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THEY SEE ME “ROLING”

Tu te souviens avec délice de ces personnages que tu te plaisais à incarner dans le jardin fertile de Tante Ginette en compagnie de tes frères, sœurs, cou(s)sins et autres amusettes. Tour à tour, tu étais pirate, princesse, soldat, sorcier, ou – plus classique – parent d’un adorable enfant en plastique. En somme, tu avais beau passer ton mois de juillet dans un hameau isolé et un peu glauque, tu ne voyais pas le temps passer, trop occupé que tu étais à transformer le potager de mamie en laboratoire à potions. Qu’il était beau ce temps où tu mettais ton destin entre les mains de ta belle et naïve imagination ! A l’heure où l’écart se creuse entre l’enfant que tu étais et l’adulte que tu deviens, la digestion est parfois douloureuse et – sois honnête – il t’arrive d’être un tantinet nostalgique. Rassure-toi, il ne s’agit pas, ici, d’entamer une psychanalyse de comptoir, mais bien de libérer le rêveur fougueux que tu as toujours été, en t’ouvrant les portes d’une mystérieuse récréation pour adultes : le jeu de rôle. Grandeur nature.

Tu m’intrigues… dis-moi tout !

Puisque tu insistes, je m’en vais de ce pas te révéler ce à quoi tu t’engages. Selon la Fédération Française des Jeux de Rôles Grandeur Nature, « dans un jeu de rôle Grandeur Nature (GN), les joueurs incarnent un personnage fictif dans un univers imaginaire, dans les limites d’une surface de jeu et pendant un temps limité. À la différence du théâtre, les joueurs ne connaissent ni la fin de l’histoire ni le rôle des autres joueurs ». Pour l’anecdote, le GN est aussi un héritier des Murder Parties nées au début du XXe siècle, du théâtre d’improvisation, des psychodrames, et même des jeux de piste. Cet univers dans lequel tu fais évoluer ton personnage est créé de toute pièce par une bande d’ingénieux saltimbanques (que tu nommeras plus communément “organisateurs”, ou “orgas” parce que tu commences à t’y connaître). C’est cette même bande qui se charge, tu l’auras compris, de louer le terrain et d’instaurer les règles ou les contraintes à respecter. Ils ont souvent un site internet sur lequel ils exposent le contexte et l’ambiance du GN qu’ils proposent, ces derniers pouvant être construits sur des thèmes variés (médiéval fantastique, futuriste, post-apocalyptique…). Tu l’as vu, il y a, comme au cinéma, la possibilité d’exploiter une infinité d’univers et de plaire à tous les publics. D’autres scénarios originaux tendent à se développer dans des contextes plus contemporains – on pense aux débutants qui peuvent parfois avoir du mal avec le style « costume/camping ».

D’accord, mais concrètement moi, je fais quoi ?

Si le contexte te séduit (voire t’enjaille), tu peux entamer ta fiche de personnage – c’est-à-dire écrire son histoire, développer sa psychologie, façonner son identité, sa réputation, ses compétences, les domaines dans lesquels il se révèle être plutôt minable… en bref, tu as carte blanche tant que tu restes cohérent avec l’univers et que tu ne te prends pas pour le Messie ou autre gros boss de fin. Tu envoies cette fiche aux organisateurs qui l’étudient ensuite avec amour et tu attends patiemment qu’ils reviennent vers toi pour valider ou non ta proposition. Ils peuvent éventuellement te suggérer de compléter ton personnage avec certains éléments de contexte : vous en discutez jusqu’à ce que tout le monde se mette d’accord. Câlins et chocolats.

Et une fois sur place, est-ce que je dois m’inquiéter ?

L’objectif d’un GN étant de recréer l’ambiance et l’univers dans lesquels est censée se dérouler l’action, tu risques effectivement de te retrouver entouré de joueurs costumés, équipés d’armes et d’accessoires en tout genre. Pas de panique, les armes sont en latex et les combats sont simulés (en gros, tu ne peux pas vraiment mourir). Un GN peut tout aussi bien durer quelques heures comme un week-end entier, c’est pourquoi tu devras peut-être te préparer à ne pas dormir ni te laver de vendredi à dimanche. Dans le cas d’un week-end, tu arrives souvent le vendredi soir pour planter ta tente et faire connaissance avec tes camarades de jeu autour d’un pique-nique festif. Ne te couche pas trop tard, le jeu peut commencer à six heures tapantes le lendemain matin (et le réveil est efficace, trust me).

 

À quoi ressemble une journée type ?

Tu peux te retrouver à parcourir la faune et la flore locale afin de créer des sérums guérisseurs, être initié à la chasse pour te nourrir, négocier pour récupérer un membre de ton groupe qui aurait été kidnappé par une secte, pratiquer un rituel vaudou, fouiller un site archéologique, et, plus surprenant encore, tu peux te faire gentiment contaminer et choper la rage. Tout dépend du contexte établi, mais les organisateurs font en sorte qu’il n’y ait pas (ou peu) de temps mort et que les joueurs puissent relever le plus de défis possibles. Si tu joues le jeu, tu te laisseras guider par les pratiquants les plus chevronnés et par ton imagination débordante. Un conseil, tout de même : si tu fais ça en été, n’oublie pas ta crème solaire – les risques d’insolation ne sont jamais très loin (pour de vrai, cette fois). Et aussi parce qu’entre nous, un mage noir à la peau écrevisse façon touriste égaré, c’est un peu moins crédible.

Parlons peu, parlons concret

Le prix d’un GN est très variable : il peut aller de 30 à plus de 100 euros, réglés au préalable (selon les conditions posées par les maîtres du jeu). Quoiqu’il en soit, c’est un investissement – les organisateurs doivent rentabiliser leurs efforts et le terrain loué ! Soyons francs, les armes et accessoires ne sont pas donnés non plus, mais l’expérience en vaut le coût. Renseigne-toi auprès de tes copains – tu as peut-être la chance d’avoir quelques rolistes dans ton entourage susceptibles de te prêter un peu de leur collection. Pour construire ton attirail de combattant indépendant, c’est par ici ou encore par-là. Pour te renseigner plus en profondeur sur le principe, je t’invite cordialement à visiter le site de la Fédération Française des Jeux de Rôles Grandeur Nature et pour suivre les événements qui ont lieu en Île-de-France, il y a cette page Facebook. Trouver le GN qui te correspond, c’est aussi accepter de prendre le temps de faire un certain nombre de recherches plus ou moins poussées.

Si tu apprécies de repousser les limites de ton imagination et faire des rencontres aussi loufoques qu’exceptionnelles – le tout plongé dans un cocktail savoureux d’originalité –, alors cette expérience n’attend que toi. On se retrouve de l’autre côté.

 

Angélique Gauch

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