envoient des livres en avant-première en espérant avoir une critique. La question de la neutralité se pose alors puisque des éditeurs peuvent parfois payer les booktubeurs pour voir leur dernière publication adulée sur YouTube. Comment savoir si les booktubeurs ont réellement aimé le livre ? Toutefois, ces pratiques sont très minoritaires et les booktubeurs ne peuvent pour l’instant  pas vivre de leur passion

Bien que Nine Gorman, booktubeuse française la plus connue, ne possède qu’une communauté d’environ 60 000 abonnés, l’intérêt de plus en plus important que porte le monde de l’édition à ces youtubers est bien une preuve que le phénomène BookTube fait parler de lui et continuera sans doute à le faire pendant un bon moment.

J’espère que vous avoir donné envie d’être curieux et d’aller voir le travail de ces youtubeurs littéraires qui sont présents sur d’autres réseaux sociaux comme les blogs littéraires ou Instagram.

Quelques chaînes que je recommande fortement :

Bon visionnage et bonnes lectures !

Sources :

Elodie Bourgoin

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *